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En Ontario, les célébrations de la Journée nationale des Acadiens confinées à Ottawa

OTTAWA – Les tintamarres, la musique, le tricolore étoilé déployé… des milliers d’Acadiens célèbrent aujourd’hui le « Quinzou », comprendre leur journée nationale. Le son montera aussi du côté de l’Ontario, mais surtout à Ottawa, lieu du seul rassemblement majeur dans la province.

« Nous sommes la seule association de la province », résume Jasmin Cyr, président de l’Association acadienne de la région de la capitale nationale (AARCN). Une association qui multiplie les rencontres au cours de l’année comme l’activité Cabane à sucre en mars, le souper homard au mois de juin, et les 5 à tard.

Ils seront une centaine de membres de l’association rassemblés devant le parlement à 18 h pour le grand tintamarre. L’itinéraire : d’abord, le marché By, puis la rue Cumberland, pour arriver au Café Nostalgica avec un concert de musique acadienne de 19h30 à 21h.

Créé en 1955 à l’occasion du 200e anniversaire de la déportation des Acadiens, le tintamarre volontiers cacophone démontre la vitalité et la solidarité des Acadiens… peu importe leur lieu de rencontre.

Le rassemblement débutera à 18 h devant le parlement (Gracieuseté : AARCN)

« On veut démontrer qu’on est revenu sur nos terres, qu’on est fier de notre culture », explique M. Cyr. « On reproduit à petite échelle ce qui est fait, par exemple, à Caraquet ou à Moncton, lieux des grands tintamarres. »

Reste qu’en dehors d’Ottawa, on peine à voir où se déroulent les autres grands rassemblements en Ontario. « Il n’y en a pas à ma connaissance », évalue le président de l’AARCN.

Mais les tintamarres peuvent être plus épisodiques et prendre une autre forme. « Notre pause-café soulignera la Fête de l’Acadie à la Place Saint-Laurent, seule résidence pour aînés francophones à Toronto », écrit, par exemple, sur Facebook, l’écrivain Paul-François Sylvestre. « J’y ferai une brève présentation historique et un résident acadien animera la partie musicale. Peut-être aurons-nous un petit tintamarre… »

Masse critique plus importante à Ottawa

Comment dès lors interpréter cette forte représentation dans la capitale ? « Ottawa est de loin le plus grand bassin de population acadienne avec 8 000 ou 9 000 personnes. C’est une masse critique importante. Beaucoup d’Acadiens sont bilingues et la fonction publique à Ottawa exige ce niveau de bilinguisme, d’où la venue des Acadiens », estime M. Cyr.

Guillaume Deschênes-Thériault, doctorant en sciences politiques à l’Université d’Ottawa et spécialiste des questions acadiennes, abonde dans le même sens. « Ottawa accueille des gens de plusieurs horizons. Beaucoup d’Acadiens sont notamment présents à l’Université d’Ottawa. L’Acadie n’a pas vraiment de frontières et on sait qu’il y a eu beaucoup de mouvements de population vers d’autres provinces. »

Plus largement, M. Deschênes-Thériault, conscient de cette diaspora, refuse de lier les Acadiens qu’au Nouveau-Brunswick. « L’Acadie ce n’est pas seulement le Nouveau-Brunswick, c’est aussi une communauté vibrante à l’Île-du-Prince-Édouard, avec la vitalité de la région Évangéline. En Nouvelle-Écosse, on se souvient que les Acadiens étaient montés aux barricades quand les circonscriptions protégées ont été abolies. »

Un contexte particulier cette année

Reste que cette Journée nationale des Acadiens intervient dans un contexte particulier. D’une, nous sommes en plein Congrès mondial acadien. L’événement culturel d’une durée de 15 jours se déroule tous les cinq ans avec pour mission de rassembler la diaspora acadienne répartie aux quatre coins du monde.

Secundo, le climat politique est plutôt à l’inquiétude pour les francophones au Nouveau-Brunswick. En cause : le gouvernement progressiste-conservateur au pouvoir avec l’aide de l’Alliance des gens, un parti ouvertement opposé au bilinguisme.

« Au provincial, on est moins protégé qu’au fédéral », laisse entendre M. Cyr. « On se souvient du mini-scandale avec les ambulanciers [L’exigence de bilinguisme pour les ambulanciers paramédicaux dans certaines régions unilingues de la province a été éliminée par le gouvernement néo-brunswickois]. Le gouvernement progressiste-conservateur n’a pas beaucoup caché ses tendances anti-francophones. »

Mélanie Joly en visite au Congrès mondial acadien. (Source : Twitter Mélanie Joly)

Le président de l’ARRCN voit en revanche d’un meilleur œil l’engagement  fédéral de Justin Trudeau. « Il s’est affiché comme un ami de l’Acadie et Mme Joly [ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie] aussi. Il vient chaque année pour le 15 août en Acadie. »

« Concernant les annonces du gouvernement Higgs, on avait l’impression que ces questions politiques étaient derrière nous », renchérit M. Deschênes-Thériault. « Ce fut un choc de voir cela. Il y a un travail et une sensibilisation à faire. On a vu,par exemple,que le gouvernement entend prolonger le mandat de l’actuel commissaire aux langues officielles par intérim, Michel Carrier, bien que son successeur devait,selon la loi,entrer en fonction en juillet. »

L’universitaire voit aussi plus positivement le rôle du gouvernement fédéral, notamment l’annonce toute chaude du ministre du Patrimoine canadien et du multiculturalisme, Pablo Rodriguez, à savoir un octroi de 500 100 $ dans le cadre des célébrations de la Fête nationale de l’Acadie.

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