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En première ligne, mais oubliés de la prime de COVID-19

Temps de lecture : 4 minutes

OTTAWA – Plusieurs professionnels de la santé ne touchent pas la prime de pandémie annoncée par le gouvernement ontarien. Une aberration, dénoncent plusieurs Franco-Ontariens concernés.

Cette semaine, ils sont plusieurs à être descendus devant les deux campus de l’Hôpital d’Ottawa pour manifester. Sur leur pause-déjeuner, ils voulaient se rappeler au bon souvenir du premier ministre Doug Ford et de la ministre de la Santé, Christine Elliott.

« Quand le gouvernement a annoncé une prime pour les travailleurs de première ligne et les employés essentiels, il manquait beaucoup de gens dans la liste. Le gouvernement l’a depuis révisée, mais il y a encore beaucoup d’oubliés. Ce n’est pas tant pour la prime que je suis déçu, mais pour le manque de reconnaissance du gouvernement envers notre travail », explique Paul Chamberland à ONFR+.

Des professionnels de la santé ont manifesté devant l’hôpital d’Ottawa, mardi, pour demander une révision de la prime de pandémie. Gracieuseté

Physiothérapeute, il a vu sa profession rejoindre la liste de ceux qui, justement, ne sont pas dans la liste des travailleurs admissibles à une prime spéciale pendant la pandémie.

Versée aux employés du milieu de la santé et des soins de longue durée, des services sociaux ou du milieu correctionnel, qui travaillent plus de 100 heures sur une période de quatre semaines, elle correspond à un ajout de 4 $ de l’heure à leur salaire horaire actuel ou à un paiement forfaitaire mensuel de 250 $ pour quatre semaines, pouvant aller jusqu’à 1 000 $.

Métiers essentiels et à risque

Ergothérapeutes, diététistes, travailleurs sociaux, pharmaciens, techniciens en radiation médicale ne sont pourtant pas concernés.

« Mais sans la contribution de toutes ces personnes, l’hôpital ne fonctionnerait pas ! », insiste M. Chamberland. « On dirait que le gouvernement ne sait pas qui est en première ligne dans les hôpitaux… »

C’est pourtant son cas, explique ce père de deux enfants.

« Je suis au contact quotidiennement de patients susceptibles d’avoir la COVID-19, puisqu’on ne peut pas tous les tester. Je travaille avec les malades du coronavirus dans le domaine respiratoire et pour leur réapprendre à s’asseoir et à marcher quand ils quittent les soins intensifs, car la maladie les diminue physiquement. Le stress est constant dans notre unité COVID et on a toujours peur de rapporter le virus à la maison. »

Une diététiste franco-ontarienne qui préfère garde l’anonymat confie, elle aussi, sa déception.

« C’est absurde ! On est dans la chambre d’un patient, à la même distance de lui que nos collègues qui touchent la prime, mais, nous, on n’y a pas le droit ! Il aurait fallu y réfléchir avant et soit ne la donner à tout le monde, soit ne la donner à personne. »

La diététique est pourtant une composante essentielle pour les malades, pour les nourrir en soins intensifs, par la voie d’une sonde, mais aussi pour s’assurer qu’ils puissent ensuite reprendre leur force, explique-t-elle.

« On travaille avec les patients, on les voit, on les touche… Je ne comprends pas pourquoi on n’a pas pensé à nous. C’est comme s’il y avait des « supertravailleurs de première ligne » et des travailleurs de première ligne moins importants. »

Par voie de communiqué, hier, l’Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC) s’est aussi porté à la défense de ses membres radiothérapeutes qui travaillent au Juravinski Cancer Centre, au Walker Family Cancer Centre ainsi que dans les hôpitaux de Sunnybook, Thunder Bay et Windsor. Le syndicat demande au gouvernement « de corriger les erreurs flagrantes de son programme ».

« Nos radiothérapeutes sont exposés à la COVID-19 au travail. Ils risquent non seulement leur propre vie, mais aussi celle de leurs proches », estime la présidente du syndicat, Debi Daviau.

Le gouvernement ferme la porte aux revendications

L’Association des hôpitaux de l’Ontario, de nombreux chefs de la direction d’hôpitaux ainsi que des organisations d’employeurs et d’employés, comme le Syndicat des employés de la fonction publique de l’Ontario (SEFPO), appuient cette requête.

Mais joint par ONFR+, le président du Conseil du Trésor, Peter Bethlenfalvy, ferme la porte.

« Comme le premier ministre Ford l’a dit, nous souhaiterions pouvoir fournir la prime de pandémie à chaque travailleur de première ligne qui a contribué à la lutte contre la COVID-19. Malheureusement, les fonds fournis par le gouvernement fédéral sont limités dans notre accord avec Ottawa et nous ne sommes pas en mesure d’étendre la prime de pandémie au-delà des 375 000 employés qui sont déjà admissibles », explique l’attaché de presse de M. Bethlenfalvy, dans un échange de courriels.

La manifestation contre la prime de pandémie dans sa forme actuelle, mardi, devant l’Hôpital d’Ottawa. Gracieuseté

Organisatrice de la manifestation de cette semaine à l’Hôpital d’Ottawa, la physiothérapeute, Linda Powers, ne décolère pas.

« Nous travaillons aux côtés des patients, de leur admission jusqu’à leur congé de l’hôpital. Nous travaillons aux soins intensifs, dans les unités COVID-19, nous sommes dans les chambres des patients, portons l’équipement de sécurité, courrons le risque de ramener le virus à la maison et de le transmettre à nos familles… Et nous sommes exclus de la liste des travailleurs admissibles par deux fois ? C’est inexcusable ! Nous voulons que le gouvernement mette en place une prime juste ou qu’il l’annule pour les hôpitaux et transfère tout cet argent pour régler le problème dans les foyers de soins de longue durée. »

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