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Encore des visiteurs aux « Centres d’accueil Héritage » de Toronto

Temps de lecture : 3 minutes

TORONTO – La Place Saint-Laurent de Toronto, gérée par les Centres d’Accueil Héritage (CAH), ne peut pas interdire les visiteurs, en raison de son statut, même si la moyenne d’âge de sa clientèle fragile est de 80 ans.

Sa directrice, Barbara Ceccarelli, admet que la situation est problématique en pleine pandémie du coronavirus, alors que les centres pour aînés normaux empêchent la visite depuis déjà une semaine.

« Les gens qui habitent ici, ils ont un âge moyen de 80 ans. C’est une clientèle très à risque. Nos résidents sont beaucoup en perte d’autonomie. Très peu sortent. Mais ils reçoivent de la visite. Si je pouvais, je fermerais tout », confie, candidement, Barbara Ceccarelli.

L’immeuble de neuf étages abrite 150 résidents. Certains sont autonomes, mais la majorité d’entre eux ont des besoins complexes et reçoivent des services divers.

Mais la Place Saint-Laurent n’est pas officiellement un foyer pour aînés. C’est plutôt un immeuble de logements sociaux, partiellement supervisés. C’est ce qui bloque pour interdire les visites, comme on le fait ailleurs.

« Notre immeuble est comme n’importe quelle autre tour à condos. On ne peut pas interdire les visites. On n’a pas le pouvoir, car nous ne sommes pas un foyer pour aînés », dit-elle.

« Si j’avais les pouvoirs, je crois que d’interdire les visites mettrait les gens plus en sécurité. Et ça rassurerait aussi le personnel. Ça empêcherait les gens de rentrer et sortir, de venir visiter. Ça serait beaucoup plus simple », admet-elle.

Dans les circonstances, Barbara Ceccarelli dit faire le maximum pour limiter les risques. Elle a annulé toutes les activités, les repas sont dorénavant livrés directement aux chambres et elle se bat pour trouver davantage de gel désinfectant.

« Au-delà de deux semaines, on va être mal », admet-elle. « Mais on n’est pas dans la panique. On constate moins de visites et on fait beaucoup d’éducation auprès de notre clientèle », ajoute-t-elle.

La directrice des Centres ‘accueil Héritage, Barbara Ceccarelli. Gracieuseté : Centres d’accueil Héritage

Et Mme Ceccarelli dit être bien consciente de ce qui est en jeu. « Toute ma famille est en Italie. Les gens vivent dans la peur. Ce n’est pas agréable d’y penser, mais il est peut être venu le temps de tous s’enfermer. C’est nécessaire, même si c’est pas jolie », lâche-t-elle.

L’auteur Paul-François Sylvestre est un résident de la Place Saint-Laurent.

« Les gens doivent bien aller faire leur épicerie. Je vais au supermarché pas très loin et je croise des voisins du Centre d’accueil Héritage. J’en ai vu en ligne à la caisse ces derniers jours. J’ai des voisins qui accueillent leur famille. Il n’y a pas d’enseigne qui dit que les visiteurs ne sont pas admis », dit-il. « Ce serait dommage pour certains, car ils dépendent de leurs enfants », ajoute-t-il.

Lundi soir, après nos entrevues, les Centres d’accueil Héritage ont fait parvenir une missive aux résidents pour les informer qu’il était « recommandé très fortement de rester chez-vous autant que possible et de limiter au maximum de recevoir des visites à domicile même s’il s’agit de vos proches ».  

Welland  : aucune visite permise

Le Foyer Richelieu de Welland offre des soins de longue durée. Pour un tel établissement, les consignes gouvernementales sont cette fois sans équivoque  : les visites sont désormais interdites.

« Le 14 mars, nous avons fermé les portes à tous les visiteurs. Certaines familles pleuraient, ne comprenaient pas », confie Sean Keays, son directeur.

« Permettre les visites, ça signifierait mettre la vie de tous les résidents en danger. Car, si le virus entre, ce serait comme une bombe dans le foyer. Le taux de décès chez les aînés est beaucoup plus élevé. Et je devrais forcer l’isolement de tous mes employés qui ont été en contact avec les malades », explique-t-il.

Pour se préparer à toute éventualité, il complète, ces jours-ci, une longue liste de remplaçants capables de venir prendre le relais dans l’éventualité du retrait préventif d’employés.

« Notre plan de succession implique d’avoir des aides-soignants remplaçants, des infirmières auxiliaires autorisées, des responsables de l’entretien ménager, des chefs cuisiniers… qui viendraient dans le pire des cas », dit-il.

Le centre compte 65 patients qui nécessitent des soins 24 heures sur 24. Une centaine d’employés veillent à leurs besoins.

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