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Enjeux du Nord: le débat répond-il aux inquiétudes des maires?

Les chefs des trois partis majeurs en Ontario, de gauche à droite, Doug Ford, Kathleen Wynne et Andrea Horwath. Crédit photo: Didier Pilon

PARRY SOUND – Après avoir croisé le fer une première fois, lundi dernier, place aux enjeux du Nord pour les chefs des trois principaux partis. Dans le cadre de la conférence de la Fédération des municipalités du Nord de l’Ontario, à Parry Sound, ils se sont retrouvés une seconde fois ce vendredi 11 mai. Au micro d’#ONfr, les maires des municipalités francophones du Nord ont exprimé leurs préoccupations électorales. Les candidats ont-ils su répondre à leurs attentes?

DIDIER PILON
dpilon@tfo.org | @DidierPilonONFR

Ce n’est certes pas une coïncidence que les maires de Kapuskasing et Hearst soient particulièrement préoccupés par les services en français. Les deux municipalités sont parmi les plus francophones de la province.

«Kapuskasing est une municipalité typique du Nord de l’Ontario», a insisté le maire Alan Spacek. «Mais ce qui est particulier, c’est qu’on est francophone à plus de 80 %. Nous avons besoin de services en français, particulièrement en matière d’éducation et d’accès aux soins de santé. Il faut que le gouvernement provincial reconnaisse les différences culturelles et linguistiques de la région.»

Roger Siguoin, maire de Hearst, a plongé plus profondément dans la question.

«Ma plus grande préoccupation, ce sont les Conseils d’administration des services sociaux (CASS). C’est le temps que la province regarde le découpage des districts des CASS. Il faut que les petites communautés de la route 11 n’aient plus à se battre contre les grosses communautés qui veulent toutes tirer les ressources chez eux. C’est une question de justice. Les services sociaux doivent être distribués également entre les petites communautés qui auraient chacune des votes à pied d’égalité.»

La salle comble écoute le débat des chefs, à Parry Sound. Crédit: Didier Pilon

Selon M. Siguoin, une telle décision permettrait aussi aux communautés du Nord de l’Ontario de gérer leurs ressources en français. «Présentement, les rencontres du CASS du district de Cochrane ne se font qu’en anglais. Mais le corridor de la route 11 est majoritairement francophone. C’est absurde! Chaque fois qu’on se rend tous à Timmins, on est obligé de parler en anglais.»

Toutefois, les chefs avaient peu à dire au sujet de la francophonie. En fait, les enjeux francophones n’ont pas été discutés, alors que les candidats ne se sont prononcés qu’en anglais. À la suite de l’événement, la première ministre, Kathleen Wynne, a toutefois répondu en français à quelques journalistes. Le chef progressiste-conservateur, Doug Ford, de son côté, ne s’est pas entretenu avec les médias.

 

Certification des pompiers

Pour le maire de Mattice-Val Côté, Michel Brière, la province doit repenser la distribution des responsabilités provinciales et municipales.

«Les enjeux sont toujours les mêmes», s’est exclamé M. Brière, «Nous avons besoin de l’appui pour les infrastructures. Les petites communautés du Nord ont toutes besoin de maintenir leurs routes, leurs égouts, leurs arénas. Bien des fardeaux ont passé du provincial au municipal, et les coûts augmentent constamment pour les services policiers et les services de pompiers.»

M. Brière se dit particulièrement inquiet des nouvelles certifications obligatoires pour les pompiers.

«Je suis un pompier volontaire dans la communauté, et je trouve ça difficile de gérer les nouvelles demandes de certification. Nos pompiers ont tous des emplois et on leur demande 40 heures de formation? Ce n’est pas facile pour les gens. C’est épeurant! C’est déjà difficile d’avoir de la relève, et là on perdra beaucoup de nos volontaires.»

La foule s’est ouvertement moquée de M. Ford lorsqu’il a adressé une question à cet effet. Il a commencé sa réponse d’une de ses formules typiques: «J’aime les pompiers. Ce sont les meilleurs (…) C’est important que l’on appuie les pompiers. Et les policiers de la Police provinciale de l’Ontario aussi. J’aime les travailleurs de première ligne.»

Mme Wynne, de son côté, est entrée dans les détails. «En réalité, ces nouveaux règlements sont une question de sécurité. Mais nous avons pris conscience que les coûts de la formation sont un obstacle et nous avons décidé que c’est à la province d’assumer ces frais, pas aux municipalités.»

Elle s’est aussi prononcée sur le partage des coûts provinciaux et municipaux.

«Au cours des dernières années, nous avons repris en main bien des coûts qui avaient été relégués aux municipalités par le dernier gouvernement conservateur. Les coûts des pompiers sont un bon exemple de coûts que nous devrons récupérer à l’avenir. Le système a été endommagé par le gouvernement (de Mike Harris), et nous devrons le réparer.»

La néo-démocrate, Andrea Horwath, a affirmé que c’est au gouvernement provincial de prendre en charge le coût de la nouvelle formation des pompiers. Toutefois, elle a souligné que «c’est un problème que l’on voit trop souvent». Et de conclure: «Les plans sont entamés de la perspective du Sud par les libéraux de Kathleen Wynne, et il faut que (les municipalités du Nord) se soulèvent pour que ça soit corrigé après coup. La réalité, c’est qu’on a besoin d’un comité des affaires du Nord qui garde un œil sur ce qui se passe à Queen’s Park.»

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Didier Pilon
dpilon@tfo.org

Originaire de Rockland, Didier Pilon baigne depuis longtemps dans la vie culturelle et communautaire de l’Ontario français. Il est diplômé d’une maîtrise en philosophie politique de l’Université d’Ottawa, où il s’est initié au journalisme au journal indépendant La Rotonde. Il a aussi collaboré avec de nombreux journaux et blogues culturels avant de se joindre à l'équipe d'#ONfr en 2017 pour poursuivre sa passion, l’actualité politique.