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Enjeux francophones balayés par la pandémie : l’opposition s’impatiente

Temps de lecture : 4 minutes

TORONTO – La crise de COVID-19 a, depuis six mois, éclipsé les enjeux franco-ontariens. De retour sur les bancs de l’Assemblée législative ce lundi, les députés d’opposition exhortent le gouvernement à aller de l’avant sur la modernisation de la Loi sur les services en français (LSF), la francophonie économique ou encore la pénurie de main d’œuvre, qui trouve en partie sa source dans un manque de résultats en éducation et en immigration.

« Il faut demander des comptes », assène Amanda Simard.

« On a des questions et on veut des réponses, car le gouvernement est redevable. » Dans la ligne de mire de la porte-parole libérale aux Affaires francophones : la rentrée scolaire et le système de santé dans le contexte de la pandémie, mais aussi des enjeux directement liés à la francophonie que l’urgence sanitaire a totalement noyés.

Avec la COVID-19, « la priorité numéro un, aujourd’hui, c’est d’avoir tout le monde en santé et en sécurité », convient-elle « mais ce n’est pas comme si on ne pouvait pas manger de la gomme et marcher en même temps ! On doit être capable de travailler sur tous les dossiers », dit-elle.

Moderniser la Loi sur les services en français : « Zéro action depuis deux ans »

Le 25 septembre 2018, la ministre des Affaires francophones promettait de réformer la Loi sur les services en français (Loi 8) durant son mandat. Un an plus tard, sur le plateau d’ONFR+, elle rééditait sa promesse. À quelques jours du 25 septembre 2020, qu’en sera-t-il ? Interrogée lors du sommet Québec/Ontario, Caroline Mulroney s’est gardée de s’engager sur un échéancier.

« La ministre a une responsabilité de défendre ce droit-là », affirme Guy Bourgouin. « On a l’obligation d’avancer », presse le porte-parole néo-démocrate aux affaires francophones, à propos d’une loi datant de 1986 et jugée désuète.

Depuis la concrétisation de l’Université de l’Ontario français, cofinancée par la province et Ottawa, « il n’y a aucun signe de vie sur aucun autre dossier », affirme son homologue libérale. La députée Simard veut débloquer la situation : « Depuis deux ans, il y a eu zéro action sur la modernisation de la Loi et le retour du commissaire indépendant ».

Mais pas n’importe comment : « Il faut faire ça comme il faut. On ne modernise pas une loi chaque année. Ça va prendre du temps à étudier pour s’assurer que tout est dedans. Plus tôt on l’introduira et on pourra travailler dessus, le mieux ça sera, car il nous reste même pas deux ans. »

Pénurie de talents francophones : « Être agressif sur le dossier »

Alors qu’un groupe de réflexion doit commencer ses travaux au sein du ministère de l’Éducation pour tenter de résorber la pénurie d’enseignants francophones, les autres ministères semblent peu enclins à bouger sur cette question qui dépasse la sphère de l’éducation. Infirmières, chauffeurs de bus, éducateurs à la petite enfance et bien d’autres professions cherchent sans succès des talents bilingues, alors que la province subit une chute sans précédent de son immigration francophone.

« La crise a exacerbé les besoins de main d’œuvre en éducation », constate la députée de Glengarry-Prescott-Russell. « Il faut faire quelque chose pour former plus d’enseignants et consulter les conseils scolaires pour identifier où ça bloque. »

Guy Bourgouin, porte-parole de l’opposition aux Affaires francophones. Archives ONFR+

« Cette situation a été déclenchée par les libéraux quand ils ont changé le programme en éducation en 2013 », tacle au passage Guy Bourgouin. « Ça prend deux fois plus de temps pour avoir le diplôme d’enseignant. »

« On a un gros manque de profs dans les conseils scolaires francophones qui sont ceux qui grossissent le plus en province », note le député de Mushkegowuk-Baie James.

« Mais on a un gouvernement qui s’acharne à dire qu’il travaille avec nous, mais ne nous écoute pas. On n’a pas la même définition de travailler ensemble. Il faut être agressif sur le dossier et parler aux conseils scolaires, voire peut-être inverser la décision de 2013. »

Francophonie économique : joindre les gestes à la parole

Autre dossier resté sur le carreau, la francophonie économique n’a connu aucun développement majeur lors du sommet Ontario-Québec. Depuis les tables rondes de 2018, hormis la reconduction du Programme d’appui à la francophonie ontarienne (PAFO), c’est le silence radio du côté du ministère. L’onglet Nouvelles du ministère de son site web affiche « Error 404, Page not found ».

Amanda Simard et Guy Bourgouin estiment aussi que ce dossier doit déboucher sur des résultats concrets, d’autant qu’il ne s’agit pas forcément d’investir et donc creuser la dette déjà exsangue de la province, mais plutôt de trouver des mécanismes systémiques.

Amanda Simard, députée de Glengarry-Prescott-Russell. Archives ONFR+

Au-delà de ces enjeux, Amanda Simard regrette les « gaffes » du gouvernement Ford comme le logo Made in Ontario tardivement traduit et peu affiché ou encore la mise en place de l’interprétation en français des téléconférences.

« Il n’a pas de respect dans les petites choses. Le premier ministre est prêt à prendre des leçons de français qui sont 50 fois plus difficiles que simplement porter attention à la francophonie. »

« J’espère que M. Ford va être beaucoup plus proactif sur la francophonie et être capable de maintenir nos services au lieu de couper les coins ronds », ajoute M. Bourgouin.

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