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L’immigration francophone dévisse de 70 % en Ontario

Temps de lecture : 4 minutes

Le nombre de résidents permanents d’expression française a chuté de 70 % dans la province, au deuxième trimestre 2020. Cette baisse drastique, coïncidant avec la pandémie, inquiète les intervenants communautaires. Elle pourrait avoir de graves répercussions à moyen terme sur l’emploi et la dynamique linguistique de la province, si la crise persiste.

Alors que les chiffres 2019 traduisaient une embellie significative en Ontario, la crise de la COVID-19 est venue balayer l’enthousiasme général pour 2020, dans une province qui court toujours après sa cible de 5 % d’immigration francophone.

Le retournement de situation est critique : 420 nouveaux résidents permanents d’expression française ont été admis durant les mois d’avril, mai et juin. Ils étaient 1 355 l’an dernier, à la même période.

Le nombre total de résidents permanents admis en Ontario, quelle que soit la langue, est passé de 43 525 au deuxième trimestre 2019 à 16 175 au deuxième trimestre 2020, soit une chute moindre : 62 %. L’immigration francophone a donc été plus touchée par la COVID-19, comparativement à l’ensemble des immigrants. Quelque 3,1 % étaient francophones au deuxième trimestre 2019, contre 2,6 % à la même période en 2020.

Après un bon premier trimestre 2020 (1 240 résidences permanentes entre janvier et mars, contre 920 sur la même période en 2019), la pandémie a considérablement freiné l’immigration à partir d’avril, le mois le plus creux avec 70 résidences permanentes délivrées. Cette contre-performance contraste avec les scores de 2019. Le volume de résidences permanentes avait bondi de 55 % en un an.

Le cumul du 2e trimestre 2020 fait apparaître 420 résidences permanentes, contre 1355 en 2019 sur la même période. Histogramme ONFR+ d’après les chiffres d’IRCC

Des efforts brisés sur le terrain

« Les efforts au niveau d’Entrée Express (système de sélection des travailleurs qualifiés), ainsi que des campagnes de promotion et de recrutement à l’international commençaient à porter leurs fruits et voilà que, patatras, la COVID-19 nous est tombée dessus. Ça a brisé ces efforts », regrette Alain Dobi.

Selon le directeur du Réseau en immigration francophone du Centre-Sud-Ouest de l’Ontario (RIFCSO), si la tendance se poursuit, elle pourrait avoir un impact direct sur les entreprises, privées de talents bilingues, et les services communautaires dont la clientèle se renouvelle moins.

« Ça a des conséquences en cascade sur la vie socio-culturelle, économique et le dynamisme de nos écoles » – Alain Dobi, directeur du RIFCSO

« Ça a des conséquences en cascade sur tous les volets de la vie socio-culturelle et économique mais aussi le dynamisme de nos écoles, alors qu’on se bat pour en avoir de nouvelles. »

La pandémie aurait aussi mis un sérieux coup de frein au projet pilote régional d’immigration auquel participent les villes de Chatham, Belleville et Cornwall, selon M. Dobi. « Ce programme a du mal a décoller à cause de différents facteurs, dont la COVID-19 », dit-il.

Des candidats à l’immigration désemparés

Et pour ceux qui ont décroché le précieux sésame de la résidence permanente, le défi est de la prolonger. C’est le cas de Habib Morel qui n’a pas pu gagner l’Ontario à cause de la fermeture des frontières.

Bloqué en Côte d’Ivoire, il se retrouve avec un permis d’entrée sur le territoire expiré depuis juin. Mais alors que les vols internationaux ont repris, il est toujours sans nouvelle de l’immigration et du bureau des visas canadien de Dakar, au Sénégal, qui traite les demandes d’Afrique de l’Ouest.

« Nous sommes dans un flou total » – Habib Morel, résident permanent bloqué en Côte d’Ivoire

« Nous sommes dans un flou total. On a tout essayé. Quand on fait un projet de vie, on a besoin d’information afin de nous préparer. Notre situation est désespérante. »

Depuis six mois, M. Morel a quitté son emploi, libéré son logement et déscolarisé son enfant. Il avait prévu d’immigrer en mai dernier, avant que la pandémie ne chamboule ses plans. Il ne sait plus quoi faire. Réfugié dans sa famille et sans revenu, il commence à grignoter l’argent mis de côté qui constituait la preuve de fond destinée à son installation à Mississauga, dans le Grand Toronto.

Il ne comprend pas pourquoi les autres centres de réception des demandes de visa canadien d’Afrique délivrent des extensions de visas, et pas le sien.

« Si les autres bureaux y arrivent en un jour, qu’est-ce qui empêche le bureau de Dakar d’agir avec le même processus ? » s’interroge-t-il.

Lente réouverture des centres de réception des demandes de visa

« La COVID-19 a eu des répercussions sur les entreprises, les opérations et les voyages partout dans le monde et IRCC n’a pas été épargné », explique, dans un échange de courriel avec ONFR+, un porte-parole d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada. « Les données (concernant les résidences permanentes du deuxième trimestre) peuvent refléter cette réalité. »

Le ministère impute, sur son site web, le retard des demandes de prolongation des résidences permanentes à la fermeture des centres de réception des demandes de visa. Des centres qui rouvrent progressivement.

« On souhaiterait que ça aille plus vite, mais on doit toujours le faire dans le respect des mesures de santé », croit pour sa part Alain Dobi. « On comprend la situation. Tout en faisant un rappel du pied poli au fédéral, on sait qu’ils sont obligés de tenir compte des dispositions prises de façon globale avec la fermeture de certaines frontières. »

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