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Immigration francophone : une lueur d’espoir

Temps de lecture : 2 minutes

[ANALYSE]

Il est rare que les chiffres démographiques sur l’Ontario français ne soient pas révélateurs d’un déclin. À défaut de verser dans le jovialisme, on peut aujourd’hui se satisfaire d’un point : les résidents permanents francophones ont augmenté de 55 % dans la province entre 2018 et 2019.

D’après les chiffres obtenus par ONFR+ de la part d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), quelque 5 245 résidents permanents « d’expression française » ont choisi l’Ontario en 2019. La province comptant sur cette même période un peu plus de 150 000 nouveaux arrivants, le calcul nous indique donc une proportion de 3,4 % d’immigration francophone… contre 2,15 % pour 2018.

Ces chiffres reflètent une tendance pour les communautés en contexte minoritaire. En 2019, l’immigration francophone a augmenté pour les neuf provinces et trois territoires « hors Québec », avec une proportion de 2,82 %. Jusqu’à maintenant, la courbe ne dépassait pas les 2 %.

Inutile cependant de sortir le champagne. L’Ontario est encore loin de sa cible de 5 % fixée en 2012, tandis que le gouvernement fédéral vient seulement de franchir la moitié du chemin, son objectif initial se situant à 4,4 % d’immigration francophone.

Entrée express et définition plus élargie

Deux raisons majeures expliquent cette soudaine hausse. La première, c’est la réussite du programme Entrée express. L’initiative, lancée en 2015 par le gouvernement fédéral pour accélérer les démarches d’immigration d’un nouvel arrivant, porte ses fruits. En 2019, la moitié des résidents permanents francophones acceptés en dehors du Québec avaient utilisé ce programme.

Le changement subtil de définition d’un immigrant francophone par Statistique Canada au moment des calculs a aussi offert une perspective plus large. Dorénavant, l’agence fédérale n’utilise plus seulement la première langue officielle parlée comme unité de mesure, mais plutôt la « connaissance du français », avec certaines conditions toutefois.

Autant d’éléments démontrant que le problème structurel d’une immigration francophone en panne est loin d’être résolu.

L’Ontario possède une marge de manœuvre

Certes, le gouvernement provincial reste dépendant des choix d’Ottawa. Par l’intermédiaire du Programme ontarien des candidats à l’immigration (POCI), l’Ontario ne peut choisir qu’entre 6 et 8 % de ses nouveaux arrivants. Une misère.

En déclarant vouloir atteindre le fameux 5 % d’immigrants francophones en 2012, le gouvernement libéral a mis la barre haute. Mais sur le terrain, très peu d’initiatives locales ont suivi. Petite exception : le kiosque de services francophones – lancé par le fédéral – mis en place à l’aéroport Pearson, et dont la gestion a été confiée au Centre francophone de Toronto.

Si le fédéral a le gros bout du bâton, le gouvernement provincial possède bel et bien une marge de manœuvre. En 2018, la suppression par le premier ministre Ford du ministère des Affaires civiques et de l’Immigration ne fut pas un bon signal.

Contrairement aux années précédentes, ONFR+ n’a d’ailleurs pas été en mesure d’obtenir les chiffres détaillés de la Définition inclusive de l’Ontario (DIF) sur l’immigration francophone de la part du gouvernement. Or, cette unité de mesure donne un portrait chiffré et géographique plus juste sur les milliers d’immigrants.

Le manque d’appétit manifeste du gouvernement Ford pour l’Organisation internationale de la francophonie ou encore, ses difficultés à matérialiser la « francophonie d’affaires » nourrissent encore et toujours la méconnaissance pour les possibles immigrants à travers le monde d’une terre d’accueil de plus de 600 000 francophones.

L’immigration est un enjeu à ne pas sous-estimer. La survie culturelle de la francophonie passe par des solutions urgentes sur ce dossier.

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 11 juillet.

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