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Étiquetage unilingue : « Le gouvernement a eu un mois pour agir »

Temps de lecture : 3 minutes

OTTAWA – Le porte-parole aux langues officielles du Parti conservateur du Canada (PCC), Chris d’Entremont, demande au gouvernement de corriger rapidement la situation engendrée par la décision de Santé Canada d’autoriser l’étiquetage unilingue en anglais des produits désinfectants et nettoyants.

« Nous pouvions comprendre la première décision. Elle intervenait dans une situation de crise, dans un contexte où rien n’est parfait. Mais le gouvernement a eu un mois pour agir depuis, et on s’attendait à ce qu’il corrige la situation au lieu d’autoriser une deuxième exemption », regrette le député néo-écossais Chris d’Entremont, qui justifie ainsi le silence de son parti sur cet enjeu depuis la première décision de Santé Canada.

En début de semaine, le ministère a décidé d’accorder une exemption à l’obligation de bilinguisme de l’étiquetage de certains produits nettoyants afin d’en assurer l’approvisionnement. L’étiquette et la fiche de données de sécurité ne devront plus être obligatoirement disponibles en français et en anglais pour les produits d’entretien utilisés au travail et qui sont régis par la Loi sur les produits dangereux (LPD).

Il s’agissait de la deuxième décision du genre depuis le début de la crise, puisqu’une mesure similaire sur l’étiquetage bilingue avait été prise pour les produits désinfectants et antiseptiques, à la mi-mars. ONFR+ a souhaité en savoir plus auprès de Santé Canada pour comprendre comment avait été prise cette décision, mais la demande est restée sans réponse jusqu’ici.

« On trouve ça inquiétant », dit M. d’Entremont. « Si une décision similaire avait été prise d’avoir des produits uniquement étiquetés en français, la population anglophone n’aurait pas non plus laissé passer ça. Nous avons deux langues officielles au Canada et on a besoin que l’information soit aussi disponible en français pour les millions de francophones qui vivent au Canada. »

Une lettre à la ministre Joly

Le porte-parole aux langues officielles du PCC a adressé une lettre à la ministre du Développement économique et des Langues officielles, Mélanie Joly, en date du 29 avril, co-signée par son ministre associé du cabinet fantôme responsable des Langues officielles, Joël Godin et dont ONFR+ a obtenu copie.

« Nous comprenons qu’en temps de crise le gouvernement doit agir rapidement et que même si cet assouplissement se veut temporaire, cette situation doit être revue et corrigée par votre collègue et votre gouvernement a le devoir de respecter les deux langues officielles », écrivent les deux députés conservateurs qui dénoncent « un manque de respect envers les francophones de partout au Canada ».

« Comment justifier que la sécurité et l’accès à l’information des citoyens francophones ne soient pas également essentiels en temps de crise ? » – Chris d’Entremont et Joël Godin

Et de poursuivre : « La situation actuelle pourrait entraîner des risques pour la santé de nombreux Canadiens, lesquels pourraient malencontreusement faire un mauvais usage desdits produits étiquetés uniquement en anglais ».

Le député de Nova-Ouest milite pour l’ajout d’une étiquette à coller sur les produits concernés.

L’Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec a également adressé une lettre au premier ministre Justin Trudeau pour contester cette décision. 

« Suspendre l’obligation d’étiquetage bilingue signifie suspendre le droit du public francophone unilingue, soit la majorité des francophones, d’être protégé contre des risques de préjudices graves, irrémédiables ou difficilement remédiables pour leur santé et leur sécurité. Cette suspension est d’autant plus étonnante que, toujours selon Statistique Canada, le pays
compte 17 420 traducteurs, terminologues et interprètes et le Québec, 8 625. La main d’œuvre est bel et bien disponible pour la traduction des étiquettes et des modes d’emploi », écrit le président de l’Ordre, Donald Barabé.

Les contradictions du gouvernement

En entrevue avec ONFR+ après la première décision de Santé Canada, en mars, la ministre Joly avait justifié l’exemption accordée par la situation exceptionnelle générée par la pandémie. Il y a quelques jours, en entrevue avec La Presse, elle a semblé moins conciliante expliquant chercher des solutions.

« Quand les médias ont commencé à en parler, Mme Joly a fini par réagir. Mais ses propos contredisent ceux de son premier ministre et le gouvernement est lent à agir », note M. d’Entremont.

Mardi, le premier ministre Justin Trudeau avait reconnu le problème d’un étiquetage unilingue tout en justifiant cette décision par les circonstances exceptionnelles.

La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, très remontée contre les décisions de Santé Canada, a assuré avoir eu une « excellente discussion » avec la ministre Joly à ce sujet, jeudi.

« On est d’accord qu’il faut trouver une solution pour que les produits se rendent sur le marché le plus vite possible tout en respectant les obligations linguistiques. On sait à quel point les produits visés répondent à un besoin fondamental. Chaque jour compte. Ensemble, trouvons des solutions créatives pour que ceux et celles qui en ont besoin les obtiennent rapidement… tout en assurant le respect de nos langues officielles », a gazouillé l’organisme.

Reste à savoir quand et quelle solution sera trouvée.

« On veut avoir des réponses la semaine prochaine pour savoir ce que le gouvernement va faire », lance M. d’Entremont.

Joint par ONFR+, le porte-parole aux langues officielles pour le Nouveau Parti démocratique (NPD), Charlie Angus, n’avait pas répondu à nos demandes d’entrevue au moment de publier cet article.

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