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Femmes, immigrantes et francophones à Sudbury: un défi pour la santé

L'entrée du Centre de santé communautaire de Sudbury. Crédit: gracieuseté.

SUDBURY – Les femmes immigrantes francophones de Sudbury font face à de nombreux défis en ce qui a trait à leur santé et à l’accès aux soins. C’est ce qu’a conclu Amélie Hien, professeure à l’Université Laurentienne. Le Centre de santé communautaire de Sudbury et les Services d’établissement du Collège Boréal tentent de surmonter les lacunes du système de santé pour rejoindre ce groupe particulièrement vulnérable.

DIDIER PILON
dpilon@tfo.org | @DidierPilonONFR

Les recherches de Mme Hien portent sur les répercussions des politiques linguistiques, particulièrement sur les communautés minoritaires. Elle a consulté 72 immigrants francophones à Sudbury dans le cadre d’une recherche sur la santé et l’accès aux soins. Toutefois, elle s’est penchée plus profondément dans ses entretiens avec huit femmes francophones d’origine africaine.

Certains défis affectent autant les immigrants que les immigrantes. En particulier, la méconnaissance du système de santé ontarien et l’absence de réseaux sociaux entravent l’accès aux soins. À ceci se rajoutent les difficultés d’accès aux services et à de l’information en français.

En tant que travailleuse d’établissement au Collège Boréal, Chantal Serresse aide les étudiants internationaux et les nouveaux arrivants à tisser les liens nécessaires pour s’établir dans la communauté. Ayant elle-même immigré du Sénégal en 1987, elle connaît intimement les enjeux des nouvelles arrivantes.

«C’est particulièrement difficile de trouver des médecins francophones pour tous nos étudiants», confie-t-elle. «On les réfère au Centre de santé communautaire, mais souvent ­– comme en ce moment – les médecins de famille du Centre opèrent à plein potentiel et ne prennent pas de clients.»

Le Centre de santé offre l’appui d’une clinique sans rendez-vous, mais les gens qui cherchent un médecin de famille ou un infirmier-praticien devront attendre au mois d’août.

«Au niveau de la santé familiale, nous avons fait beaucoup de progrès à Sudbury», explique Mme Beaudoin, coordonnatrice en promotion de la santé du Centre de santé communautaire du Grand Sudbury, «mais il reste beaucoup de travail à faire au niveau des services spécialisés. Si quelqu’un a besoin des services spécialisés – en gynécologie ou en pédiatrie, par exemple – alors c’est un plus grand défi de trouver des spécialistes francophones. On fait certainement l’effort, mais lorsque ce n’est pas possible, on offre un service d’accompagnement ou on réfère les patients à des spécialistes d’ailleurs grâce à notre système de réseautage électronique.»

Selon les études de Mme Hien, plusieurs des participantes se sentaient mécomprises par leur médecin au point où leur frustration les mène parfois à abandonner le système de santé pour y préférer l’auto-médicalisation.

«Tu vas aller te ridiculiser là-bas», a témoigné une des participantes, lors de l’étude. «Le médecin va te regarder comme si tu ne sais pas ce que tu veux. Tu sais ce que tu veux, tu sais de quoi tu souffres, mais tu ne peux pas l’exprimer. C’est vraiment difficile, alors lorsque tu regardes tout ça, tu préfères prendre ton mal en patience en te disant que peut-être ça va passer.»

 

Vaincre l’isolement

Selon l’étude de Mme Hien, la solitude et l’isolement affecteraient la santé des immigrantes.

«En Afrique, j’avais l’habitude de vivre dehors, de rire avec mes voisins, d’être entourée de plusieurs membres de ma famille», a noté une des participantes de l’étude. «Lorsque je suis arrivée à Sudbury, je passais beaucoup de temps à l’intérieur. Je me sentais, et même après 10 ans, comme dans une prison. Je ne connais même pas le nom de mes voisins.»

Mme Serresse explique que la culture qui entoure les tâches ménagères est bien différente au Canada qu’en Afrique.

«En Afrique, les tâches domestiques sont très communautaires», développe-t-elle. «Il y a la famille élargie qui aide avec la lessive, la vaisselle, et tout ça. Mais une fois au Canada, la famille n’est plus là et les femmes se retrouvent souvent seules.»

Rejoindre ces femmes est donc devenu une des priorités des Services d’établissement et du Centre de santé communautaire.

«Briser l’isolement, ça, c’est mon combat», explique Mme Serresse. «Il faut rejoindre les immigrantes qui passent parfois des journées à la maison, et les intéresser au Centre de santé. Il y a tellement d’activités offertes – peindre, coudre, jouer aux cartes et bien d’autres – qui permettent aux gens de se créer un réseau dans la communauté. Mais ce n’est pas toujours facile de les intéresser.»

«Il faut vraiment être créatif dans la manière qu’on organise nos activités afin d’être inclusif», explique Mme Beaudoin. «Il y a des défis au niveau du transport, au niveau de la langue, au niveau de la garde des enfants. L’hiver aussi est un défi. Il faut prévoir les obstacles qui empêchent les femmes de venir afin qu’elles puissent vraiment participer.»

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Didier Pilon
dpilon@tfo.org

Originaire de Rockland, Didier Pilon baigne depuis longtemps dans la vie culturelle et communautaire de l’Ontario français. Il est diplômé d’une maîtrise en philosophie politique de l’Université d’Ottawa, où il s’est initié au journalisme au journal indépendant La Rotonde. Il a aussi collaboré avec de nombreux journaux et blogues culturels avant de se joindre à l'équipe d'#ONfr en 2017 pour poursuivre sa passion, l’actualité politique.