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Fermeture du Pavillon Jeanne-Sauvé à Val Rita: des «lacunes» confirmées

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VAL-RITA – La fermeture du Pavillon Jeanne-Sauvé qui hébergeait des jeunes francophones en détresse à Val-Rita s’est faite de la mauvaise façon, selon le Commissariat aux services en français de l’Ontario. Une situation qui a provoqué un bris de services pour une clientèle vulnérable, conclut l’enquête.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

Il y a un an, #ONfr révélait la fermeture subite du Pavillon Jeanne-Sauvé, qui accueillait chaque année une quinzaine d’enfants et d’adolescents francophones en détresse. Ceux-ci étaient originaires des districts de Cochrane et du Témiscamingue ontarien et effectuaient des séjours de 6 à 12 mois. Certains souffraient de dépression, d’anxiété ou de diverses dépendances.

La décision des Services à la famille et à l’enfance du Nord-Est de l’Ontario (SFENEO) de fermer l’établissement a provoqué une onde de choc chez de nombreux employés, mais aussi à Val-Rita, la municipalité où était installé le Pavillon. La fermeture constituait une autre tuile pour le petit village qui tentait déjà de se remettre de la disparition de son école élémentaire, de son église et de son dépanneur. Ceci sans compter qu’une demi-douzaine d’employés ont été touchés.

Suite à une plainte, le Commissariat aux services en français (CSF) de l’Ontario a mené une enquête de plusieurs mois et interrogé plusieurs intervenants touchés de près ou de loin par la fermeture. «La mise en place du nouveau modèle présentait des lacunes significatives, notamment dans la préparation, la transition et la communication auprès de la population locale», conclut le Commissariat, dans une décision dont #ONfr a obtenu les grandes lignes.

Le centre était situé dans la municipalité de Val Rita-Harty, dans le Nord de l’Ontario. Crédit image: Wikipedia

Si des services alternatifs étaient promis pour remplacer le Pavillon Jeanne-Sauvé, ils n’étaient pas encore en place lorsque cela s’est produit. En fait, il aura fallu près de six mois avant qu’un premier foyer thérapeutique de remplacement ne voit le jour, selon les informations que nous avons obtenues. Les trois autres promis ne sont toujours pas ouverts, près d’un an après la fermeture.

En conséquence, il y a un eu un «bris dans l’offre de services en français entre le moment où le Pavillon a été fermé et la mise en place du nouveau modèle», indique le CSF.

 

Des foyers thérapeutiques toujours attendus

Depuis le début, le SFENEO promet de créer quatre «foyers thérapeutiques» pouvant accueillir chacun deux jeunes pour remplacer le Pavillon Jeanne-Sauvé. Il s’agit en fait de familles d’accueil, dont au moins l’un des parents est formé pour accompagner les enfants et les adolescents en difficulté.

Une première famille d’accueil a accueilli deux jeunes en difficulté, mais seulement en septembre dernier, selon une porte-parole du ministère des Services à l’enfance et à la jeunesse. Ce foyer a vu le jour dans la municipalité de Mattice. Un deuxième devrait ouvrir en février à Timmins, selon ces informations.

Le CSF croit que la nouvelle formule ne s’avère pas en soi un recul pour les francophones. «Le nouveau modèle ne constitue pas une perte de services en français pour les familles francophones de la région de Cochrane et Timiskaming», souligne le Commissariat.

Ce sont les décisions en marge de la transition qui sont mises en doute par l’organisme de défense des francophones de l’Ontario.

Le SFENEO étant désigné en vertu de la Loi sur les services en français, le CSF a été en mesure d’enquêter sur la fermeture.

 

Le SFENEO refuse de répondre aux questions

Le ministère des Services à l’enfance et à la jeunesse affirme appuyer les changements menés par le SFENEO, soutenant que les jeunes profiteront de services thérapeutiques qui seront plus près de chez eux et dans un environnement qui se rapproche de la réalité d’un milieu familial classique.

Invité à réagir aux raisons permettant d’expliquer le «bris de service», le ministère a soutenu que cela n’était pas une interprétation juste de la situation.  «Il n’y a pas eu de bris de services suite aux changements de lieu. Les enfants, les jeunes et les familles continuent à avoir accès à des traitements et des lits dans des foyers thérapeutiques francophones», a indiqué une porte-parole du ministère des Services à l’enfance et à la jeunesse.

Le gouvernement affirme que, même pendant la période de transition, les services ont été offerts en français et ont respecté la Loi sur les services en français. Le ministère affirme qu’un seul jeune séjournait au Pavillon Jeanne-Sauvé au moment de sa fermeture, sans indiquer combien avaient profité des services dans les mois précédents.

Quant aux Services à la famille et à l’enfance du Nord-Est de l’Ontario, organisme financé par des fonds publics, ce dernier a ignoré les questions envoyées par #ONfr. Au cours des derniers jours, une porte-parole de l’organisme a fait parvenir à #ONfr un dépliant expliquant les services de l’organisme, plutôt que de répondre directement aux questions envoyées. Le SFENEO ignore ainsi toutes les questions sur la qualité des services en français actuellement offerts ou l’impact qu’a eu la fermeture du Pavillon sur les jeunes qui ont dû quitter le lieu.

Pendant ce temps, des intervenants touchés de près par la fermeture du Pavillon Jeanne-Sauvé, interrogés par #ONfr, continuent de douter de la pertinence de cette décision.

 

 

 


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Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.