Société

Fierté dans la capitale : tenter d’unir le village

Défilé de Fierté dans la capitale en 2024. Photo: Rachel Crustin/ONFR

OTTAWA – La semaine de la Fierté dans la capitale a débuté le 16 août sous le thème Un village à nous. Les événements communautaires, spectacles et panels de discussion s’enchaîneront jusqu’au 24 août, jour de défilé. Cette année, tout le monde semble vouloir y marcher, mais des divisions subsistent.

Le drapeau de la fierté sera hissé à l’hôtel de ville d’Ottawa lundi en matinée, marquant le début plus officiel de la semaine de la Fierté. Mais la première fin de semaine était déjà bien remplie, avec entre autres le traditionnel pique-nique familial, dimanche, dans le parc Hintonburg.

Samedi soir, c’était Le retour en fierté de Fringe, qui offrait gratuitement une nouvelle représentation de trois spectacles s’étant démarqués au festival Fringe d’Ottawa, en juin. Parmi eux, la Franco-Ontarienne Sophie Twardus a pu remonter sur scène au Théâtre de la Cour des arts, avec ∉ {0,1} Trop paresseuse pour faire un coming out donc j’ai créé une pièce de théâtre, dans laquelle elle explique sa non-binarité par le biais d’exemples comiques, comme le manque de définition claire de ce qu’est un sandwich.

Sophie Twardus dans ∉ {0,1} Trop paresseuse pour faire un coming out donc j’ai créé une pièce de théâtre, lors de la soirée Le retour en fierté de Fringe. Photo : Rachel Crustin/ONFR

Outre le défilé du 24 août, le plus gros événement aura lieu jeudi soir, selon le porte-parole francophone de Fierté dans la capitale, David Breault. En entrevue avec ONFR, il explique que le gala de la Fierté se tiendra au Centre national des arts, avec le concours de drag qui couronnera M. , Mme et Mx Fierté dans la capitale (drag king, drag queen et drag non-binaire) 2025.

Puis, de vendredi à dimanche, le Festival de la Fierté se déroulera sur la rue Bank, fermée à la circulation automobile entre les rues Slater et Gladstone. « Il va y avoir des artisans, des vendeurs, différents groupes communautaires et notre estrade habituelle à Slater. Il va y avoir une tonne de programmation avec différents artistes locaux », anticipe David Breault.

La scène principale accueillera différents artistes à l’angle des rues Bank et Slater, de vendredi à dimanche. Photo (2024) : Rachel Crustin/ONFR

Le porte-parole conseille de consulter le Guide de la fierté ainsi que le site web Fierté dans la capitale pour se retrouver parmi les activités proposées. En plus des événements principaux, de nombreuses activités communautaires sont répertoriées.

Les célébrations se dérouleront dans un contexte de situation économique précaire pour Fierté dans la capitale, qui a perdu « facilement 30 % de ses commanditaires ». David Breault nomme différentes raisons, comme le climat actuel envers les personnes LGBTQ+ en Amérique du Nord ou une situation économique plus difficile. Il ne s’en cache pas non plus : « on a perdu des commanditaires à cause de la déclaration que l’on a faite l’an passé. »

Relents de controverse

L’an dernier, Fierté dans la capitale avait émis un énoncé en appui au peuple palestinien. Le communiqué dénonçait la montée de la haine antisémite et islamophobe, et annonçait que l’organisme allait prendre certaines mesures, comme « reconnaître le génocide » ou aligner ses partenariats sur des listes du mouvement BDS, pour boycott, divestment, sanctions, qui proposent de boycotter les entreprises entretenant des liens avec Israël.

Plusieurs organisations avaient alors retiré leur participation au défilé, comme l’administration de la Ville d’Ottawa et son maire Mark Sutcliffe, la Fédération juive d’Ottawa (FJO), le Centre hospitalier pour enfants de l’Est de l’Ontario (CHEO) et l’hôpital d’Ottawa.

En réponse au boycott, de nombreux participants de 2024 avaient défilé avec des symboles palestiniens et des slogans comme « No pride in genocide« . Photo : Rachel Crustin/ONFR

Cette année, l’organisation s’est faite discrète sur ce sujet. « On n’a pas réitéré, parce que notre position n’a pas changé. On continue de faire du travail à l’interne, justifie David Breault. Une déclaration sans actions est symbolique. »

De son côté, la FJO s’est réjouie que la déclaration ne soit plus en ligne. « Nous reconnaissons que l’organisation a eu plusieurs rencontres avec des personnes queers et alliées, leaders de notre communauté juive, et a fait plusieurs pas pour rebâtir la confiance » (traduction libre), a indiqué l’organisme en réponse à un internaute sur sa page Facebook, confirmant que la FJO serait de retour au défilé cette année.

Le 29 juillet, Mark Sutcliffe a également annoncé sur ses réseaux sociaux qu’il allait participer aux célébrations. « J’apprécie le travail précieux accompli par Fierté dans la capitale pour remettre l’accent sur la célébration de la communauté 2SLGBTQQIA+ d’Ottawa et l’esprit dynamique et inclusif du Village », a-t-il écrit en référence au thème de 2025.

Le regroupement Queers for Palestine (QFP), section Ottawa, a aussi annoncé avoir eu des discussions avec Fierté dans la capitale. Sur Instagram, QFP invite ses partisans à participer en grand nombre au défilé pour se faire entendre, et affirme que « Fierté dans la capitale s’est engagée verbalement à faire de réels pas vers des mesures BDS à l’automne. Ils devront être tenus responsables tout au long du processus – et ils refusent toujours de réaffirmer leur déclaration de solidarité. » (traduction libre)

QFP note que Fierté dans la capitale s’est notamment engagé à tenir une séance de consultation publique sur le thème du mouvement BDS, ce que David Breault a confirmé à ONFR.

Fierté dans la capitale encourage les différents groupes à s’exprimer, mais souhaite pour sa part se concentrer sur le bon déroulement de son événement.

« Notre objectif principal est d’organiser un festival réussi. On veut créer un festival où tout le monde se sent inclus, se sent invité et se sent en sécurité. Il y a des choses qu’il faut faire, et des fois, ça veut dire que ça nous limite sur le côté militantisme », résume David Breault.

Il croit qu’il est également possible de « prendre position sur des enjeux qui ont un impact sur la communauté 2SLBGTQ ici au Canada et à l’étranger. Selon moi, on est capables de faire les deux. On n’est pas toujours capable de le faire de façon parfaite, évidemment. »

Des enjeux semblables ailleurs

Des débats semblables ont eu lieu à Toronto et à Montréal. Dans la métropole québécoise, on a vu émerger un regroupement parallèle à Fierté Montréal, la Fierté indomptable, composée de gens qui se dissociaient de l’événement principal en raison de ses « intérêts corporatifs » et de son manque d’actions face à la situation humanitaire dans la bande de Gaza.

Selon David Breault, la situation reste différente à Ottawa. « Notre ville est un peu moins grande qu’à Montréal et Toronto. En général, le festival de la Fierté ici met plus l’accent sur les activités communautaires. »

Défilé de Fierté dans la capitale, en 2024. Photo : Rachel Crustin/ONFR

Environ 160 groupes se sont inscrits pour marcher au défilé de Fierté dans la capitale de dimanche prochain. Le trajet a été modifié cette année. Il débutera encore devant l’hôtel de ville d’Ottawa, à midi, mais se dirigera vers la rue Wellington, pour passer devant le Parlement du Canada.