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Fierté : la grande solitude d’aînés LGBTQ+

Temps de lecture : 3 minutes

Après avoir vécu ouvertement leur orientation sexuelle toute leur vie, plusieurs aînés LGBTQ+ aboutissent en résidence où ils se retrouvent isolés ou pire… forcés de retourner dans le placard. Rares sont les initiatives francophones en Ontario permettant de briser l’isolement de cette population fragile.

« La majorité des résidences pour aînés disent n’avoir aucun résident de la communauté LGBTQ+. Bizarre, quand on sait qu’au moins 10 % de la population serait issue de cette communauté. La vérité  : les propriétaires de résidences ne le savent pas et ils ne veulent pas le savoir, lâche sans détour Jean-Rock Boutin, le président de la Fédération des aînés et des retraités francophones de l’Ontario (FARFO).

Pour encourager les aînés LGBTQ+ à s’afficher, les dirigeants de résidences devraient être proactifs, croit-il. « Installer un drapeau arc-en-ciel, avoir des messages aux résidents qui évoquent cette réalité, s’afficher ! Mais ces dirigeants ne veulent pas déplaire, alors les aînés LGBTQ+ vivent bien souvent dans la solitude », déplore-t-il.

L’auteur Paul-François Sylvestre. Grcieuseté.

Difficile de connaître leur réalité, car ils vivent dans la peur et craignent de s’afficher à l’hiver de leur vie, affirme Jean-Rock Boutin.

« Ils sont fragilisés, ils ne veulent pas parler publiquement », souligne-t-il. « Les aînés LGBTQ+ vivent beaucoup de stress. Ils ont peur d’aller vivre dans les résidences ou même de demander des services à domicile. Ils ont peur d’être jugés si un préposé constate qu’ils vivent dans un couple homosexuel. Ils ont peur des commentaires de certains préposés qui vont essayer de les convertir », fait-il valoir.

À Toronto, un portrait moins sombre

Paul-François Sylvestre a écrit plusieurs livres sur son homosexualité. « En 1976, j’ai écrit le récit de mon coming out ! Je ne peux pas me cacher ! », lance-t-il avec humour. Il réside au Centre d’accueil Héritage à Toronto, situé à deux kilomètres du village gai.

« Mais pour un Franco-Ontarien LGBT de Welland, par exemple, quand il déménage dans une résidence où il est presque le seul, c’est assurément difficile de s’afficher. Il n’y a pas beaucoup d’activités LGBTQ pour les aînés francophones en Ontario », se désole-t-il.

Il affirme qu’il n’est pas toujours facile, même pour lui, de discuter de son orientation sexuelle avec certains voisins.

« Il y a des résidents très religieux et ce n’est pas toujours accepté. Certains continuent de croire qu’un mariage est entre un homme et une femme. Beaucoup d’hétérosexuels n’ont pas été éduqués à s’intéresser à la diversité sexuelle. On ne parlait pas de ça », observe-t-il, résigné.

Après une vie active forte impliquée dans les milieux gais, M. Sylvestre admet souffrir parfois de solitude. « Mes deux meilleurs amis, qui étaient aussi gais, ont quitté Toronto. Je meuble ma solitude en écrivant des récits homo-érotiques. C’est une sorte de soupape », confie-t-il.

Le drapeau de la communauté LGBTQ et le drapeau franco-ontarien. Archives ONFR+

Mireille Ouellet habite aussi au Centre d’accueil Héritage. Un drapeau à la fois franco-ontarien et arc-en-ciel flotte au-dessus de son fauteuil roulant motorisé.

« Je suis venue au monde lesbienne, ça ne changera pas ! Je n’ai jamais été dérangée par les idées des autres. Si les gens ne sont pas contents qu’il change de côté de rue », lance-t-elle.

Pour elle aussi, la vie à Toronto a été un exutoire qui lui a permis de vivre en toute liberté son orientation sexuelle. Ça aurait été beaucoup plus compliqué dans son village de Saint-Raymond-de-Portneuf au Québec, dit-elle.

« Le village gai de Toronto a été très important pour moi, j’ai été de toutes les activités. Maintenant, c’est plus tranquille. Mais à la résidence Héritage, j’ai retrouvé un petit village, où je me sens bien et en sécurité », confie-t-elle. « Ma sexualité a moins d’importance, c’est l’amitié qui compte pour moi, aujourd’hui », dit-elle.

Elle se souvient que le Centre d’accueil Héritage a déjà eu un comité LGBTQ+, mais qu’il s’est tranquillement éteint.

Au moins, une agora virtuelle

Le président de la FARFO aurait voulu voir naître un lieu physique où les aînés LGBTQ+ francophones auraient pu se rassembler. En attendant, il a travaillé à la naissance d’une place publique virtuelle.

« Au-delà de l’Arc-en-ciel » est un groupe de discussion virtuel bi-mensuel. Sur Zoom, les aînés LGBTQ+ sont invités à se connecter pour discuter et partager leurs préoccupations du moment. « Ça permet d’être en contact avec l’autre, de briser la solitude, de socialiser et de briser l’isolement », insiste Jean-Rock Boutin.

La réunion a un autre objectif important.

« Beaucoup d’aînés LGBTQ+ en étant isolés se referment sur eux-mêmes et ne demandent pas d’aide. Ça peut avoir comme conséquence le développement de maladie ou de troubles de santé mentale. Cette nouvelle rencontre peut permettre d’orienter une personne vers les bonnes ressources en français ou de lui donner des conseils », affirme M. Boutin.

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