Les partisans sénégalais n'étaient certes pas les plus nombreux au stade de Toronto, mais ils ont été les plus bruyants après la victoire 5-0 face à l'Irak. Photo : Mamadou Ndaw
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FIFA 2026 : le Sénégal qualifié au bout du suspense

Les partisans sénégalais n'étaient certes pas les plus nombreux au stade de Toronto, mais ils ont été les plus bruyants après la victoire 5-0 face à l'Irak. Photo : Mamadou Ndaw

TORONTO – Entre un succès éclatant 5-0 contre l’Irak, plusieurs heures d’attente devant les autres rencontres et un but iranien finalement annulé par la VAR (assistance vidéo à l’arbitrage) dans les derniers instants, les supporteurs sénégalais ont vécu vendredi l’une des journées les plus intenses de leur histoire en Coupe du monde. Récit d’une qualification arrachée au bout du suspense.

Lorsque l’arbitre siffle le coup d’envoi de Sénégal-Irak vendredi après-midi au BMO Field, les partisans sénégalais savent qu’une victoire ne suffira probablement pas. Il faudra marquer beaucoup… puis espérer des résultats favorables ailleurs.

Pour Amy Sylla, Sénégalaise installée à Toronto, le stress est déjà à son comble.

« Honnêtement, j’étais stressée et plutôt dubitative. Je savais que nos Lions avaient les capacités de gagner, mais ce qui m’inquiétait, ce n’était pas la victoire en elle-même, c’était le score. Est-ce qu’ils allaient marquer assez de buts pour se qualifier? J’avais même demandé qu’on m’explique tous les scénarios possibles. Mais même après les calculs… je retenais mon souffle. »

À quelques rangs de là, Nicolas Keita, venu spécialement de Dakar avec un ami installé à Montréal, partage le même mélange d’espoir et de frustration. Finaliste de la dernière CAN (coupe d’Afrique des Nations), le Sénégal restait sur deux rencontres décevantes face à la France et à la Norvège.

« On était venus au Mondial avec énormément d’ambitions. Après ces deux premiers matchs, on était extrêmement frustrés. On savait qu’il y avait encore une chance de se qualifier parmi les meilleurs troisièmes, mais il fallait gagner largement et espérer plusieurs résultats favorables. »

145 partisans torontois ont bénéficié de places offertes par le ministère des sports du Sénégal distribuées par Sénontario. Photo : Mamadou Ndaw

Un miracle avant même le coup d’envoi

Pour Amy, cette journée exceptionnelle commence même avant son arrivée au stade. Vingt-quatre heures avant la rencontre, alors qu’elle rêvait de pouvoir assister au match sans avoir trouvé de billet, une place lui est finalement offerte.

« J’avais clamé haut et fort que je voulais manifester un billet gratuit, et Dieu a décidé de me prendre au mot! Je me retrouve au premier rang, juste en face de la cage où ils vont inscrire les quatre buts de la deuxième période. Pour ce come-back historique, j’étais là, au premier rang, au sens propre comme au sens figuré. »

Mais au-delà du spectacle sportif, c’est l’atmosphère qui l’a marquée.

« Ce qui m’a le plus touchée, c’est l’ambiance autour de moi : la communauté sénégalaise, les blagues en wolof, les chants, les sauts, les larmes de joie. Des inconnus sont devenus une famille le temps d’un match. »

Une deuxième période qui fait chavirer tout un peuple

Après une première période conclue sur une maigre avance de 1-0 malgré la supériorité numérique, Nicolas Keita avoue avoir douté.

« On ne comprenait pas pourquoi on ne mettait pas plus d’intensité alors qu’ils jouaient à dix. À la mi-temps, on avait du mal à comprendre notre stratégie. »

Tout change au retour des vestiaires. Les Lions inscrivent quatre nouveaux buts, les tribunes explosent et les chants sénégalais couvrent presque le reste du stade.

« Dès le début de la deuxième mi-temps, on a vu une autre équipe, la vraie équipe sénégalaise qu’on aime voir, raconte Nicolas. Chez nous, le football est un sport national. Du gamin de cinq ans jusqu’à la grand-mère de quatre-vingts ans, tout le monde connaît l’équipe et la suit. »

Amy Sylla a vécu une journée inoubliable, elle qui n’avait pas de billet à la veille du match. Photo : gracieuseté

Les yeux rivés sur la VAR

Le coup de sifflet final ne met pourtant pas fin au suspense. Comme des milliers de supporters sénégalais à travers le monde, Amy et Nicolas passent ensuite leur soirée à suivre les autres rencontres décisives.

L’Espagne fait le travail en battant l’Uruguay (1-0). L’Égypte tient ensuite l’Iran en échec (1-1). Mais dans les toutes dernières minutes, un but iranien plonge tout un peuple dans la détresse… avant d’être annulé pour un hors-jeu après intervention de la VAR. Pour le Dakarois , cette séquence restera gravée à jamais.

« Le but refusé de l’Iran nous a d’abord brisé tous nos rêves. J’étais contre la VAR quand elle est arrivée dans le football. Aujourd’hui, je peux dire que c’est la meilleure invention du football moderne. Sans elle, personne n’aurait vu ce hors-jeu. Merci à l’orteil de l’Iranien! »

De son côté, la Torontoise reconnaît que cette Coupe du monde l’a transformée.

« Je n’ai jamais suivi le foot de ma vie! La CAN, oui, par fierté et par culture. Mais le reste? Jamais. Et me voilà à analyser Côte d’Ivoire-Cap-Vert, Ghana-Panama ou Brésil-Haïti comme si j’étais consultante sportive. J’ai même raté mes cours de Pilates! Mes proches ne me reconnaissent plus. »

De retour à Montréal après le match, Nicolas Keita se prépare pour continuer à suivre l’équipe sur la suite de la compétition. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

De Dakar à Toronto pour suivre les Lions

Pour Nicolas Keita, cette qualification représente l’aboutissement d’un long périple.

Depuis le début de la Coupe du monde, il a assisté aux trois rencontres du Sénégal, d’abord aux États-Unis contre la France et la Norvège, puis à Toronto face à l’Irak.

Ses billets, il les avait obtenus plusieurs mois avant le tournoi grâce au contingent réservé à la Fédération sénégalaise de football.

« Depuis quatre ou cinq mois, on avait déjà nos places. J’étais en catégorie 1 et j’ai payé environ 450 dollars américains. C’est cher, mais rien à voir avec les billets qui se revendaient jusqu’à 1900 dollars. »

S’il juge le stade de Toronto moins impressionnant que celui du New Jersey, le visiteur retient surtout l’accueil reçu dans la métropole canadienne.

« Les gens étaient chaleureux. Ce que j’ai beaucoup aimé, c’est cette double identité. On rencontre des Canadiens-Sénégalais, des Canadiens-Brésiliens… Les gens revendiquent leurs deux cultures et je trouve ça magnifique. »

Place à la Belgique

Quelques heures après cette qualification arrachée au bout du suspense, le Sénégal connaît désormais son prochain adversaire : la Belgique. Amy Sylla sait que le défi sera immense.

« On ne va pas se mentir : affronter la meilleure équipe d’un groupe, c’est stressant. Mais cette victoire contre l’Irak a un goût de reconquête. J’espère que nos Lions vont capitaliser sur cette énergie, garder la même stratégie et nous offrir la même intensité qu’à la CAN et contre l’Irak. On a goûté à cette joie, on en veut encore. On y croit. On est de retour. »