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FIFA 2026 : le voyage d’une vie pour les Léopards

Après plus de cinquante ans d’absence de la République démocratique du Congo en Coupe du monde, Junior Mandoko ne pouvait pas manquer ce rendez-vous. Ce résident d’Ajax a économisé pendant des mois pour assister à la première victoire de l’histoire des Léopards dans la compétition, retrouver des amis venus des quatre coins du monde et prolonger l’aventure jusqu’au seizième de finale contre l’Angleterre. Deux matchs, deux ambiances et des souvenirs gravés pour toujours.

Lorsque l’arbitre siffle la fin du match, Junior Mandoko reste quelques instants immobile dans les tribunes du stade d’Atlanta. Autour de lui, des milliers de supporters congolais chantent, dansent et s’enlacent. Les Léopards viennent de signer la première victoire de leur histoire en Coupe du monde. L’Ajaxien prend le temps d’observer la scène. Les drapeaux bleu ciel flottent encore, les chants résonnent dans les travées et les joueurs célèbrent avec leurs partisans. Pour lui, tous les sacrifices consentis depuis des mois viennent soudainement de prendre un sens.

« Quand on a marqué le deuxième but, j’ai presque perdu ma voix parce que je criais comme un fou. Puis, à la fin du match je me suis dit : ‘C’est incroyable. C’est la toute première victoire du Congo en Coupe du monde. C’est historique’. »

Juge en droit administratif et professeur au Collège Boréal à Toronto, Junior Mandoko n’a pas improvisé ce voyage. Dès la qualification des Léopards en mars dernier, il se promet d’assister à au moins une rencontre de la RDC, convaincu qu’il ne pouvait pas laisser passer un rendez-vous aussi historique.

Junior est arrivé tôt au stade pour ne rien rater de l’avant-match et pour profiter de chaque instant de cette expérience unique. Photo : gracieuseté

Les deux premiers matchs de groupes tombent en pleine semaine et lui échappent. Le troisième, en revanche, est déjà entouré en rouge sur son calendrier.

« J’ai fait mes économies, j’ai planifié mon voyage. Ensuite, j’ai essayé de voir avec mon travail si je pouvais avoir quelques jours de vacances. Je ne pouvais pas manquer ce troisième match. »

Atlanta prend des airs de Kinshasa

En descendant de l’avion à Atlanta, Junior Mandoko s’attend à retrouver quelques supporters congolais. Il est loin d’imaginer l’ampleur de la mobilisation.

« On voyait le drapeau congolais presque partout. On se croisait, on criait, il y avait ceux qui étaient en voiture qui klaxonnaient. Je me suis senti un peu comme à Kinshasa. »

Le voyage prend alors une dimension beaucoup plus personnelle. Parti seul de Toronto, il retrouve sur place des amis installés aux États-Unis, mais aussi d’anciennes connaissances venues spécialement de Londres et même de Dubaï. La Coupe du monde devient le prétexte à des retrouvailles que plusieurs attendaient depuis des années.

« Retrouver des amis venus de plusieurs pays pour vivre ça ensemble, c’était vraiment exceptionnel. »

Dispersés aux quatre coins du monde, ces amis de longue date se sont retrouvés à Atlanta pour vivre ensemble le retour historique de la République démocratique du Congo en Coupe du monde, plus de cinquante ans après sa dernière participation. Photo : gracieuseté

À l’intérieur du stade, le spectacle se poursuit. Malgré le prix des billets, les supporters congolais répondent présents en nombre. Les chants, les danses et la musique donnent presque l’impression que les Léopards évoluent à domicile.

« Je ne pensais pas qu’il y aurait autant de Congolais. Franchement, ça m’a marqué. Ça chantait, le stade bougeait au rythme du Congo. On sentait que les gens avaient fait d’énormes sacrifices pour être là. »

Une soirée historique

Le début de la rencontre refroidit pourtant rapidement les ardeurs congolaises. Après un premier but refusé pour hors-jeu, l’Ouzbékistan ouvre finalement le score. Junior Mandoko voit déjà défiler dans sa tête le long trajet du retour vers Toronto.

« Je me suis dit : je n’ai pas fait tout ce déplacement pour perdre. On ne pouvait pas faire un match nul contre le Portugal, tenir tête à la Colombie et venir perdre contre l’Ouzbékistan. Je me suis dit qu’ils devaient montrer de quoi ils étaient capables. »

Les changements effectués après la pause relancent finalement les Léopards. L’égalisation, puis le deuxième but font exploser les tribunes. Lorsque le troisième but assure définitivement la victoire, la fête peut commencer.

Dans la fan zone d’Atlanta, le point de ralliement des partisans congolais avant le match contre l’Ouzbékistan. Photo : Gracieuseté

Après le coup de sifflet final, personne ne pense à rentrer. Les partisans restent de longues minutes dans les gradins avant de poursuivre les célébrations autour du stade, puis lors d’une soirée organisée par la communauté congolaise d’Atlanta et le ministère congolais du Tourisme.

« On a mangé, on a dansé. On est repartis vers trois ou quatre heures du matin. C’était vraiment la fête. Tout le monde célébrait cette première victoire historique. »

Deux matchs, deux mondes

Au départ, Junior Mandoko devait rentrer au Canada dès le lendemain. Mais la qualification de la RDC change complètement ses plans. Avec ses amis, il découvre que le prochain match contre l’Angleterre se disputera lui aussi à Atlanta. Après avoir trouvé un billet au dernier moment, il décide de prolonger l’aventure.

Quelques jours plus tard, le décor est pourtant radicalement différent. Cette fois, les maillots blancs dominent largement les tribunes. Le petit noyau de supporters congolais est regroupé à l’autre bout du stade. Junior, lui, se retrouve entouré presque exclusivement de partisans anglais, ses amis ayant obtenus des places situées à d’autres endroits du stade.

« Quand le Congo a marqué, j’étais le seul à me lever. Tout le monde m’a regardé. Je me suis dit : ‘Attention. On connaît la réputation des supporters anglais.’ Heureusement, tout s’est bien passé, mais je me suis vraiment senti seul pendant ce match. »

Changement d’ambiance, un stade totalement acquis à la cause de l’Angleterre pour le 16e de finale. Photo : gracieuseté

Pendant une heure, il croit pourtant à un nouvel exploit. Les Léopards résistent, Lionel Mpasi multiplie les arrêts et l’inquiétude gagne progressivement les supporters anglais.

« Ils étaient vraiment surpris. Ils ne pensaient pas qu’on allait leur tenir tête. À la mi-temps, je sentais qu’ils commençaient à avoir peur d’une élimination. »

L’égalisation d’Harry Kane change toutefois complètement la dynamique. Les Anglais poussent, les Léopards reculent et la RDC finit par céder en fin de rencontre.

Junior Mandoko préfère patienter quelques minutes après le coup de sifflet final avant de quitter sa place. Finalement, contrairement à ses craintes, les échanges avec les supporters anglais restent cordiaux.

« J’étais entouré d’Anglais, mais je n’ai pas été insulté ni violenté. J’ai même discuté avec certains d’entre eux. Franchement, l’ambiance est restée respectueuse. »

Le prix d’un rêve

Les souvenirs de cette Coupe du monde resteront longtemps. La facture aussi. Entre les billets d’avion, l’hôtel, les repas, les transports et les deux billets de match, Junior Mandoko estime avoir dépensé entre 4000 et 5000 dollars. Une somme considérable qu’il assume sans regret, même s’il déplore le coût prohibitif des places.

« Pour vous dire la vérité, je n’ai même pas encore regardé ma carte de crédit. J’ai peur de le faire. Je croyais que la Coupe du monde était accessible à tout le monde. Le football est un sport populaire. Ça ne devrait pas être réservé aux élites. »

La RDC a finalement vu son parcours s’arrêter face à l’Angleterre. Mais pour l’Ajaxien, le résultat sportif est presque devenu secondaire. En quelques jours, il aura retrouvé des amis venus des quatre coins du monde, accompagné le retour historique des Léopards sur la scène mondiale et assisté à la première victoire de son pays en Coupe du monde.

Des souvenirs qui, eux, ne figureront jamais sur son relevé de carte de crédit.