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Fin du programme de sage-femme à La Laurentienne : l’incompréhension totale

Temps de lecture : 4 minutes

SUDBURY- Si vous avez déjà accouché ou assisté à un accouchement en français en Ontario, vous pouvez sans doute dire un grand merci au programme de sage-femme de l’Université Laurentienne. Par contre, depuis lundi, c’est la consternation à la suite de la suspension du seul programme francophone de ce type hors Québec qui reçoit près de 300 demandes d’admission par an.

Ce programme a été créé en 1999 pour répondre aux besoins de la communauté francophone dans le monde de la santé avant de devenir complètement bilingue en 2001. Il s’agit du seul programme bilingue au Canada et près de 25 % des 400 sages-femmes qui y ont gradué depuis 22 ans sont francophones.

« C’est le seul programme bilingue au Canada qui a un volet francophone hors du Québec et on accepte les francophones des autres provinces, alors que celui au Québec, ils acceptent seulement les étudiants québécois… On a des sages-femmes francophones de l’Alberta et du Manitoba qui retournent comme sage-femme dans leur province par la suite », lance une des professeures du programme Crestina Beites.

La professeure Crestina Beites, du programme de sage-femme de l’Université Laurentienne. Gracieuseté

Pour sa collègue Kirsty Bourret, cette décision signifie que les femmes francophones souhaitant accoucher en français en Ontario et hors Québec vont payer le prix de cette décision de l’université sudburoise.

« Le droit de la femme, c’est d’avoir des services prodigués dans sa langue (…). C’est essentiel d’avoir des services fournis dans une langue que tu peux comprendre durant un temps ou la personne enceinte doit bien comprendre les décisions qu’elle prend pour son futur enfant. Durant les accouchements, il y a des choses qui se passent rapidement, comment tu peux expliquer quelque chose à quelqu’un qui ne peut pas te comprendre ? C’est franchement inacceptable », se désole la professeure de l’Université Laurentienne depuis 2007.

L’incompréhension est due au fait que le programme est à 100 % financé par le gouvernement. Les professeurs sont payés par le gouvernement et l’administration touche des revenus avec les frais de scolarité des étudiants.

Les membres du programme n’acceptent pas les propos du recteur Robert Haché pour expliquer la décision d’inclure leur programme dans les 69 supprimés. Le recteur avait dit que les programmes étaient abolis en raison d’un taux d’inscriptions « faible, voire nul depuis quelques années » et que l’Université Laurentienne « entend se concentrer sur les programmes les plus demandés ».

« C’est un choc pour la communauté de la santé. Il y a des médecins et des infirmières qui nous appellent en nous disant que ça ne fait aucun sens » – La professeure Kirsty Bourret

Selon les enseignantes, un plafond de 30 étudiantes par année leur est imposé par le gouvernement malgré près de dix fois plus de demandes d’admission.

« De nous faire dire que c’est une décision financière, c’est honteux, ce n’est pas vrai et de donner comme raison que c’est à cause de nos faibles taux d’inscriptions, c’est aussi faux, on est à pleine capacité (…). C’est un processus sauvage et honteux. De nous mettre dans une réunion Zoom avec d’autres profs et nous lire quelque chose et de ne pas nous laisser poser des questions, ça n’a pas d’allure », fulmine Crestina Beites.

Un choc pour la communauté

Les sages-femmes contribuent aussi à près de 20 % des accouchements chaque année en Ontario. Ce poste est essentiel pour les petites villes de l’Ontario, comme dans le Nord, explique Kirsty Bourret.

« Dans chaque petite communauté dans le Nord de l’Ontario comme à Elliot Lake, Temiskaming Shores, Timmins et North Bay, c’est la sage-femme qui s’occupe de toutes les femmes enceintes, car il n’y a pas d’autres proviseurs de soins de santé. La sage-femme dans les zones rurales offre des services que les femmes ne peuvent pas avoir autrement. Alors on remplit une lacune dans les services de santé du Nord et c’est bien reconnu par les deux gouvernements. Un bon système de santé est reconnu pour avoir des services de sage-femme. »

Selon cette dernière, l’incompréhension n’existe pas juste à Sudbury, mais dans tout le système de santé en Ontario.

« C’est un choc pour la communauté de la santé. Il y a des médecins et des infirmières qui nous appellent en nous disant que ça ne fait aucun sens. »

Un futur incertain pour les étudiantes

Cette annonce vient aussi peser un lourd fardeau sur des étudiantes qui ne savent pas si elles pourront obtenir leur diplôme, après quatre années d’études et de stage.

« Ça fait une couple de jours que je ne dors pas bien. », avoue l’étudiante en 4e année Élizabeth Leblanc.

L’étudiante au programme de sage-femme Élizabeth Leblanc. Crédit : gracieusté.

Cette dernière complète présentement en stage à Owen Sound et devrait en principe obtenir son diplôme en août. Depuis l’annonce de lundi, plus rien n’est certain désormais, car personne ne pourra l’évaluer affirme inquiète Élizabeth Leblanc.

« Je suis censé me faire évaluer le 20 mai, mais les professeurs finissent le 15 mai. Elles (les professeurs) prennent la décision finale à savoir si je suis diplômée, mais si elles ne sont pas là, qu’est qui va m’arriver (…). Je continue et j’essaie d’étudier pour mes examens même si je me sens très déstabilisée par tout ça. J’ai passé les quatre dernières années de ma vie à me préparer à ça. »

Une pétition « pour sauver la profession de sage-femme à l’Université Laurentienne » avait recueilli près de 8 400 signatures depuis sa mise en ligne mardi soir

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