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Fiona Labonté, de Cornwall à la tête de la FESFO

Temps de lecture : 6 minutes

[LA RENCONTRE D’ONFR+] 

CORNWALL – En 45 ans d’existence, jamais la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO) n’avait élu un président ou une présidente de Cornwall, encore moins organisé ce scrutin annuel de manière virtuelle. Les nouveaux chefs de l’exécutif sont bien souvent des élèves de onzième année. Fiona Labonté, en dixième année à l’École secondaire publique L’Héritage et officiellement investie cette semaine à titre de présidente de l’organisme, est donc un peu à part. Une différence sur laquelle elle compte bien s’appuyer au cours de ses 12 mois de mandat.

« Le 19 juin, vous étiez élue en tant que 46e présidente de l’histoire de la FESFO, au terme d’une élection virtuelle du fait des mesures de confinement. Quelle a été votre première réaction après votre élection ?

Vraiment, j’étais juste contente pour travailler avec la FESFO, et servir la communauté. Cette dernière année à la FESFO m’a donné la chance de m’épanouir. L’organisme m’a donné aussi la chance en tant que francophone et leader de m’affirmer. Je veux maintenant soulever la voix des autres.

D’habitude, les présidents sont élus lors de leur onzième année. Ce n’est pas votre cas…

Je suis habituée à être la plus jeune dans les salles. Je voulais juste continuer à m’impliquer, et pour cela, le meilleur poste était celui de la présidence.

On vient de vivre une année particulière dans les écoles, entre les grèves à l’hiver, puis les fermetures des établissements en raison de la pandémie. Comment avez-vous vécu tout cela ?

C’était beaucoup d’adaptation. Au jour le jour, j’essayais de faire de mon mieux pour trouver la normale. C’était vraiment bien que j’avais des gens autour de moi, comme mes parents, mes collègues de classe. Pour les élèves, c’est beaucoup de confusion et de peur, mais il fallait continuer avec les cours à distance.

Pensez-vous que les élèves ont été affectés par tous ces changements ?

Oui, mais de différentes façons. Il y a vraiment par exemple un manque d’Internet dans les milieux ruraux et moins fortunés. Je pense aussi que ça reflète un système qui ne fonctionne pas pour le mieux. D’autres jeunes sont affectés, car leurs parents sont des travailleurs de première ligne. Ils doivent donc balancer leur santé avec celle de leurs parents. C’est beaucoup de peur !

Et l’apprentissage à distance, avez-vous eu des commentaires à ce sujet ?

Je ne me sens pas confortable à répondre, car c’est encore difficile à savoir et analyser ce qui s’est passé à ce niveau. On n’est encore pas sorti de la COVID-19 !

Fiona Labonté (en bas, à gauche) lors d’une rencontre du Conseil de représentation de la FESFO en août 2019. Gracieuseté : FESFO

Vous succédez à Karelle Sikapi. Est-ce qu’elle vous a donné des conseils spécifiques ?

Vraiment ! Les conseils étaient importants. Elle m’a surtout dit d’équilibrer mon temps, de prendre du temps pour moi, car le travail de présidente est parfois lourd et demandant. Il faut prendre le temps de se relaxer.

Pablo Mhanna-Sandoval élu en 2017, puis Lydia Philippe élue l’année suivante, ont été deux présidents qui ont marqué l’histoire de la FESFO. Sentez-vous une pression de leur succéder ?

Oui un peu, mais en même temps, j’ai tellement de la chance. J’ai eu beaucoup de support d’eux, donc je me sens vraiment en confiance !

Quels vont être vos premiers dossiers à titre de présidente ?

Vraiment, notre mandat est de rejoindre la jeunesse. Il y a une haute probabilité que l’on ne retourne pas à l’école. Il faut donc s’assurer que l’isolement social ne se fasse pas.

C’est aussi important de voir que la langue et la culture fassent partie des élèves. Parfois, l’école représente pour un élève sa communauté francophone, et c’est le seul endroit où des activités peuvent se faire.

Enfin, il faut porter un regard rétroactif sur les dossiers qu’on n’a pas terminés, comme le vote à 16 ans, mais aussi s’assurer que la communauté francophone n’exclut pas les gens.

Comment justement allez rejoindre la jeunesse, alors que les mesures barrières sont très fortes, que les écoles sont fermées ?

Il faut trouver des façons innovatrices, éventuellement des infolettres. Je ne peux pas dire cependant quelle est la formule parfaite. On va essayer de créer des ressources non physiques, et applicables à beaucoup de situations. Faire des événements virtuels par exemple. On a dû annuler les Jeux franco-ontariens en mai dernier, mais on a pu inviter par la suite des artistes de manière virtuelle. Nous voulons continuer avec un sentiment de rassemblement.

Vous devenez présidente de la FESFO pendant une pandémie. Est-ce plus de pression sur les épaules ?

Je crois que c’est difficile, car je ne peux pas suivre la formule des dernières années. Je ne peux pas avoir un plan de l’année. Je ne sais pas ce qui va se passer à telle date. Je dois prendre les choses comme ça vient.

Dans mon leadership de présidente, j’aimerais en tout cas avoir beaucoup d’humilité. Il va falloir écouter et faire ce que les élèves disent. Je veux avoir des conversations collectives.

Quand on a 16 ans, 17 ans, 18 ans, que l’on est Franco-Ontarien, qu’est-ce qui est aujourd’hui le plus difficile ?

C’est je dirais le manque d’engagement hors école pour les jeunes ! À l’école, le défi est de penser que c’est juste une langue d’enseignement, mais dans certaines villes, peu de choses existent hors de l’école. Ce manque d’accès aux activités a empiré avec la COVID-19. La seconde chose, c’est qu’en tant que jeune, c’est difficile de se faire entendre !

Ces dernières semaines, on a vu beaucoup de manifestations anti-racistes. Quel est votre point de vue sur ces événements ?

L’inclusion va plus loin que juste le dire. Il faut des actions concrètes qui font que tous les jeunes doivent sentir faire partie de la communauté. L’accessibilité et l’inclusion sont très chères à nous. Il faut revendiquer pour les jeunes qui sont racialisés et franco-ontariens. Ils désirent le respect, et le respect des autorités et de l’ensemble !

Vue aérienne de la ville de Cornwall. Gracieuseté : municipalité de Cornwall

Vous venez de Cornwall, l’une des rares villes de l’Ontario où le nombre de francophones dépasse les 10 000 résidents. Comment décririez-vous cette francophonie ?

On est drette au milieu de deux grosses métropoles, c’est-à-dire Montréal et Ottawa. On absorbe des parties différentes de la francophonie. Celle d’Ottawa où il y a de fiers Franco-Ontariens, mais des gens de Montréal qui apportent leur vécu. Nous avons aussi beaucoup d’immigrants francophones d’origines différentes.

Il y a cette proximité avec les États-Unis. Diriez-vous que c’est un avantage ou un inconvénient ?

La force, c’est que le tourisme fleurit, mais parfois on est vu comme une ville de passage où les gens des États-Unis ne font que s’arrêter pour manger. Il y a cependant un sens de communauté à Cornwall entre les francophones. Je m’y sens vraiment à ma place !

En septembre 2019, le conseil municipal de Cornwall avait déposé une résolution pour que la ville accueille l’Université de l’Ontario français (UOF). Comment voyez-vous cela ?

L’Université a fait un choix à Toronto. C’est une grande métropole. Mais le plus d’accès il y a à la francophonie, le meilleur c’est.

L’ouverture en 2021 pour l’UOF, vous y croyez ?

Je crois que ça va dépendre ce qui se passe. Ce projet touche particulièrement la jeunesse. Cette ouverture aura un impact sur notre génération. Cela va forcer les gens à prendre des décisions concrètes, c’est-à-dire étudier en français. Les gens vont pouvoir s’épanouir avec une vie sociale en français !

On se souvient tous de la crise linguistique de l’automne 2018 consécutive entre autres à l’annulation du projet universitaire. Comment avez-vous vécu cette crise ?

C’était un réveil pour moi, car j’avais le sentiment de ne pas faire partie de la communauté francophone. Je pensais que je n’y avais pas ma place. J’étais vraiment dans l’erreur. Ça m’a donné la chance de revoir mes pensées et plus revendiquer mes droits de Franco-Ontarienne.

Est-ce qu’il y a d’autres événements qui vont ont inspirés de la sorte ?

Les Jeux franco-ontariens à Hanmer en 2019 sans doute ! Ça m’a vraiment marqué. Je pouvais écouter de la musique francophone et parler en français pendant trois jours ! J’ai pu avoir le point de vue de différents jeunes, connaître différentes réalités. Il y a certaines régions qui ont plus en commun avec nous, d’autres qui sont plus marquées par la vie rurale. Dans chaque région, il y a des préjugés sur chaque région. Ça m’a beaucoup aidé à mieux comprendre ces différences.

Et après votre graduation dans deux ans, à quelles études et à quel métier voulez-vous vous destiner ?

Je ne suis pas certaine. Je n’aime pas planifier mes années en avance. Je n’ai vraiment aucune idée sur ce qui va m’attendre. »


LES DATES-CLÉS DE FIONA LABONTÉ :

2004 : Naissance à Ottawa

2008 : Déménage à Cornwall

2019 : Premiers Jeux franco-ontariens à Hanmer

2020 : Élue présidente de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO)

Chaque fin de semaine, ONFR+ rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

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