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Florence Ngenzebuhoro veut aider la nouvelle francophonie

Florence Ngenzebuhoro devient la nouvelle directrice générale du Centre francophone de Toronto. Crédit photo: photomontage Étienne Fortin-Gauthier

[LA RENCONTRE D’ONFR]

TORONTO – Florence Ngenzebuhoro a quitté le Burundi en 1994 pour venir s’installer dans le Centre-Sud-Ouest de l’Ontario. Après avoir oeuvré au sein d’organismes communautaires à Hamilton et au gouvernement, Mme Ngenzebuhoro a pris les rênes du Centre francophone de Toronto (CFT) comme directrice générale, il y a quelques semaines.

JEAN-FRANÇOIS MORISSETTE
jmorissette@tfo.org | @JFMorissette72

«Pourquoi avez-vous choisi d’immigrer au Canada en 1994?

En 1994, mon pays a été secoué par des conflits politiques et j’ai dû m’exiler parce que moi et ma famille étions en danger. À ce moment, j’ai posé mon regard sur le Canada, car nous avions la perception que le Canada était un pays bilingue. Nous connaissions aussi la réputation du Canada pour l’accueil des immigrants. Je voulais venir dans un endroit qui allait être bilingue, car je parlais déjà le français, mais je voulais à ce moment exposer ma famille à l’anglais. C’est pourquoi nous avons choisi l’Ontario en particulier.

Comment avez-vous vécu cette arrivée au pays?

L’adaptation au bilinguisme canadien a été difficile. À l’époque, il n’y avait aucun service en français pour les immigrants. Ce n’est pas comme aujourd’hui, où les immigrants peuvent se tourner vers les organismes en place. À ce moment, les services d’accueil en français n’existaient que très peu et on nous a référé vers des centres multiculturels, mais encore là, tout était en anglais.

Ce fut un choc pour vous?

J’étais juriste de formation quand je suis arrivée et j’avais ce côté militante déjà en moi. À ma venue en Ontario, je connaissais aussi mes droits en ce qui a trait au bilinguisme et je connaissais l’existence de la Loi sur les services en français. Ce fut donc un choc quand je suis arrivée à la frontière et que tout était en anglais. Je ne voulais pas l’accepter.

Avez-vous réussi à avoir des services en français?

Ça m’a pris environ deux semaines pour trouver une école en français à Hamilton. De là, après une discussion avec la directrice de l’établissement, on m’a recommandé d’aller à un centre de santé en français dans cette région. À l’époque, le centre de santé n’offrait que très peu de services et ils n’étaient pas adaptés pour les immigrants. On ne connaissait pas la réalité des immigrants francophones.

Comment avez-vous commencé à militer pour des services en français adapté aux immigrants?

À force de pousser pour les services en français pour les nouveaux arrivants, ils n’ont pas eu le choix de m’offrir un boulot. De là, j’ai eu des discussions avec le conseil d’administration et j’ai poussé auprès du directeur du centre de santé à l’époque. On m’a finalement donné le feu vert pour que je puisse trouver du financement pour partir un programme.

Quel a été le premier programme?

Nous avons démarré un programme pour travailler avec les femmes immigrantes francophones. Au départ, il y avait une dizaine de femmes, mais rapidement, on s’est rendu compte qu’il fallait travailler aussi pour aider les maris et les enfants de ces femmes. Ces familles avaient de la difficulté à trouver des logements, ils avaient des problèmes avec les statuts de réfugiés, ce n’était pas facile. De fil en aiguille, nous avons réussi à élargir le programme pour finalement mettre sur pied l’un des premiers programmes d’aide aux immigrants en Ontario.

 

Le Centre francophone de Toronto. Crédit image: Jean-François Morissette

 

Est-ce que ça ne vous a pas découragé à un moment donné?

Oui, c’est décourageant. En même temps, je ne suis pas quelqu’un qui se décourage facilement. Je me suis toujours répété que je ne voulais pas que les autres vivent ce que moi même j’avais vécu. C’était tellement frustrant et nous savons que c’est important de lutter pour que les services en français soient disponibles. C’était plus qu’une passion qui m’a animé, mais un véritable besoin de trouver une solution pour les francophones.

Est-ce que le Canada en fait assez pour bien accueillir ces immigrants en français?

Le Canada en fait beaucoup, mais il y a surement des éléments à améliorer. Comme je me suis battu avec le système par le passé, je dois admettre que beaucoup de choses ont changé en 20 ans. Quand on ne tient pas en compte l’historique et le chemin que nous avons parcouru, on peut facilement dire que le Canada n’en fait pas assez. Avec la perspective que j’ai aujourd’hui, je trouve qu’il y a eu des accomplissements.

Vous avez pris les rênes du CFT il y a près de deux mois, comment va le centre aujourd’hui?

Comme tout le monde, j’ai lu les journaux et je m’attendais à trouver un organisme où le moral des employés n’était plus là, mais je dois dire ça ne fut pas le cas. Ça va très bien ce moment. À mon arrivée, le personnel était méfiant, ce qui est normal. Pour eux, ma venue était un changement de plus et on ne me connaissait pas. Il a fallu que je m’attèle à rassurer tout le monde. Je vois maintenant que l’on me fait confiance.

Le CFT a-t-il tourné la page?

Je le dis sincèrement, nous avons tourné la page. Nous avançons avec notre plan stratégique et je dois dire que je préfère me concentrer sur l’avenir. Je n’étais pas là quand tout cela s’est produit. Ce que je dis aujourd’hui est que nous voulons avancer. La communauté francophone de Toronto, les bailleurs de fonds et les nouveaux arrivants de partout en Ontario nous regardent, car nous sommes un pilier de la francophonie. Tout le monde au CFT est déterminé.

Est-ce que ça a été difficile de prendre la décision de devenir directrice générale du CFT?

Pas du tout. Je voulais prendre la direction du CFT parce que j’ai toujours admiré le potentiel de l’établissement. Je voyais depuis longtemps les opportunités du fait qu’il était basé à Toronto et du capital d’attraction du centre sud-ouest. Quand j’ai eu la chance d’être sélectionné par le conseil d’administration, je n’ai pas hésité et pourtant j’avais un bon emploi au sein du gouvernement de l’Ontario. Je veux travailler pour la communauté francophone et j’aime trouver des solutions à de gros enjeux. Pour moi, il y en avait beaucoup avec le CFT et je veux faire partie de la solution.

En terminant, si vous étiez à la place de Justin Trudeau, quelle serait votre première mesure pour les francophones?»

Si j’étais à la place de M. Trudeau, je m’assurerais que tous les services offerts par le gouvernement dans les régions désignées soient bilingues. Je m’assurerais  aussi que tout le financement soit disponible pour les francophones et que l’on prenne en compte les besoins de la communauté.

 


LES DATES-CLÉS DE FLORENCE NGENZEBUHORO:

1990: Devient juriste dans son Burundi natale

1994: Arrivée au Canada

1994: Devient employée du Centre de santé communautaire de Hamilton 

2002: Maîtrise en travail social 

2017: Devient directrice générale du Centre francophone de Toronto

 

Chaque fin de semaine, #ONfr rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

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Jean-François Morissette
Jean-François Morissette
jmorissette@tfo.org @jfmorissette72