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Ford et Legault, un sommet pour la forme

Temps de lecture : 2 minutes

[ANALYSE]

MISSISSAUGA – La première rencontre entre Doug Ford et François Legault s’était déroulée en plein cœur de la crise linguistique de l’automne 2018. La poignée de main était plus distante, les échanges moins naturels. Dans ces conditions, le sommet Québec-Ontario de cette semaine a pris un tout autre aspect.

Les chefs des deux provinces n’ont pas lésiné sur les moyens pour convaincre de l’importance du moment. Cette rencontre baptisée « sommet inaugural » se tenait sur deux jours, et fait assez exceptionnel, elle réunissait aussi les principaux ministres du Québec et de l’Ontario.

Derrière la mise en scène, une réalité tout d’abord : les rencontres entre les responsables des deux provinces ont toujours été fréquentes et régulières, sans le clinquant d’un sommet. Il en fut de même entre Kathleen Wynne et son homologue Philippe Couillard, idem entre Dalton McGuinty et Jean Charest.

Certes, l’arrivée au pouvoir de la Coalition avenir Québec (CAQ) en octobre 2018 a constitué une curiosité pour le reste du Canada. Force est d’admettre que le parti de François Legault, aux racines conservatrices et francophones, s’est vite entendu avec les formations à la tête dans les autres provinces.

La crise sanitaire et économique déclenchée par la pandémie oblige aussi les gouvernements provinciaux à se rapprocher pour exiger plus d’aide d’Ottawa, dans un contexte où les déficits budgétaires se creusent de manière abyssale.

En ce sens, l’image de MM. Legault et Ford, côte à côte pour demander plus de transferts fédéraux en termes de santé, se voulait avant tout une démonstration de force. C’est d’ailleurs la même rengaine depuis des années : les transferts fédéraux pour la santé augmentent moins vite que les dépenses des provinces.

Pas de concret et des maladresses

À part ça, ce premier « sommet inaugural » n’aura pas débouché sur des initiatives très concrètes. Les ministres des deux provinces jurent pourtant que les échanges ont été fructueux. Affaire à suivre.

Pour le reste, Doug Ford et François Legault savaient leurs faits et gestes suivis à la loupe pendant deux jours. Les deux chefs de gouvernement n’ont d’ailleurs pas échappé aux critiques pour s’être affichés ensemble en train de savourer une bière, sans respecter la distance des deux mètres physiques recommandés.

Au poids de la photo s’ajoutent aussi quelques déclarations malencontreuses. En répétant que leurs provinces représentent 23 millions de Canadiens, soit 60 % de la population – des faits avérés -, les deux gouvernements prennent le risque d’offusquer les provinces de l’Ouest, mais aussi de réveiller le vieux concept du « consensus laurentien », à savoir la domination politique exercée par les élites du Québec et de l’Ontario.

Ford et les cours de français

Puisque l’on joue sur les chiffres, on pourrait dire que ce sommet Québec-Ontario concernait aussi l’ensemble des plus de sept millions de francophones dans les deux provinces.

À cet égard, les demi-annonces n’ont pas fait figure d’avancées. On a vu par exemple le ministre de l’Économie québcois, Pierre Fitzgibbon, parler « d’étiquettes francophones », tandis que son homologue Responsable de la Francophonie canadienne, Sonia Lebel, évoquait des « missions économiques ».

Au chapitre des révélations, la surprise est venue de Doug Ford. Le premier ministre ontarien a avoué suivre deux cours de français par semaine. Comme pour les retombées du sommet, il faudra sans doute plusieurs semaines pour juger des réelles connaissances en français du chef conservateur.

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 12 septembre.

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