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François Hastir, de Thunder Bay à la direction du RÉFO

Le nouveau directeur général du Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO), François Hastir. Crédit image: EMNO

[LA RENCONTRE D’ONFR] 

OTTAWA – François Hastir pose actuellement ses valises à Ottawa. Après deux ans passés à Thunder Bay, ce Franco-Ontarien d’adoption, originaire de Montréal, vient d’être nommé directeur général du Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO). Il commencera d’ailleurs ce lundi dans ses nouvelles fonctions. Rencontre avec le nouveau représentant des 22 000 étudiants francophones en Ontario.

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @sebpierroz

«Le 22 août, vous étiez nommé directeur général du RÉFO. Pourquoi avoir présenté votre candidature?

Au niveau de mon parcours, j’ai travaillé à plusieurs reprises avec les jeunes, au niveau post-secondaire, que ce soit collégial ou universitaire, et c’etait entre autres mon travail de coordonnateur de soutien à la communauté et aux étudiants pour le Bureau des affaires francophones de l’École de médecine du Nord de l’Ontario. Au niveau du RÉFO, l’organisme a une mission qui venait me chercher et m’appeler, que ce soit le côté représentation et porte-parole. J’ai reçu le courriel pour l’entrevue le jour de ma fête, c’était peut-être un signe.

Quelles vont être les premières choses que vous aller faire ce lundi une fois arrivé au bureau?

(Rires). D’une part, regarder où on en est au niveau de la situation de l’organisme. On fait toujours ça quand on commence. Il va falloir s’assurer que l’on ait une bonne représentation avec le nouveau gouvernement, qu’on soit connu de ce gouvernement. Les élections provinciales ont eu lieu alors que le RÉFO n’avait personne au niveau de la direction générale. Nous n’avons donc pas eu l’occasion de rencontrer les nouveaux décideurs.

On imagine que l’Université de l’Ontario français va être aussi sur votre table de travail.

On doit s’assurer que le mandat de cette université concorde avec les besoins de la communauté. Il y a eu beaucoup de débats là-dessus. Le précédent gouvernement avait donné le mandat de Toronto, et pour le gouvernement actuel, je ne serais pas surpris que ce soir le même mandat. Si ce projet ne voit le jour que dans Toronto, il faut voir ce que l’on peut faire pour que dans l’avenir, il y ait des possibilités de développements dans d’autres régions.

Quand on dit que l’on veut un mandat provincial pour cette université, qu’est-ce que cela veut dire? Regrouper les programmes en français déjà existants, créer d’autres campus?

Il y a plusieurs avenues possibles, et c’est une discussion sur laquelle tout le monde n’a pas la même opinion. Il faut d’abord que l’on ait des discussions avec le gouvernement qui est en place, voir qu’est-ce que eux sont prêts à envisager.

Le nouveau directeur général du RÉFO, François Hastir. Graciseuseté

Hormis l’Université de l’Ontario français, quels sont les autres sujets?

Il y a toute la question de la santé mentale auprès des jeunes francophones et francophiles. Il faut s’assurer que ces jeunes aient des espaces sécuritaires à eux dans les universités. Il y a aussi l’accès à l’emploi pour les finissants récents. Les jeunes sont dans une situation de précarité d’emploi, on le sait. Il y a toute la question d’Ottawa capitale bilingue. On est un organisme qui supporte ce projet-là. Par le passé, nous avons participé à beaucoup d’activités pour la question d’Ottawa ville bilingue.

Vous quittez Thunder Bay où vous avez vécu durant deux ans. Comment vous sentez-vous aujourd’hui?

Je vous dirais que je suis aussi heureux que je suis triste, avec un mélange de nervosité. Même si mon travail au RÉFO est intéressant, je laisse un travail que j’aime dans une ville que j’aime également. Thunder Bay est devenue pour moi comme une deuxième maison. Même si je suis à Ottawa, c’est sûr que je vais revenir de temps en temps. Ce qui est merveilleux avec la communauté franco-ontarienne, c’est qu’on finit toujours par se retrouver dans des grands événements.

Quel souvenir allez-vous garder de Thunder Bay?

Thunder Bay, dès le moment où les gens savaient que je venais, j’ai tout de suite été approché, des petites choses, mais tellement importantes. Si vous avez besoin de dormir, on peut vous héberger pendant quelques jours, si vous avez besoin d’une auto pour visiter, on peut vous aider avec ça. J’ai trouvé que c’était une communauté hyper accueillante.

Au niveau de la ville, c’était le contraire de Montréal. Par le fait qu’elle est isolée dans le centre du Nord-Ouest, c’est devenu une grande ville dans les services qu’elle offre. Un peu comme le village de Gaulois dans Astérix, on regarde une grande carte, et on ne verra pas le petit village. Oui, il y a 2 ou 3 % de francophones, on a des querelles comme dans Astérix, mais on reste ensemble unis avec un but commun.

Vous êtes très impliqué dans le mouvement des coopératives. Comment expliquez cet engagement?

J’aimais l’engagement dans les organismes à but non lucratif, mais il manquait le côté développement des affaires que j’ai trouvé dans les entreprises sociales. L’engagement social, c’est quelque chose qui est présent en moi, et je le découvre de plus en plus du côté de ma famille, surtout au niveau de ma grand-mère paternelle. J’ai été proche d’elle, et elle avait des valeurs sociales très très fortes. Elle était capable de parler aux gens de la bonne façon, de les rallier, eux qui en temps normal n’auraient jamais vu ce qu’ils avaient en commun. C’était l’une de ses grandes forces que j’espère hériter.

Est-ce qu’il y a un épisode qui vous a marqué avec votre grand-mère?

Pendant le temps des fêtes, on emballait les cadeaux dans un sous-sol. Je devais avoir dix ans. Elle m’avait dit que les sous-sols étaient un endroit qui lui rappelaient beaucoup de souvenirs et n’étaient jamais vraiment sécuritaires, parce qu’elle avait vécu les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Elle m’avait expliqué alors que ses frères étaient dans la Résistance, que la violence n’est jamais bonne, mais que lorsqu’il y a une situation d’oppression, qui porte atteinte aux droits des gens, il est important de prendre action.

Ce sentiment d’oppression, de prendre action, l’appliquez-vous aujourd’hui à la minorité francophone au Canada et en Ontario?

À certains moments, oui, c’est évident. En tant que communauté, on a encore du travail à faire, des droits qui malheureusement ne sont pas respectés partout. Il y a des conflits avec les communautés anglophones qui croient que nous donner un droit a un coût, alors que tout le monde peut y gagner. Alors, oui, il faut prendre action, sinon il n’y aura plus de communauté francophone dans 50 ans. Un droit que l’on acquière peut être facilement perdu et repris.

François Hastir entrera en fonction ce lundi. Crédit image: Sandrine Montfourny-Daigneault

Un fait que les gens ignorent, mais vous possédez aussi la nationalité belge en plus de la nationalité canadienne. Quel rapport entretenez-vous avec la Belgique?

Mon père est belge. Il est arrivé au Canada à l’âge de trois ans. Il y a une partie de moi qui me sent belge, bien que je dois avouer à ma grande honte, que je ne suis jamais allé en Belgique. C’est quelque chose qui définitivement est dans ma liste. C’est un pays intéressant au niveau politique et de la dualité linguistique. Je vois des parallèles. C’est une culture qui m’interpelle. J’ai pris des cours de nééerlandais à l’époque. J’ai toujours eu un engouement pour cette culture là, mais je me définis beaucoup plus comme canadien, par le fait que je suis né au Canada, que c’est là où j’ai acquis mes valeurs.

Quelles sont les différences entre la francophonie au Québec et celle que vous avez trouvé en Ontario?

La francophonie reste une majorité au Québec. Dès fois, ça peut faire oublier aux Québécois la fragilité de notre langue. Les coups durs à l’encontre de la langue sont parfois moins ressentis. Au niveau de l’Ontario, ça se vit différement car on est dans une situation constante d’assimilation. Les communautés anglophones veulent parfois nous aider, mais si les activités et les services se font en anglais, on reste alors dans une situation constante d’assimilation. On doit continuer notre travail parce que si on arrête, on va reculer sans s’en rendre compte, un peu comme sur un tapis d’exercice.

Aujourd’hui, vous considerez-vous comme Franco-Ontarien?

(Réponse immédiate) Définitivement! Même si un jour je quittais l’Ontario, j’aurais toujours cet attachement à la communauté. Je me considère également Québecois, ça fait partie de mes racines et de mon passé. Si je dois partir de l’Ontario, je resterais un ambassadeur. L’Ontario m’a appris tellement. Je crois que ça serait important pour n’importe quel Québécois d’explorer, de vivre dans une communauté francophone en milieu minoritaire, ne serait-ce que pour un échange durant l’été. Ça permet de grandir dans la façon dont on voit les choses.

Mais qu’est-ce que vous a apporté l’Ontario?

Elle m’a appris à écouter les gens, à comprendre ce que les gens vivent. C’est important de comprendre ce que les gens ont à dire. Quand j’étais au Québec, c’est vrai que je connaissais très peu les communautés qui étaient autour d’Ottawa. Cela m’a donc appris à ne pas sous-estimer les communautés et à remettre en perspective l’importance du français.

En terminant, si vous étiez à la place de Justin Trudeau, quelle serait votre première mesure pour les francophones?

Beaucoup de choses. Nous avons un bon plan pour les langues officielles, mais j’espère que le travail va continuer, et qu’il sera toujours efficace pour répondre aux communautés. Il y a la question de la refonte de la Loi sur les langues officielles. Justin Trudeau est la personne qui doit nous aider, sinon la communauté francophone continuera à se mobiliser.»

 


LES DATES-CLÉS DE FRANÇOIS HASTIR 

1990: Naissance à Montréal (Québec)

2010: Première implication dans les coopératives 

2015: Arrivée en Ontario à Sudbury. Travaille au Conseil de la coopération de l’Ontario 

2016: Arrivée à Thunder Bay. Devient directeur général par intérim de l’Association des francophones du Nord-Ouest de l’Ontario (AFNOO)

2017: Coordonnateur de soutien à la communauté et aux étudiants pour le Bureau des affaires francophones de l’École de médecine du Nord de l’Ontario 

2018: Nommé directeur général du Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO)

 

Chaque fin de semaine, #ONfr rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

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Sébastien Pierroz
Sébastien Pierroz
spierroz@tfo.org @sebpierroz

Natif d’Annecy dans les Alpes françaises, Sébastien Pierroz obtient une maîtrise d’histoire de l’Université Paris Panthéon-Sorbonne en 2007. Après avoir travaillé pour Le Reflet dans l’Est ontarien, puis L’Express d’Ottawa, Sébastien rejoint l’équipe d’#ONfr au Groupe Média TFO en janvier 2015.