#Francophonie, #Ontario

Fusion des conseils scolaires et justice sociale au menu dans SDG

Jim McDonell, Marc Benoit et Elaine Kennedy lors du débat à Martintown, mardi 22 mai. Crédit image: Sébastien Pierroz

[ONVote2018]

GLENGARRY-SUD – Jim McDonell est un homme tranquille. À moins d’un retournement incroyable de situation, le député progressiste-conservateur de Stormont-Dundas-South Glengarry (SDG) rempilera pour un troisième mandat le 7 juin prochain. Avec environ 60 % de votes populaires, les sondages lui prédisent en tout cas une confortable avance.

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @sebpierroz

Bien que Cornwall compte une bonne moitié des plus de 100 000 résidents de la circonscription, c’est la petite localité de Martintown qui a accueilli le premier débat, mardi soir. Mais dans le centre communautaire aux fenêtres donnant sur les plaines de l’Est ontarien, les cinq candidats ont finalement peu croisé le fer. Les réponses séparées de chacun des aspirants aux questions du public ont limité considérablement les échanges.

Aucune sueur donc pour Jim McDonell durant tout le débat. Calme, sans effusion, l’ancien maire de Glengarry-Sud fustige d’entrée les déficits de l’ère de Kathleen Wynne. Il pointe les «échecs» des différents gouvernements en la matière, incluant celui du néo-démocrate Bob Rae aux début des années 90.

On sent très vite pourtant que l’ombre de Doug Ford plane au-dessus des discussions. Parmi la trentaine de résidents présents, l’un interroge les candidats sur la personnalité du chef du Parti progressiste-conservateur. La libérale Heather Megill dégaine en première. «Mon opposition contre Doug Ford est la raison numéro un pour laquelle je me suis engagée. Il n’a aucune substance. Aucune idée. La démocratie nécessite de bonnes personnes.»

Dans la salle, Claude Poirier venu assister au débat est aussi dubitatif. Lui votera libéral le 7 juin prochain. «Jim McDonell, c’est un gars très aimable, un bon gars du coin, mais son parti a Doug Ford comme chef. 60 % du budget provincial est dépensé en éducation et en santé. On ne peut pas éliminer le déficit sans trouver des coupures.»

 

«Seulement deux systèmes de conseils scolaires»

Le thème de l’éducation justement rebondit lors de ce débat. Entre les infrastructures scolaires à Cornwall, et celles des autres municipalités, la fracture est souvent énorme. Sans compter que récemment, le Conseil scolaire anglophone du Haut-Canada a adopté une révision des installations destinées aux élèves. Une révision qui menacerait directement plusieurs élèves dans ces communautés rurales.

«Reconstruire» et «investir» dans les écoles pour Mme Megill, elle-même enseignante, et le néo-démocrate Marc Benoit, empêcher les fermetures à l’aide de motions parlementaires pour M. McDonell, les candidats défendent tour à tour leur point de vue.

Sauf qu’une fois le débat terminé, au micro d’#ONfr, l’aspirante libérale évoque sa solution. «Nous avons besoin de deux systèmes de conseils scolaires, un anglophone et un francophone. Dans les grandes villes, nous pouvons avoir plusieurs systèmes, mais ce que l’on voit ici dans cette circonscription, c’est que nous perdons des élèves pour d’autres conseils scolaires. Les écoles ferment parce qu’elles deviennent trop petites. Nous ne voulons pas voir nos enfants dans une école avec 15 ou 20 élèves. Nous voulons nos élèves dans des écoles où il y a des clubs, des activités.»

Heather Megill, candidate pour le Parti libéral dans Stormont-Dundas-South Glengarry (SDG). Crédit image: Sébastien Pierroz

Supporte-t-elle donc la fusion des conseils scolaires catholiques et publics? La candidate hésite. «A Terre-Neuve-et-Labrador et au Québec, ils l’ont bien fait (cesser de financer les écoles catholiques). Je supporte les solutions pour garder les écoles ouvertes.»

Interrogé par #ONfr sur l’enjeu, M. McDonell ne va pas si loin. «Il y a effectivement une compétition, mais je préconise plutôt que les quatre systèmes de conseils scolaires partagent des installations communes, et de voir comment on peut mettre cela en forme.»

Moins d’infrastructures, c’est aussi le risque de voir les distances s’allonger. «On demeurait à Iroquois, et on a déménagé à Cornwall pour que nos enfants puissent aller à l’école francophone. Si le soir, mon fils avait des leçons de piano ou de natation, on devait revenir à Cornwall», explique Louise Lanctot, venue assister au débat. «Je crois en deux conseils scolaires, un anglophone et un francophone. Et même sur l’un de ces conseils scolaires, il pourrait y avoir des écoles catholiques et des écoles pas catholiques (…) Les écoles ici dépensent beaucoup d’argent en publicité pour les mêmes trois petits enfants.»

 

Logement abordable

Rurale et agricole, la circonscription n’en demeure pas moins marquée par les enjeux sociaux. Le revenu moyen y est en dessous de la moyenne provinciale de 8000 $. À Cornwall, le chômage atteint plus de 9 % de la population active si l’on se fie aux chiffres du dernier recensement.

«Il n’y a pas de voix forte à Queen’s Park pour représenter la population de SDG», croit le candidat néo-démocrate Marc Benoit. «Il y a beaucoup de grèves à Cornwall, par exemple, depuis quelques jours, celle des employés municipaux. Si le gouvernement investit beaucoup plus dans nos communautés, ce genre de situations n’arriverait pas.»

Les participants au débat devant le public. Crédit image: Sébastien Pierroz

Nerveux et quelque peu emprunté lors du débat, M. Benoit n’a pas réalisé la meilleure prestation. Ses interventions courtes, trop collées aux messages clés du parti d’Andrea Horwath, tranchent avec des sondages pourtant encourageants. Selon les projections politiques du site spécialisé en analyse de sondage Qc125.com, les néo-démocrates obtiendraient environ 27 % des votes populaires dans SDG le 7 juin prochain. Un record.

«J’ai travaillé pendant 12 ans pour la Ville de Cornwall. On a reçu très peu d’argent pour construire de nouveaux logements sociaux», analyse Anne-Marie Fobert. «La liste est assez longue pour avoir un logement social (…) Il y a beaucoup de gens qui vivent ici sous le seuil de pauvreté. Investir dans le logement social, ça serait une bonne chose.»

 

Francophonie

Côté francophonie, les enjeux ne manquent pas non plus du côté de SDG. Même si le prochain représentant de Queen’s Park ne parlera probablement pas la langue de Champlain. Jim McDonell est unlingue, tout comme Mme Megill et M. Benoit. Ironie du sort, seules Sabile Trimm (Parti libertarien) et Elaine Kennedy (Parti vert) ont pu s’exprimer en français à certains moments du débat.

Bon nombre de francophones étaient aussi présents dans l’assistance. Parmi eux: Dianne Poirier de l’ACFO Stormont, Dundas et Glengarry (ACFO-SDG). Membre du comité exécutif de l’organisme porte-parole des francophones de la région de Cornwall, Mme Poirier a tout de même sa préférence pour l’élection.

«Le gouvernement libéral nous a permis le financement du concours LOL-Mort de Rire et la mise sur pied d’un répertoire pour les services aux immigrants francophones. M. McDonell est très gentil, mais avec Doug Ford, on ne sait pas ce qui s’en vient.»


PROFIL DE LA CIRCONSCRIPTION*:

Population: 103 320 

Revenu total moyen: 39 001 $ (Moyenne provinciale: 47 915 $)

Proportion de francophones: 18,9 %  

Historique de circonscription Gouvernement Député Parti
Stormont-Dundas-Charlottenburgh      
1999-2003 Harris (PC) John Cleary L
2003-2007 McGuinty (L) Jim Brownell L
Stormont-Dundas- South Glengarry
2007-2011 McGunity (L) Jim Brownell L
2011-2014 McGuinty (L) Jim McDonell PC
2014-2018 Wynne (L) Jim McDonell PC

Notes: L = Parti libéral, NPD = Nouveau Parti démocratique, et PC = Parti progressiste-conservateur

 

La carte montre la circonscription de Stormont-Dundas-South Glengarry. Au Nord, la carte indique les circonscriptions de Carleton et Glengarry-Prescott-Russell.
Le découpage territorial de la circonscription. Crédit image: Election Ontario.

* Informations obtenues selon le recensement de Statistique Canada en 2016

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Sébastien Pierroz
Sébastien Pierroz
spierroz@tfo.org @sebpierroz

Natif d’Annecy dans les Alpes françaises, Sébastien Pierroz obtient une maîtrise d’histoire de l’Université Paris Panthéon-Sorbonne en 2007. Après avoir travaillé pour Le Reflet dans l’Est ontarien, puis L’Express d’Ottawa, Sébastien rejoint l’équipe d’#ONfr au Groupe Média TFO en janvier 2015.