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Gel en éducation: «Ce serait une catastrophe pour les francophones»

TORONTO – La recommandation du ministère de l’Éducation aux conseils scolaires de geler leurs embauches pourrait avoir des conséquences très néfastes pour les écoles de langue française si elle s’étendait, s’entendent les conseils scolaires, qui prévoient un budget provincial très serré.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

«Nous sommes déjà en train de planifier la rentrée prochaine. Les inscriptions dans nos écoles vont très bien et on prévoit encore une augmentation substantielle du nombre de nos élèves. Un gel d’embauche serait une catastrophe pour nous!», lance le président de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC), Jean Lemay.

Dans une note envoyée aux conseils scolaires hier, dont #ONfr a obtenu copie, la sous-ministre de l’Éducation Nancy Naylor recommande la prudence en matière d’embauche «en prévision du dépôt du budget de l’Ontario et à la lumière de la récente consultation sur l’effectif des classes et les pratiques d’embauche».

Le président de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques, Jean Lemay. Crédit image: gracieuseté AFOCSC

Depuis juin dernier, le gouvernement progressiste-conservateur impose un gel d’embauche dans la fonction publique provinciale et le ministère de l’Éducation suggère aux conseils scolaires d’envisager une approche similaire.

Dans sa note, la sous-ministre invite les conseils scolaires «à reporter les processus annuels d’embauche visant à pourvoir les postes libérés par les départs à la retraite ou en congé des enseignantes et enseignants et des autres membres du personnel, et ce, jusqu’à ce que le ministère de l’Éducation fournisse, d’ici le 15 mars, des directives plus précises aux membres du secteur».

Attendre le 15 mars

Le président de l’Association des enseignantes et enseignants franco-ontariens (AEFO), Rémi Sabourin, se montre prudent quant à cette annonce.

«Il y a beaucoup de bruit en ce moment, mais on attend d’en savoir plus. Si c’est juste un retard jusqu’au 15 mars, une demande administrative pour revoir les façons de faire, on n’a rien contre ça. Par contre, si le gel se confirme, on ne voit pas comment cela pourra fonctionner. On aura toujours 110 000 élèves et 454 écoles de langue française, il est donc difficile d’envisager de ne pas remplacer les départs ou les congés sans affecter les conditions des élèves et des enseignants.»

Le président de l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACÉPO), Denis Chartrand prône la patience.

«On sait que le gouvernement étudie des changements, notamment en matière de ratio élèves/enseignants dans les salles de classe. Ça a donc du bon sens de dire aux conseils scolaires de ne pas embaucher tout de suite, parce que si ce ratio augmente, cela voudra sans doute dire moins d’enseignants.»

Denis Chartrand, président de L’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario. Crédit image: gracieuseté ACÉPO

Le président de l’ACÉPO espère que les conseils scolaires auront des réponses rapidement.

«Si le ministère de l’Éducation a des choses à nous dire, autant le dire tout de suite.»

Particularités francophones

Si un gel se confirme, les deux présidents s’entendent que l’impact serait majeur pour les écoles de langue française.

«Nous sommes confrontés à une double réalité: la croissance de nos effectifs et la pénurie de nos enseignants qui sont recherchés par tous les conseils scolaires à travers le pays, y compris par les conseils scolaires anglophones pour les programmes d’immersion. Depuis septembre, nous avons dû faire plus de 90 lettres de permission pour maintenir en poste des enseignants qui n’ont pas les qualifications nécessaires et notre liste de suppléance est vide!», explique M. Lemay.


«Comment remplacerait-on les enseignants, notamment quand ils partent en cours d’année?» – Jean Lemay, président AFOCSC


Même son de cloche, du côté des écoles publiques.

«Un gel n’aurait pas de bon sens. Nous sommes en croissance depuis 20 ans! Cela affecterait nos régions en croissance, dans le Sud et l’Est de la province, mais aussi celles où il est plus difficile de recruter», dit M. Chartand.

Selon M. Lemay, cette réalité est très différente dans les conseils scolaires anglophones et le ministère devrait tenir compte de ces particularités.

 

Journée de lobbying

À l’approche du budget provincial, attendu dans les prochaines semaines, cette note du ministère ajoute une certaine inquiétude.

«Cela confirme notre inquiétude qu’il y aura un budget très serré en éducation et probablement des coupures. Il faut se préparer à ça», analyse M. Chartrand.

La journée de sensibilisation, prévue lundi 4 mars à Queen’s Park, et qui réunira parents, représentants des enseignants et conseils scolaires de langue française, pour des rencontres avec les élus, s’avère donc d’autant plus importante, indique M. Lemay.

«Quand nous avons reçu la note du ministère de l’Éducation, il n’y a pas eu de discussions. On espère donc profiter de cette occasion pour en parler, faire connaître notre réalité et sensibiliser les élus, dont beaucoup ne connaissent pas les enjeux de l’éducation de langue française. On espère un dialogue ouvert. Et si le gouvernement maintient cette directive, il le fera en sachant que ça va beaucoup nous affecter.»

Pour M. Sabourin, la journée de lundi doit avant tout envoyer un message positif.

«On veut faire valoir notre système scolaire et ses succès. On aura d’autres rencontres pour parler de points plus précis.»

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