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Grève des enseignants : vers un enlisement total

Temps de lecture : 2 minutes

[ANALYSE]

Plus rien ne bouge entre le gouvernement de l’Ontario et les syndicats d’enseignants. De grève en grève, et de petite phrase en petite phrase de la part du ministre de l’Éducation, Stephen Lecce, le conflit s’enlise sans qu’une porte de sortie ne se dessine aujourd’hui.

Le ton s’est encore durcit tout au long de la semaine dernière. Si la Fédération des enseignants des écoles secondaires de l’Ontario (OSSTF/FEÉSO) poursuit ses grèves par rotation, la Fédération des enseignantes et des enseignants de l’élémentaire de l’Ontario (FEEO), le principal syndicat, a commencé des grèves tournantes. Comprendre : les travailleurs et grévistes se succèdent pour assurer le service.

L’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO) a elle aussi fait lever la température en annonçant une phase 2 dans sa grève du zèle dès ce mardi. « De nouvelles consignes s’ajouteront à celles de la phase 1, qui touchaient principalement les tâches administratives », laissait entendre le syndicat francophone dans un communiqué laconique.

Voilà presque cinq mois que les conventions collectives des syndicats d’enseignants, d’une durée de deux ans, sont échues.

Augmentation des salaires des enseignants, mise en place de l’apprentissage électronique, mais surtout l’augmentation des tailles des classes, autant de points cruciaux ne permettant pas de dégager un accord. Une différence notable avec 2017 où les syndicats avaient rapidement obtenu satisfaction.

Les motivations du gouvernement

Deux raisons semblent animer le gouvernement ontarien dans son refus de céder aux grévistes. L’une relève de la stratégie politique. Le premier ministre Doug Ford veut montrer sa fermeté en se posant en bon gestionnaire des finances publiques.

Par ailleurs, la technologie semble vue positivement. Soucieux de faire des économies, le gouvernement ontarien veut diminuer l’embauche d’enseignants, pour plus d’apprentissage électronique. Une mesure capable, selon l’équipe Ford, de conserver le système d’éducation provincial de qualité.

En guise de réponse aux syndicats, M. Lecce joue sur la corde émotionnelle, en leur répétant de ne pas prendre en otage les enfants dans leurs conflits avec la province. Le ministre de l’Éducation, dont la nomination en juin dernier par Doug Ford n’a rien d’un cadeau, veut avoir l’opinion publique de son côté. Un pari délicat.

Un sondage mené par Ekos Research, publié jeudi, montrait que 57 % des Ontariens soutenaient les enseignants contre seulement 30 % le gouvernement. Évidemment, les sondages ne sont pas parfaits, mais les données confirment une tendance observable sur le terrain : les syndicats bien organisés et pacifiques conservent jusqu’à maintenant de nombreux appuis.

Aggravation du conflit en vue

Mais le plus dur est à prévoir. Le gouvernement Ford a toujours la possibilité, par une loi spéciale, d’obliger les enseignants à revenir dans les salles de classes. En 2015, c’est ce qu’avait fait la libérale Kathleen Wynne au plus fort de la grève.

Reste que cinq ans plus tard, le contexte n’invite pas à utiliser le gros bâton. Au cours des derniers mois, les différentes coupures budgétaires ont miné une partie de la popularité de Doug Ford. Sans compter que la décision récente du gouvernement de limiter les augmentations des salaires du secteur public à 1 % ne suit pas l’inflation annuelle maintenue à 2,2 % au Canada.

Conscient de marcher sur des œufs, MM. Ford et Lecce n’ont pas le droit à l’erreur. Une réélection en 2022 passe obligatoirement par une relation saine avec les enseignants, à défaut d’être harmonieuse.

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 27 janvier. 

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