« Il est temps de passer le flambeau » : après 24 ans à la mairie de Hearst, Roger Sigouin veut aller de l’avant
HEARST – Après sa défaite face à Gaëtan Baillargeon aux élections municipales, Roger Sigouin cède son fauteuil de maire après presque un quart de siècle. Élu en 2002, il a tenu les rênes de la municipalité pendant plusieurs mandats définis par un engagement pour développer plus d’infrastructures publiques, notamment au niveau des transports.
Lundi dernier, les électeurs de Hearst ont choisi d’élire Gaëtan Baillargeon, le conseiller municipal sortant, qui sera donc le prochain maire du village gaulois de l’Ontario. Après une course à la mairie contre l’ancien maire Jean-Marie Blier et Roger Sigouin, campagne durant laquelle la rétention des jeunes francophones était un enjeu non négligeable, c’est M. Baillargeon qui a récolté le plus grand nombre de votes : 716 contre 666 pour le maire sortant, et 421 pour M. Blier.
« C’est certain que perdre par 50 voix, c’est pas beaucoup. Peut-être que j’aurais pu aller faire plus de porte-à-porte, mais après 24 ans, il y a des gens qui doivent me connaître. Mais le résultat est qu’ils veulent avoir du changement, ils veulent la jeunesse donc il faut laisser la place ».
Lundi soir, le maire sortant de Hearst a perdu de peu face à son conseiller municipal, Gaëtan Baillargeon, qui sera d’ailleurs le premier maire aux origines autochtones de la ville. M. Sigouin qualifie de « très intelligent » le nouveau maire de Hearst.
Déçu du résultat, c’est surtout l’aspect relationnel du poste de maire qui va manquer au maire sortant. « Mon monde va me manquer honnêtement. Tout le monde que j’ai connu en 24 ans dans la province, au Canada, même avec la Fédération canadienne des municipalités. Tu bâtis des bonnes relations », confie-t-il en entrevue avec ONFR quelques heures après sa défaite. « Ça va être une période d’ajustement ».
Dans la région du corridor, certains maires sortants ont été délogés. C’est le cas de Michelle Boileau à Timmins, qui a perdu face à Rob Knox, qui a obtenu 54 % des votes. À Opasatika, Jacques Dorval a été vaincu par Ron Craig.
« Je ne suis pas le seul, il y en a d’autres. On sait que dans le Nord, il y a eu de gros changements au niveau des maires. Ce qui me déçoit le plus, c’est de ne pas avoir été capable d’accomplir les projets qui me restaient pour représenter Nord-Ontario et représenter ma communauté, mais le choix n’est pas le mien, le choix est fait par la population ».

Un quart de siècle d’engagement municipal
Né à Opasatika, Roger Sigouin débute une carrière en politique municipale en 1991. Il est conseiller municipal pendant dix ans avant de devenir maire. Depuis, il endosse plusieurs projets pour la ville de Hearst. Parmi eux, c’est l’extension du foyer des pionniers dont il est le plus fier. « Je suis fier d’avoir été capable de garder nos infrastructures en place malgré le budget restreint alloué par la province ».
Pour ce qui est des projets non aboutis, c’est son objectif d’augmenter la sécurité routière sur la route 11 qu’il regrette ne pas pouvoir poursuivre. « On sait que c’est un gros gros problème, mais c’est ce qui me rend vraiment déçu de ne plus faire partie de la belle équipe pour sauver notre autoroute ». En effet, assurer la sécurité sur les autoroutes du Nord était un enjeu majeur dans les objectifs municipaux de M. Sigouin.
« Je veux souligner le côté urgent, notamment vis-à-vis de l’impact sur la santé des communautés », alertait-il à ONFR en janvier dernier à l’occasion de la conférence de l’Association des municipalités rurales de l’Ontario (ROMA). Quant à l’arrivée du train Northlander, prévue pour cette année, le maire déplorait son caractère inadapté au Nord de l’Ontario, d’autant que le projet ferroviaire ne s’arrêtera pas à Hearst. « Pour un habitant de Hearst, il faut encore parcourir environ 215 km de route pour atteindre la gare à Cochrane », énonçait-il en février.
Au-delà de sa carrière de maire, il est également président du conseil d’administration de l’Association des municipalités de l’Ontario (AMO) après sa réélection pour un quatrième mandat en 2026.
« C’est un parcours qui est long, mais c’est un parcours que j’ai adoré. C’est un privilège pour moi de l’avoir fait pour ma ville. C’est un privilège aussi de représenter le Nord de l’Ontario à bien des niveaux : la francophonie, les infrastructures, nos routes ».
Alors qu’un chapitre semble se fermer, l’ancien maire de Hearst ne fait pas ses adieux à la vie politique. Il reste ouvert à l’idée de poursuivre ses engagements au sein d’organismes communautaires qu’il a côtoyé tout au long de sa carrière. « On va voir. La porte est tout le temps ouverte parce que j’aime le monde, j’aime le social. Puis je pense qu’on a beaucoup à faire pour le nord de l’Ontario, comme se repositionner pour être capable d’aller de l’avant, puis avoir un avenir positif », conclut-il.