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« Il faut cesser l’escalade qui pénalise les élèves » – Stephen Lecce

Temps de lecture : 4 minutes

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

Le ministre de l’Éducation, Stephen Lecce, fait face à une levée de boucliers syndicale dans la rue et devant la justice, alors que les négociations collectives de renouvellement des contrats des enseignants sont bloquées.

LE CONTEXTE :

La province est à l’aube d’un troisième jour de grève lancé par la Fédération des enseignants des écoles secondaires de l’Ontario (FEÉSO) qui entraînera des fermetures d’écoles. Plusieurs syndicats entament une contestation judiciaire de la Loi 124 qui plafonne les salaires des fonctionnaires à 1 %.

L’ENJEU :

Pour aboutir à une entente et maintenir les élèves en classe, les deux parties devront faire des compromis. Seulement, la médiation a échoué et l’annulation de points clés, tels que l’augmentation de la taille des classes est inacceptable pour le ministre.

« Pourquoi ne parvenez-vous pas à un accord avec les enseignants aussi rapidement qu’avec les syndicats SCFP et ATÉO ?

Nous voulons y parvenir. Nos résultats avec CUPE (Syndicat canadien de la fonction publique – SCFP) et EWAO (Alliance des travailleuses et travailleurs en éducation de l’Ontario – ATÉO) démontrent qu’on peut aboutir à un accord. On a été raisonnable. On a proposé des options bonnes pour toutes les parties. La mission du gouvernement est claire : garder les élèves en classe.

Que serait un accord raisonnable, gagnant-gagnant pour les élèves et les enseignants, selon vous ?

L’accord avec le CUPE fournit un bon exemple d’entente qui profite à toutes les parties. Le gouvernement a fait un pas sur les indemnités à hauteur de 1 % et le syndicat a avancé sur d’autres points, débouchant sur des améliorations progressives. Je veux faire la même chose avec les enseignants.

Pourquoi ne pas augmenter le salaire des fonctionnaires à hauteur de l’inflation, autour de 2 % ?

Le personnel d’éducation est un personnel de valeur, qui travaille dur. Mais il faut réaliser que nos enseignants sont au second rang des enseignants les mieux payés au Canada. On les rémunère de façon équitable. Les dollars, on les met dans les classes. Nous offrons 750 millions de dollars d’augmentation. Ils (les syndicats) disent « non, on veut plus ». Ils veulent 1,5 milliard.

Mais la réévaluation du déficit, moitié moindre qu’annoncé, ne vous a-t-elle pas offerte une souplesse budgétaire supplémentaire ?

Notre gouvernement investit dans l’éducation publique comme aucun gouvernement ne l’a jamais fait dans l’histoire de l’Ontario. On dépense plus dans l’éducation en français qu’aucun autre gouvernement. On s’est engagé à construire de nouvelles écoles et à en réparer d’autres à hauteur de 500 millions de dollars. On a doublé notre soutien en santé mentale à l’école et investi 200 millions dans l’amélioration de l’apprentissage des mathématiques… Ma priorité est d’investir dans les élèves, ce n’est pas d’augmenter les compensations des enseignants.

Le gouvernement a-t-il commis une erreur en adoptant une loi qui limite les salaires alors que les négociations étaient en cours ?

On a négocié une entente avec CUPE avant que la loi passe en législature. On était donc en mesure de conclure un accord aussi avec les autres syndicats. Les autres syndicats ont fait le choix de se battre devant les tribunaux, de se battre dans la rue, contre le gouvernement…

Les mouvements de grève sont-ils de nature à infléchir ou renforcer vos positions ?

Je ne crois pas que la grève puisse aider, en aucune manière, le processus de négociation. La grève pénalise les élèves. On doit rester concentré sur les négociations pour obtenir une entente et éviter l’escalade, que ce soit dans les écoles de langue anglaise comme de langue française.

Le ministre de l’Éducation, Stephen Lecce. Crédit image : Rudy Chabannes

Les négociations sont-elles aussi compliquées avec l’AEFO et les enseignants francophones ?

On négocie de bonne foi avec eux et on espère obtenir un accord avec l’AEFO parce que les élèves francophones de l’Ontario méritent d’être en classe. Je suis totalement engagé dans ce succès. On a besoin de protéger leur langue, leurs connaissances et leur identité, spécialement compte tenu des droits des minorités en Ontario. On a un engagement vis-à-vis d’eux.

La province connaît une pénurie chronique d’enseignants francophones. Comment résoudre ce problème si le salaire et les conditions de travail ne sont pas attractifs ?

Ce problème existait avant que notre gouvernement soit élu. Nous n’y sommes pour rien ! Tous les gouvernement ont échoué. On croit en l’éducation de langue française. On a l’un des meilleurs systèmes éducatifs au monde. Je crois qu’on a de nombreux bénéfices pour attirer et retenir les talents. C’est pourquoi on travaille de façon collaborative avec les universités pour augmenter le nombre de professionnels en éducation.

Comment appréhendez-vous la contestation judiciaire de la Loi 124 ?

Nous pensons que cette Loi est constitutionnelle. Elle offre une juste augmentation au personnel de tous les secteurs publics, pas seulement les enseignants, pour chacun et chaque année de 1 %.

Comment envisagez-vous les prochains mois ? Ne craigniez-vous pas que le conflit social s’étende et s’installe dans la durée ?

On va continuer à travailler dur pour garder les élèves en classe. Nous avons une mission : rester debout pour les élèves et presser les syndicats à accepter une médiation privée. Il faut cesser l’escalade qui pénalise les enfants. Je crois vraiment qu’on peut faire ça. »

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