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Étudiants étrangers : Inquiétude et incertitude pour les établissements francophones

OTTAWA — La nouvelle ronde de coupures dans les permis d’études internationaux inquiète des établissements francophones postsecondaires dans la province. Queen’s Park accuse Ottawa de « mettre en péril » la stabilité des collèges et universités ontariens.

« En agissant unilatéralement sur les règles encadrant les étudiants étrangers, le gouvernement fédéral contraint les établissements d’enseignement postsecondaire de l’Ontario et d’ailleurs au Canada à faire face à des choix difficiles qui mettent en péril leur stabilité et leur rayonnement à long terme », a indiqué Bianca Giacoboni, attachée de presse du ministre des Collèges et Universités, Nolan Quinn dans une déclaration.

Dans son budget, le gouvernement Carney indique qu’il réduira de moitié le nombre de nouveaux permis qu’il délivra en 2026, 2027 et 2028. Au total, Ottawa compte accueillir 450 000 nouveaux étudiants internationaux. Ce nombre n’inclut pas ceux qui étudient déjà dans un établissement postsecondaire au Canada cette année. Dans son Plan des niveaux en immigration de l’an dernier, le plafond des nouveaux permis d’études nationaux sur trois ans était de 917 700.

« Si c’est aussi draconien que le laisse entendre le budget, ça serait une surprise pour nos établissements », lance Martin Normand, président et directeur général de l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC).

L’ACUFC qui représente la vingtaine d’établissements francophones hors du Québec dit attendre plus de détails de la part d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), mais déplore que cela place à nouveau ses établissements dans une position d’incertitude.

« À première vue, ça peut apparaître comme étant une baisse importante du nombre qui est inclus dans le plan des niveaux et c’est inquiétant. C’est préoccupant autant pour l’association que pour nos membres », affirme Martin Normand.

En 2024, les annonces de baisse de permis d’études avaient envoyé comme message que le Canada voulait moins d’étudiants internationaux, étale M. Normand, ce qui avait nui aux efforts de recrutement. Il craint une seconde ronde.

« Il ne faut pas sous-estimer les réseaux d’études internationaux qui existent, la vitesse à laquelle les messages circulent », dit-il.

Martin Normand occupe le poste de président-directeur général de l’ACUFC. Gracieuseté photo

« Il y a des établissements qui sont déjà sur le terrain pour faire le recrutement international en ce moment, poursuit le représentant de l’ACUFC. Il va falloir que très rapidement, les provinces soient mises au courant de la façon dont seront distribués le nombre d’attestations provinciales et comment les provinces les distribuent aux établissements », demande-t-il.

En Ontario français

Nous avons contacté les établissements francophones de la province pour avoir leur réaction par rapport à l’annonce d’Ottawa. La plupart d’entre eux nous ont répondu qu’ils attendaient plus de détails provenant du ministère fédéral avant de réagir plus en profondeur. La Cité nous a indiqué qu’il était « encore trop tôt pour porter un jugement éclairé », mais indique que dans « le contexte où la francophonie hors Québec demeure fragile, toute réduction des cibles d’immigration nous préoccupe ».

« Nous souhaitons vivement qu’IRCC respecte la Loi sur les langues officielles », nous a répondu son seul autre confrère en Ontario français, le Collège Boréal, qui soutient aussi attendre plus de détails.

Au niveau universitaire, le recteur de l’Université de l’Ontario français Normand Labrie indique qu’une « nouvelle réduction des visas d’étude pourrait avoir pour conséquence à moyen terme de compromettre la viabilité de certains programmes d’étude ». L’Université de Hearst et l’Université d’Ottawa n’ont pas répondu à nos questions au moment de mettre le texte en ligne.

Le commissaire aux langues officielles a récemment donné raison à l’ACUFC dans une décision portant sur le plafond des permis d’études implanté en 2024. Raymond Théberge a notamment exigé que le ministère fédéral consulte les établissements francophones d’ici douze mois et que, basé sur cela, il doive par la suite prendre « des mesures positives concrètes fondées sur le résultat des activités… afin d’éviter ou d’atténuer les incidences négatives relevées, le cas échéant ».

Martin Normand insiste pour que les recommandations du commissariat aux langues officielles soient prises en compte dans l’attribution des nouveaux permis d’études. Lors d’un breffage technique mercredi, de hauts fonctionnaires d’IRCC ont indiqué que la distribution des permis d’études entre provinces serait effectuée par la même méthode, soit au prorata de la population.