Kevin Anderson présente son projet de média bilingue, La Voix du Corridor, devant le conseil municipal de Kapuskasing. Photo: gracieuseté de Kevin Anderson
Société

« Je n’ai pas peur » : un Kapuskois lance un média bilingue pour les gens du Nord

Kevin Anderson présente son projet de média bilingue, La Voix du Corridor, devant le conseil municipal de Kapuskasing. Photo: gracieuseté de Kevin Anderson

KAPUSKASING – Les communautés du Nord de l’Ontario situées en bordure de la route 11 entre Opasatika et Smooth Rock Falls disposeront d’une nouvelle source d’information locale d’ici l’automne 2026. Baptisé La Voix du Corridor / The Corridor Voice, ce journal bilingue en ligne vise à combler le désert médiatique persistant dans la région grâce à un modèle hybride alliant organisme à but non lucratif et coopérative. 

« Quand l’information n’est pas vérifiée, les rumeurs finissent par passer pour des faits. Les opinions répétées assez souvent commencent à être perçues comme la vérité, et ça a un impact réel sur les communautés. »

C’est par ce constat que Kevin Anderson, l’instigateur du projet, justifie son retour dans le domaine de l’information après vingt ans d’expérience dans les salles de nouvelles du Nord. 

Ancien rédacteur en chef de publications telles que The Northern Times et The Cochrane Times Post, il a été témoin de la fermeture d’une quinzaine de journaux communautaires par le groupe Postmedia il y a sept ans.

Estimant que ce vide informationnel favorise la propagation de données inexactes sur les réseaux sociaux, il a entrepris de présenter son modèle aux instances politiques de la région. 

« J’ai présenté le projet au conseil municipal de Kapuskasing cette semaine. Ils ont voté à l’unanimité pour soutenir le projet comme un projet d’infrastructure important dans la région », précise-t-il.

Fort de vingt ans de carrière dans le journalisme régional et de six ans d’expérience en marketing, Kevin Anderson s’appuie sur cette double expertise pour structurer son nouveau média. Photo : gracieuseté de Kevin Anderson

Indépendance éditoriale et modèle financier

Bien que cette reconnaissance constitue un appui moral significatif, elle ne s’accompagne d’aucun financement public. 

Ce choix est délibéré de la part du fondateur, qui souhaite garantir l’autonomie complète de sa salle de presse. « C’est pour faire certain que le journal n’ait pas d’ancre dans le gouvernement municipal et les commerçants », explique-t-il.

Pour assurer la viabilité du média, M. Anderson mise sur une structure hybride : un organisme à but non lucratif (OBNL) pour le volet journalistique et une coopérative pour la gestion commerciale. Ce système de cotisations annuelles fixes pour les commerçants vise à stabiliser les revenus tout en protégeant l’indépendance de l’information. 

« On veut tenir le journalisme aussi loin que possible des finances », explique-t-il, précisant que ce modèle permet d’éviter la course quotidienne à la vente publicitaire dans un marché publicitaire de plus en plus restreint. 

Le promoteur poursuit ses démarches de sensibilisation auprès d’autres municipalités. « Je suis présent au conseil municipal de Hearst le 2 juin. J’ai d’autres demandes pour aller voir les autres conseils municipaux. Je pense que l’appétit est là », indique-t-il.

L’image de marque du média bilingue, un dévoilement officiel du média aura lieu ce jeudi soir en ligne. Photo : gracieuseté de Kevin Anderson

Le bilinguisme au centre de la mission

Dans une zone où la population francophone ou bilingue représente une grande majorité de la population, le bilinguisme intégral a été défini comme une priorité. Chaque article produit sera disponible simultanément en français et en anglais.

« La langue ne devrait jamais être un obstacle pour rester informé dans sa propre communauté. Je voulais offrir les histoires aux lecteurs dans la langue de leur choix », soutient M. Anderson. 

L’intérêt pour cette nouvelle offre d’information semble déjà se confirmer sur le terrain. En moins de deux semaines, la page Facebook du projet avait déjà mobilisé 200 personnes en moins de 24h, avant même le dévoilement officiel des détails de la plateforme. 

Bien que Le Nord soit établi à Hearst, Kevin Anderson se concentre sur le secteur d’Opasatika à Smooth Rock Falls, où le vide médiatique est plus marqué. Photo : Archives ONFR

Pour le fondateur, ces chiffres témoignent d’un signe d’intérêt bien réel pour le retour d’une source d’information structurée et bilingue.

« Je pense que l’appétit est là. Je suis quasiment certain que l’appétit est là », affirme-t-il, soulignant que cette réponse rapide de la communauté renforce sa confiance dans la viabilité de son projet d’infrastructure médiatique.

Logistique et prochaines étapes

Sur le plan opérationnel, Kevin Anderson prévoit produire entre cinq et sept reportages par semaine, axés sur le quotidien des résidents du corridor. 

La ligne éditoriale se concentrera sur une diversité de sujets locaux, allant de la couverture des conseils municipaux et des enjeux sportifs aux portraits d’intérêt humain, tout en s’adaptant aux intérêts manifestés par l’auditoire après le lancement. 

« Je sais que ça va être difficile. Je l’ai fait pour une vingtaine d’années, je sais à quoi m’attendre. Je n’ai pas peur »
— Kevin Anderson

« On va pouvoir regarder les chiffres de Google et on va savoir qu’est-ce qui marche plus et qu’est-ce qui marche moins pour mieux mettre notre focus », explique-t-il, précisant que l’objectif demeure de fournir des faits vérifiés pour permettre aux citoyens de se forger leur propre opinion. 

Afin de minimiser les coûts de démarrage, il opérera initialement à domicile et a conclu des ententes de partenariat avec des entreprises locales pour l’aspect technologique et le développement de la plateforme web.

Le processus de recrutement pour les futurs conseils d’administration de l’OBNL et de la coopérative débutera officiellement ce vendredi lors du salon Kap Expo à Kapuskasing. 

Bien que la date de mise en ligne puisse fluctuer selon les délais d’incorporation, l’objectif actuel demeure la mi-septembre 2026. « Je sais que ça va être difficile. Je l’ai fait pendant une vingtaine d’années, je sais à quoi m’attendre. Je n’ai pas peur », conclut-il.