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Salebarbes. Crédit image : Pat Beaudry

Jean-François Breau, l’antidote des Salebarbes

Temps de lecture : 6 minutes

[LA RENCONTRE D’ONFR+] 

ACADIE – La fête des Acadiens se prépare à battre son plein le 15 août comme le veut la tradition depuis 1881. Pour l’occasion, ONFR+ a rencontré Jean-François Breau, membre du populaire groupe Salebarbes dont l’objectif premier est de transmettre la fierté acadienne et de faire la fête partout au pays dans la langue de Christian Brun.

« Comment décrire la culture acadienne avec un grand A ?

Avec Salebarbes on se voit comme des brasseux d’énergie. On appelle le monde à faire la fête avec nous. C’est ça la culture acadienne, la culture cajun, c’est une culture d’appel à la fête pour passer à travers tout. C’est une musique qui ne se pose pas trop de questions. Elle est faite pour les pieds et pour le cœur.

Je transmets cette culture encore bien vivante. Au Nouveau-Brunswick, le français est mis à l’épreuve dépendamment du premier ministre et celui que nous avons présentement est dur sur le bilinguisme. J’ai compris en vieillissant que la culture passait par la langue, la musique, la façon de s’exprimer. Tu peux mesurer la santé d’un peuple par sa culture. La culture acadienne est de se tenir debout dans une province entourée de défis au niveau de la langue. Il y a une mission dans le fait de prendre une bouteille qui arrive de la mer et de la repitcher en avant. Rebrasser cette culture avec le sourire. On le fait pour la musique et pour les valeurs, la famille. J’ai un attachement profond.

Parlez-nous de comment vous avez forgé votre identité acadienne à partir de votre enfance à Tracadie jusqu’à aujourd’hui ?

Ma mère vient de Matane, mon père de Tracadie. J’ai été conçu à Hamilton. Mes parents ont déménagé au Nouveau-Brunswick quand j’avais un an pour nous élever dans un village où le temps était plus lent. On a été élevé dans une maison près d’une rivière. C’est une enfance parfaite qui m’a donné la base des valeurs que j’essaie de transmettre à mes filles. Les valeurs de la famille et de la musique. On dirait que dans la musique il y a tout : la communication, la joie.

Je suis parti de la péninsule acadienne et j’ai fait des comédies musicales. Cela m’a permis de me promener en France, en Asie, pour finalement revenir aujourd’hui à la source qui est la musique acadienne qui m’a bercé dans mon adolescence. Je pense à des groupes comme 1755 et Bois-Joli.

Mes filles sont nées à Tracadie et je les y emmène en vacance. Je veux qu’elles sachent d’où elles viennent et se fassent transmettre la culture qui est importante à mes yeux.

Comment avez-vous été initié à la musique ?

Mon père a fait de la musique toute sa vie. Des instruments ont traîné dans la maison toute notre jeunesse. Quand j’ai eu ma première peine d’amour, mon premier réflexe a été de prendre une guitare et de demander à mon père de me montrer les accords. J’en ai appris trois et j’ai écrit une chanson sur ce que je vivais à 14-15 ans. J’ai compris que j’avais toutes les bases pour plonger dans la musique.

Saut dans le temps, j’étais en sciences pures à l’université, puis la musique a pris beaucoup de place dans ma vie. J’ai décidé de mettre une pause d’université pour écrire des chansons. J’avais comme but de participer à des concours comme celui de Granby.

Jean-François Breau. Crédit image : Marï Photographe

Comment vos parents ont-ils pris la nouvelle ?

Ma mère était confiante. Elle m’a dit ”Jean-François, j’ai toujours voulu faire partie d’une troupe de danse contemporaine, mais je n’ai pas suivi mon instinct. Vas-y !”

Mon père a pris quelques jours pour avaler la pilule, mais a fini par me suivre en devenant mon gérant pendant 20 ans.

Quel a été votre premier contrat professionnel ?

Ma première vraie job de chanteur a été en 1998 pour la comédie musicale Notre-Dame-de-Paris. Mon père m’a présenté à Luc Plamondon lors du Gala de l’ADISQ comme le gagnant du Festival de Granby qui venait de passer un mois avant. Louise Forestier qui était à côté était juge à Granby. Elle a encouragé Luc Plamondon à écouter mon père. Il m’a convoqué chez lui quatre jours plus tard.

Je me suis retrouvé comme doublure de Sylvain Cossette. J’y ai rencontré par hasard ma femme Marie-Ève Janvier. On s’est suivi dans ce spectacle durant plusieurs années. On a fait 200-300 spectacles avec Notre-Dame-de-Paris. Ce spectacle m’a amené à Las Vegas dans le début des années 2000. Je suis revenu, j’ai fait mon premier disque. J’ai auditionné pour Don Juan par la suite.

Qu’est-ce que vous aimez dans les comédies musicales ?

C’est comme demander à un athlète de faire un Iron Man. Tu dois clancher dans la course, la natation et le vélo. Avec Don Juan, on faisait parfois huit spectacles par semaine. Tu fais du jeu sur scène, des chorégraphies et tu chantes. Avant d’en faire, je n’avais pas le réflexe d’en consommer. J’ai compris ce que c’était et ce que ça demandait comme talent. Il faut être un artiste complet dans la façon de chanter et de bouger.

Quels sont vos plus beaux souvenirs de tournée avec Marie-Ève Janvier ?

Quand on est sorti de Don Juan, on était amoureux et on a fait un bout de carrière ensemble. On a fait la tournée des petites salles de moins de 200 places dans l’est du Québec avec une vingtaine de spectacles dans l’été. C’était comme une lune de miel.

On a fini par mettre une pause au travail ensemble. Marie-Ève a commencé l’animation télé et moi de même. On a fait nos projets séparés et ça nous a donné l’espace pour que notre fille arrive.

Comment est né Salebarbes ?

J’animais l’émission Prise de son il y a cinq ans. Kevin McIntyre (actuel bassiste) était le réalisateur-monteur, Éloi Painchaud avait été appelé pour être le directeur musical. Le concept de l’émission était un blind-date entre trois auteurs-compositeurs de la relève. On enregistrait dix de leurs chansons pendant deux jours. Après de longues journées d’enregistrement, on jouait de la musique ensemble. Un soir à Kapuskasing, on se met à faire une chanson ”Marcher l’plancher” à la guitare-basse-drum. Le lendemain, Éloi nous dit qu’il veut faire un band cajun et l’appeler Salebarbes.

Aux Îles de la Madeleine, une salebarbe est un filet de pêche. C’est significatif et ça sonne bien. On a un band  ! On n’a pas de chanson ni de spectacles. Éloi appelle le diffuseur du bar ”Les pas perdus” aux Îles. Quelques jours plus tard, c’est plein. 200 personnes ont acheté des billets pour aller voir Salebarbes. Ils ne savent pas c’est quoi, mais se disent que ça va être bon. On réserve donc une deuxième soirée.

Salebarbes. Crédit image : Pat Beaudry

On finit la tournée de l’émission Prise de son. Lors du pilote de l’émission, on avait enregistré dans le studio de George Belliveau qui était un ami de Kevin. Il nous avait vus aller et aurait tellement voulu faire partie de l’émission.

À la fin de la tournée, il a entendu dire qu’on était en train de se faire un band. Il vient alors chez nous pour jouer de la musique. On fait un party de cuisine. George sort son violon et se met à chanter avec nous. On voit dans son œil qu’il veut faire partie d’un groupe comme le nôtre. On lui demande s’il embarque et nous sommes rendus cinq musiciens. On se monte alors une liste de chansons acadiennes.

On part aux Îles-de-la-Madeleine. Arrivé à l’auberge, on joue pendant 24 heures en ligne pour se monter un set. Le lendemain, on a mangé une poutine aux pétoncles puis on a fait le premier spectacle à vie de Salebarbes.

Que représente la fête des Acadiens à vos yeux ?

J’ai souvenir d’un 15 août sur la bute du Calvaire à Caraquet. Il y a 25 000 personnes qui font un tintamarre. Originalement, c’est un prêtre à Moncton qui avait demandé aux gens de sortir dans les rues avec toutes sortes de chaudrons pour crier la fierté d’exister. ”On est vivants ! On est encore là !” Il y en a partout au Nouveau-Brunswick.

Je m’y retrouve avec un ami du Lac-Saint-Jean. Après le tintamarre, il me dit avec beaucoup d’émotions dans la voix ”J’ai l’impression qu’en Acadie vous savez pourquoi vous fêtez et qu’on a perdu ça au Québec”.

C’est une fête identitaire familiale dans une province où le français est barouetté. Elle est essentielle. C’est un antidote à la grande déportation qui est une catastrophe dans l’histoire acadienne.

Jean-François Breau. Crédit image : Marï Photographe

À quoi s’attendre de Salebarbes à court et moyen terme ?

On prépare une série d’une soixantaine de spectacles jusqu’au mois de décembre. C’est complet partout ! À moyen terme, on prépare la création de notre troisième disque qui devrait sortir l’été prochain. On a beaucoup de spectacles, de réactions, je n’ai pas connu souvent une telle effervescence dans ma vie ! »


LES DATES-CLÉS DE JEAN-FRANÇOIS BREAU :

1978 : Naissance de Jean-François Breau

1998 : Première montée sur scène professionnellement

2001 : Premier album Jean-François Breau

Chaque fin de semaine, ONFR+ rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

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