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John Tory, une francophilie qui interroge

Temps de lecture : 2 minutes

[ANALYSE]

TORONTO – Il y a des choses qui passent bien mal, surtout dans une région métropolitaine comme Toronto où résident plus de 50 000 francophones. Diminution de 18 % du nombre de livres en français, et fin de ces mêmes ressources dans 25 bibliothèques publiques, la municipalité de la Ville reine a déclenché une vive polémique, jeudi, avant d’annuler cette décision, le lendemain.

Pendant plus d’une journée, la Bibliothèque publique de Toronto, l’organisme parapluie dépendant de la municipalité, défendait ce choix, arguant la faible utilisation des livres en français. Mais ce total de 26 000 livres enlevés soulevait des questions.

Sur les réseaux sociaux, la ministre des Affaires francophones de l’Ontario, Caroline Mulroney, et son homologue fédérale, Mélanie Joly, se sont donné le crédit de cette volte-face, faisant chacune référence à leur discussion avec la maire torontois, John Tory.

Tout est bien qui finit bien, mais une ombre persiste. La volonté de la municipalité de centraliser l’offre de livres signifie-t-elle que les ressources seront maintenant disponibles dans un univers plus restreint ? Mystère.

Des engagements non tenus

Ce n’était en tout cas pas la première fois que l’administration dirigée par John Tory agissait à l’encontre des Franco-Torontois. En 2017, la Ville avait, par exemple, modifié en catimini sa politique de communication, en ôtant l’obligation de la présence du français dans les documents municipaux lorsqu’une autre langue que l’anglais s’y trouvait. Un vrai recul.

Force est d’admettre que John Tory a donné peut-être trop d’espoirs aux Franco-Torontois.

Le soir de son élection en octobre 2014, le nouveau maire prononçait en français les premiers mots de son discours de victoire. Quelques mois plus tard, en entrevue pour ONFR+, le premier magistrat, dans son style policé et hâbleur, se disait prêt à trouver un site pour la future Maison de la francophonie et même aider à la venue de l’université franco-ontarienne.

Aujourd’hui, plusieurs acteurs laissent entendre que M. Tory n’est en réalité jamais intervenu en faveur de ces projets auprès des autres paliers gouvernementaux.

Pas coupable, mais responsable

Dans les faits, John Tory n’est certainement pas coupable des bévues de son administration envers les francophones. Mais à défaut d’appuyer sur le bouton rouge, le maire de Toronto est le responsable des décisions financières de la plus grande métropole canadienne.

Pour beaucoup, cet argument démographique obligerait M. Tory à emboîter le pas à son homologue Jim Watson à Ottawa. À savoir assurer la promotion des deux langues officielles du Canada.

Bien sûr, dans une ville où les francophones représentent à peine 2 % de la population totale, les exigences ne peuvent pas être les mêmes qu’à Sudbury ou Ottawa.

À cet égard, les militants franco-torontois ne demandent pas la lune : la mise sur pied d’une Maison de la francophonie, plus de traduction sur le site web de la Ville ou encore, une voix plus entendue au sein du conseil municipal. Autant de souhaits pour lesquels M. Tory a la possibilité de donner une impulsion, sans être celui qui répare les pots cassés, comme dans cette affaire de livres.

S’exprimer correctement en français ne suffit pas à être étiqueté de francophile. Les actes doivent suivre les paroles. Et au vu des résultats, John Tory ne répond pas tout à fait, pour l’instant, à cette définition.

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 13 janvier. 

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