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Kelly Burke nouvelle commissaire aux services en français

Temps de lecture : 5 minutes

TORONTO – C’est la fin du suspense pour l’embauche du commissaire aux services en français de l’Ontario. Kelly Burke a été nommée ce lundi à ce poste. 

« Des efforts considérables ont été faits pour trouver la meilleure personne au Canada capable de remplir ce rôle, et je suis convaincu que nous y sommes parvenus », a fait savoir l’ombusdman Paul Dubé, dans un communiqué de presse envoyé lundi dans la matinée.

« Je suis ravi d’avoir trouvé Mme Burke et je sais qu’elle se fera avec succès la championne des droits linguistiques que nous souhaitons tous avoir comme commissaire. Nous avons de la chance d’avoir trouvé quelqu’un d’une telle envergure et d’une telle expérience en matière de leadership pour ce rôle. »

Mme Burke a occupé récemmeent les fonctions de sous-ministre adjointe au ministère des Collège et Université. De 2014 à 2019, elle a travaillé au ministère des Affaires francophones en tant que sous-ministre adjointe et directrice générale de l’administration, faisant œuvre de sous-ministre par intérim durant une partie de 2015.

Le bureau de l’ombusdman affirme que Mme Burke est « complètement bilingue ».

« Étant passionnément franco-ontarienne, j’ai sollicité ce rôle, car il m’offre une occasion unique de contribuer par mes connaissances et mon expérience à la promotion des droits linguistiques des francophones au sein d’un organisme renommé pour son efficacité. Sachant que je pourrai m’appuyer sur les connaissances expertes et les ressources du bureau de l’ombudsman, j’envisage avec enthousiasme ce que l’unité des services en français pourra accomplir pour les francophones et les francophiles en Ontario », a réagi Mme Burke par la voie du communiqué de presse.

Longue saga après la crise linguistique

La nomination de la nouvelle commissaire aux services en français fait suite à une longue saga ponctuée de retards.

Ce poste indépendant depuis le 1er janvier 2014 avait d’abord été supprimé par le gouvernement progressiste-conservateur de Doug Ford en novembre 2018, contribuant à déclencher une crise linguistique.

Une semaine plus tard, M. Ford avait fait partiellement marche-arrière, affirmant que le poste restait… en devenant dépendant du bureau de l’ombudsman.

L’ancien commissaire aux services en français, François Boileau. Archives ONFR+

Le départ officiel de l’ex-commissaire François Boileau en date du 30 avril 2019 avait ouvert une nouvelle période d’incertitude. Jean-Gilles Pelletier avait par la suite occupé la fonction par intérim jusqu’au mois d’août avant d’annoncer son départ pour la Société Santé en Français.

Le bureau de l’ombusdman annonçait alors l’embauche d’un nouveau commissaire pour l’automne.

Les différentes réactions

Les premières réactions n’ont pas tardé sur les médias sociaux après cette nomination.

« Félicitations à Kelly Burke, une professionnelle intègre et certainement très compétente. Je lui offre tout mon appui, tout en lui souhaitant la meilleure des chances dans ses nouvelles fonctions », a tweeté François Boileau.

Pour la politologue du Collège militaire royale de Kingston, Stéphanie Chouinard, la nomination de Mme Burke est avant tout « prometteuse ».

« C’est quelqu’un qui connaît bien les affaires francophones, et les enjeux des organismes et qui peut porter des dossiers. Le seul bémol, quel pouvoir aura Mme Burke dans la structure de l’ombudsman ? C’est l’inquiétude qui persiste. »

Et de poursuivre :  « Elle n’est pas indépendante, son titre le dit, elle est l’ombudsman adjointe, elle devra des comptes à M. Dubé. Son pouvoir d’action en amont est très réduit par rapport à ce que M. Boileau faisait autrefois. On (le gouvernement) promet une révision de la Loi sur les services en français, tout en maintenant qu’un Commissariat indépendant n’est pas sur la table. La formule jusqu’en 2018 restait la meilleure. »

La députée de Glengarry-Prescott-Russell, Amanda Simard. Archives ONFR+

Un son de cloche plutôt semblable pour la députée de Glengarry-Prescott-Russell, Amanda Simard.

« Je suis certaine que c’est une personne qualifiée et compétente, mais il faut que le mandat de la nouvelle commissaire soit indépendant, pro-actif, avec des ressources adéquates pour qu’elle puisse être atout », laisse entendre celle qui siège comme indépendante depuis les débuts de la crise linguistique en novembre 2018.

Et d’enfoncer le clou. « Ce poste de commissaire n’est pas indépendant. Il est encore sous l’égide de l’ombudsman. Même un adolescent de 15 ans sait que tant et aussi longtemps qu’il demeure sous le toit de ses parents, il n’est pas indépendant. »

Du coté du Nouveau Parti démocratique, la députée France Gélinas n’a pas mâché ses mots.

« Je souhaite bonne chance à Mme Burke, mais je ne l’appellerai jamais la commissaire », a décoché l’élue de Nickel Belt. « Nous n’avons plus de commissaire qui travaille dans le bureau de l’ombudsman, mais une employée. Avant c’était un mandat proactif, ça ne l’est plus aujourd’hui ! »

Mme Gélinas regrette le laps de temps entre le « jeudi soir » date du renvoi de François Boileau et cette embauche.

« C’est honteux, on comble le poste 15 mois plus tard. Ça montre tout simplement que ce n’est pas une priorité ! »

Le chef intérim du Parti libéral de l’Ontario fustige quant à lui « le manque de leadership » du gouvernement progressiste-conservateur pour l’embauche plus tard qu’annoncée initialement, soutenant tout de même qu’il s’agissait de « trouver une personne spécifique, avec des qualifications, de l’expérience, franco-ontarienne, et une bonne connaissance du gouvernement ».

Le député d’Ottawa-Sud insiste que l’indépendance de Mme Burke permettrait au Commissariat de focaliser sur une « priorité », laissant entendre que l’ombudsman de M. Dubé a déjà un « large travail ».

Mulroney : « La commissaire fera des rapports »

En entrevue pour ONFR+, la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney ne tarit pas d’éloges sur Mme Burke, « une femme exceptionnelle ».

« Elle rendra le Commissariat beaucoup plus puissant et influent. Elle aura le pouvoir d’enquêter sur des plaintes, mais aussi de faire des rapports. »

La ministre des Affaires francophones de l’Ontario, Caroline Mulroney. Archives ONFR+

Interrogée sur l’indépendance du Commissariat vis à vis de l’ombudsman, un projet défendu par les militants, Mme Murloney répète que le bureau dirigée par Mme Burke sera bien « indépendant du gouvernement », avec « des pouvoirs élargis ».

Position « la même » sur l’indépendance pour l’AFO

Du côté de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), on se réjouit aussi de cette nomination.

« C’est une bonne nouvelle et je suis heureux que nous puissions avoir la chance de poursuivre notre collaboration, qui s’était amorcée lorsqu’elle était sous-ministre adjointe au ministère des Affaires francophones », assure son président Carol Jolin dans un communiqué de presse.

L’organisme porte-parole des Franco-Ontariens maintient par ailleurs sa position quant à l’indépendance du Commissariat.

« Lors d’une rencontre de l’AFO avec l’ombudsman de l’Ontario tenue au début de 2019, l’organisme avait transmis son intention de collaborer avec l’institution tout en poursuivant son travail pour réclamer au gouvernement de l’Ontario de redonner l’indépendance complète au commissaire aux services en français. Cette position reste la même à la suite de la nomination de Mme Burke. »

À l’heure de mettre ces informations sous presse, la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, n’avait pas encore répondu à nos demandes d’entrevue.

Plus de détails à venir…

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