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La cinquième fois est la bonne pour Danièle Vallée

Temps de lecture : 5 minutes

[LA RENCONTRE D’ONFR+]

OTTAWA- Plus tôt cette semaine, l’auteure Danièle Vallée a remporté le prix littéraire Trillium en langue française pour son roman Sept nuits dans la vie de Chérie. L’Ottavienne qui culmine plus d’une vingtaine d’années d’expérience dans le monde du roman a remporté son premier Trillium à sa cinquième présence au gala littéraire. ONFR+ l’a rencontré pour lui parler de son nouvel honneur.

« Vous êtes une habituée des prix Trillium, mais vous n’aviez jamais été lauréate. Comment avez-vous accueilli la nouvelle ?

J’étais vraiment contente quand j’ai entendu mon nom… J’ai été quatre fois finaliste et je m’étais habituée à ça. C’est plaisant d’être finaliste et je me disais même que c’est plus le fun d’être finaliste quatre fois que de gagner une seule fois, mais là j’ai gagné. J’étais tellement contente ! C’est une belle reconnaissance et ça fait du bien. Quand on écrit, on est seul et quand le livre paraît, on est content qu’une maison d’édition l’accepte, mais après ça on n’en entend pas beaucoup parler parce que les lecteurs quand ils lisent sont eux aussi seuls, donc ça ne fait pas beaucoup de bruit.

D’où vous est venue l’inspiration pour ce livre-là ?

Je suis allée voir une exposition de mon amie Suzon Demers qui fait de grands tableaux… Je n’avais pas l’intention de retravailler avec elle et pas pour des raisons négatives, mais parce que quand je reprends un nouveau projet, c’est souvent avec un nouvel artiste. Mais quand je suis allé voir son exposition, il y a quelque chose qui m’a attiré et quand je suis revenue chez nous, j’ai écrit cinq pages d’un suspense et je lui ai envoyé les cinq premières pages et elle m’a téléphoné en riant : « Continue parce que je veux savoir la fin ».

Expliquez-nous un peu l’histoire

J’ai écrit l’intrigue dès le départ. C’est une histoire avec deux personnages principaux, soit une comédienne et une grande ambitieuse qui veut gagner tous les prix et elle va voir la couturière du quartier, une dame très simple qui lui demande de lui faire une robe de théâtre. La couturière ne veut pas, car elle pense qu’elle n’est pas capable et finalement les deux femmes se lient d’amitié et la jeune comédienne l’entraîne dans toutes sortes de mésaventures. Elle est très sournoise et ambitieuse et c’est un peu mesquin parfois, mais la couturière l’aime pareille, car elle sent qu’il y a un secret derrière tout ça et elle veut le découvrir.

Pour les gens qui ne l’ont pas lu, à quel type de livre votre roman correspond-il ?

C’est vraiment un suspense tout le long et j’envoie mes lecteurs sur de fausses pistes pour m’assurer qu’ils suivent l’histoire. Ces pistes-là sont crédibles, ce ne sont pas des choses impossibles et ça pourrait être réaliste. Ils sont souvent pris dans un coin et puis là l’histoire repart dans un autre sens. Les gens qui l’ont lu et qui m’ont laissé des commentaires n’ont vraiment pas pu laisser le livre une fois qui l’avait amorcé.

L’auteure Danièle Vallée. Gracieuseté

Selon vous, en quoi ce livre a-t-il fait la différence pour vous permettre de remporter ce prix ?

Je vais avoir l’air un peu vantarde (rires) mais, tout en restant bien humble, je pense que je soigne beaucoup mon écriture. Je cherche toujours le vrai mot et j’utilise tout le temps mon dictionnaire des synonymes. J’aime beaucoup le rythme et les phrases sont brèves. J’aime ce style-là et ce n’est pas de grandes phrases qui s’éternisent. Il y a une économie de mots, mais le mot est juste. C’est une intrigue vraiment solide au début et il y a une tombée à la fin qu’il ne faut pas aller lire avant qu’on ait fini tout le livre.

Quand est-ce que l’idée pour Sept nuits dans la vie de Chérie vous est-elle venue ?

J’ai commencé à l’écrire en janvier 2019 et ça m’a pris peut-être un an à tout finaliser et revoir les textes, etc. Suite à ça, c’était vraiment dans la pandémie. Le lancement devait avoir lieu à la belle Galerie d’art d’Ottawa, mais ça n’a pas eu lieu à cause de la pandémie.

Justement, comment s’est déroulée la pandémie pour vous ?

C’est drôle parce que mon mari, qui est saxophoniste, et moi on a passé beaucoup de temps à monter des spectacles ensemble. Cette année pour la première fois, il lançait un CD de musique jazz et deux semaines avant que je sois nommé au prix Trillium, il a été un lauréat pour un Trille d’Or. C’est drôle parce qu’après 35 années de vie commune, on se retrouve tous les deux lauréats pour un prix, c’est presque incroyable.

D’où vient cette approche d’utiliser l’art visuel pour vos livres ?

J’ai commencé à écrire quand j’étais à l’université, j’avais pour 2 à 4 pièces de théâtre et j’aime beaucoup toutes les formes d’arts et la personne avec qui je travaillais s’occupait des décors. J’ai souvent travaillé avec des artistes. Sur ma dizaine de livres publiés, j’en ai sept que j’ai fait avec des artistes (…) Je le dis souvent, mais je suis plutôt indiscipliné de m’asseoir en face de mon ordinateur à rester là en essayant d’attendre pour de l’inspiration, je cherche toujours à faire d’autres choses. Mais quand je travaille avec un artiste ou une autre personne, je ne veux pas les décevoir donc là je regagne ma discipline.

Septs nuits dans la vie de Chérie, le roman qui aura permis à Danièle Vallée de remporter son premier prix Trillium. Gracieuseté

Décririez-vous cette manière de faire comme non conventionnelle ?

Je ne sais pas. J’ai toujours travaillé comme ça et j’aime ça. J’aime les arts visuels (…). J’aime beaucoup ça et ça donne de beaux livres aussi. J’ai commencé comme ça avec les Éditions David et au début, Yvon Malette m’avait dit non, car ça coûterait trop cher, car ce sont quand même de beaux livres… À un moment donné il m’avait appelé en me disant « Ok, on le fait ». Ça a toujours bien marché et on a été finalistes à plusieurs reprises.

Avez-vous d’autres romans en préparation ?

J’en ai des idées, mais je ne sais pas si je peux en parler (rires). J’en ai eu pendant la pandémie. Je vis dans un quartier populaire et donc on a beaucoup de voisins rapprochés. Pendant la pandémie, on promenait notre chien et on rencontrait plein de gens avec des chiens et les gens étaient heureux de pouvoir jaser. Donc là, j’ai envie de raconter une histoire à propos des animaux de compagnie en inventant quelque chose. J’avais ça dans ma tête et j’ai commencé à écrire ça.

Votre première présence dans les prix Trillium remonte à 1995, la première année où de tels prix ont été décernés à des francophones. Vous souvenez-vous de cette année-là ?

C’était mon premier livre : La caisse. J’avais été finaliste au prix Trillium. Pour mon premier roman, je n’en revenais pas et j’étais vraiment contente. J’avais même rencontré Bob Rae. »


[LES DATES-CLÉS DE DANIÈLE VALLÉE]

1975 : Déménagement à Ottawa

1994 : Premier Recueil de contes intitulé La caisse

2002 : Troisième publication avec l’ouvrage Debout sur la tête d’un chat

2013 : Finaliste au prix Trillium grâce au recueil de nouvelles Sous la jupe

2021 : Remporte son premier Prix Trillium pour Sept nuits dans la vie de Chérie

Chaque fin de semaine, ONFR+ rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

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