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La communauté franco-torontoise pleure le décès d’Alain Baudot

Temps de lecture : 4 minutes

TORONTO – Professeur émérite au Collège Glendon, chercheur, auteur et fondateur des Éditions du GREF (Groupe de recherche en études francophones), Alain Baudot s’est éteint, mercredi, à l’âge de 81 ans, des suites d’un cancer.

Homme de lettres intarissable et passionné, Alain Baudot était la mémoire du Collège Glendon, à Toronto, dont il connaissait les moindres rouages. Créateur et directeur du département d’études pluridisciplinaires durant près de sept ans, il a consacré la quasi-totalité de sa carrière à l’enseignement et à la recherche au sein du campus bilingue de l’Université de York.

Responsable de la Maîtrise en études françaises en 1997, puis de la Maîtrise en traduction en 1998, il avait ensuite pris la tête du département d’études françaises et enseignait, ces cinq dernières années, à titre de professeur associé à l’Université de Toronto.

Lors du cinquantenaire des relations entre Glendon et la France, dont il était le maître de cérémonie, il avait conté les débuts épiques de l’institution torontoise auxquels il avait participé. Il relatait avoir tout quitté et vécu aux premières loges les débuts du petit collège universitaire bilingue. Il avait alors 22 ans.

«  M. Reid (le diplomate Escott Reid, premier principal de l’institution) est venu recruter des jeunes, dont j’étais, et sept enseignants sur huit étaient originaires de France  ». Au fil des ans, des dizaines d’enseignants ont traversé l’Atlantique pour fouler le sol de Glendon et partager leur savoir, ce qui faisait dire à M. Baudot que Glendon devait « beaucoup à la France ».

Au micro, Alain Baudot lors du 50e anniversaire des relations entre Glendon et la France. Archives ONFR+

Natif de Soisson (France), diplômé de l’École normale supérieure et de la Sorbonne, il a immigré au Canada à la fin des années 1960. Il a fondé, en 1987, les Éditions du GREF, dont la double vocation était l’étude comparée des littératures francophones, envisagées dans leur contexte historique et social, et l’étude de la langue française appréhendée dans sa diversité sociolinguistique. Il faisait tout lui-même, ne censurait jamais et portait une attention extrême à la qualité des textes, de la mise en page et du papier, de l’avis de plusieurs auteurs.

Pionnier du postsecondaire en français à Toronto

Les réactions se sont multipliées à l’annonce de son décès. Les personnes qui l’ont côtoyé le décrivent comme « un francophone dévoué », « un contributeur intelligent », « un homme affable ».

« Le professeur Baudot était un pionnier de la première heure en matière d’éducation postsecondaire en français, à Toronto. C’est tout un pan de l’histoire de Glendon qui disparaît avec lui, mais sa mémoire restera longtemps vivante dans tout ce qu’il a accompli au cours de ses nombreuses années à Glendon », a réagi Marco Fiola, le principal du campus. « Nos pensées vont bien entendu vers sa conjointe et leurs enfants, mais aussi vers tous ceux et elles de la grande famille de Glendon auprès de qui il aura laissé sa marque. »

Sur les réseaux sociaux aussi, les réactions ont fleuri. « Je garderai toujours l’image d’un Alain de la plus extrême générosité, au contact si enrichissant, toujours curieux, toujours disponible et accueillant », a souligné l’historienne Danièle Caloz. L’ancienne présidente de l’Assemblée Communautaire Fransaskoise, Françoise Sigur-Cloutier, a pour sa part salué «  un gentleman amoureux des lettres et de la littérature  ».

L’écrivain Alain Baudot. Source : Facebook Collège Glendon

« Alain a publié une douzaine de mes livres. Je garde le souvenir d’un éditeur cordial, dévoué et généreux », a commenté l’écrivain Paul Sylvestre qui consacre au professeur une de ses chroniques signées dans L’Express de Toronto. « Certains gardent le souvenir d’un pianiste, percussionniste, chef d’orchestre, chroniqueur et critique musical à Radio-Canada. Il était le cofondateur et chef de l’Orchestre symphonique de Glendon de 1968 à 1976. »

L’homme donnait même des cours d’opéra sur le campus universitaire torontois », ajoute un autre auteur, Daniel Soha, qui le qualifie de « type en or qui savait tout des sciences et des arts, un spécialiste des humanités, agrégé en français, latin et grec comme il n’en existe plus et qui aurait aussi bien pu être mathématicien ».

Devant cette « culture étendue et intimidante », M. Soha décrit, contre toute attente, une personne « d’une simplicité et d’une gentillesse extraordinaire » qui ne laissait jamais transparaître une quelconque supériorité intellectuelle.

« Pendant des années, il aura porté à bout de bras cette petite maison d’édition qui a joué un rôle essentiel dans l’animation de la vie littéraire francophone à Toronto », a réagi le directeur des Éditions David, Marc Haentjens sur les réseaux sociaux. « Alain était aussi un complice de longue date au sein du REFC (Regroupement des éditeurs franco-canadiens) et un équipier toujours plaisant aux salons du livre. Que n’aurait-il pas fait pour ses auteurs ? Il en retrouve aujourd’hui plusieurs, comme Pierre Léon et Claude Tatilon, qu’il affectionnait particulièrement. »

Cet article a été mis à jour le 6 mai à 14h45.

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