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Carrefour francophone Toronto

La course au carrefour francophone de Toronto compte un joueur de plus

Temps de lecture : 4 minutes

TORONTOUn lieu de référence qui rassemble la francophonie à Toronto, c’est le désir que nourrit la communauté depuis une quarantaine d’années maintenant avec des projets sur la table émanent de plusieurs organismes francophones. Le 10 janvier dernier, un autre s’y est ajouté, le Centre francophone du Grand Toronto (CFGT) qui a décroché une première subvention dans ce sens, et ce afin de mener une étude de faisabilité concernant les prémices d’un carrefour francophone à Toronto. Deviendra-t-il concurrent des autres, au risque de desservir la cause francophone ? Réactions.     

Maison de la francophonie, centre de rassemblement, campus, carrefour francophone… Si les qualificatifs diffèrent, l’utilité demeure quasi identique.

En effet, si chaque organisme y va de sa désignation pour définir le projet référence de la francophonie dans Toronto, à l’image de Vancouver, Edmonton, Winnipeg, Calgary et à plus grande mesure Ottawa, tous les projets proposés et nécessitant des subventions gouvernementales ont les mêmes objectifs, à savoir être un pôle attractif pour la communauté et concentrer en un seul endroit plusieurs organismes et services pour les francophones de la province en général et de la Ville reine en particulier.      

« On a tendance à utiliser le terme carrefour de différentes façons. Comme le Collège Boréal est à Toronto depuis 2002, nous nous voyons déjà comme un carrefour au sens large du terme et avons accueilli différents partenaires au fil des ans », pense Marc Despatie, directeur des communications du Collège Boréal, lequel s’apprête à ouvrir son carrefour francophone sous forme de campus en septembre prochain, au quartier de la Distillerie.

Marc Despatie, directeur des communications du Collège Boréal. Gracieuseté

Le gouvernement rassure

Toutefois, si les projets se multiplient dans ce sens, ce n’est pas le cas de l’enveloppe gouvernementale globale consacrée à la francophonie ontarienne qui, elle, stagne.

Le constat est d’autant plus d’actualité que le 10 janvier dernier, le CFGT a annoncé l’obtention de 100 000 dollars de la part de Patrimoine canadien, et ce pour effectuer une étude préliminaire de faisabilité concernant un carrefour francophone à Toronto, un projet que le CFGT compte bien mener de bout en bout.      

Dès lors, la crainte d’un acteur en plus qui risque d’éparpiller davantage les énergies et les sous se fait sentir, ce qui a poussé le ministère de tutelle à rassurer.  

« Nous avons eu confirmation du niveau de la fonction publique et du bureau de la ministre Petitpas Taylor que l’octroi de ce budget au CFGT n’a rien à voir avec notre projet », assure Kip Daechsel, avocat à Toronto et porte-étendard de la Maison de la francophonie depuis 15 ans.

Lors d’une conférence organisée le 19 janvier, l’avocat a déclaré avoir « l’impression que le CFGT est au tout début d’un processus qui a pris une bonne quinzaine d’années à la Maison de la francophonie ».

Maison de la francophonie Kip Daechsel, président
Kip Daechsel, président du comité fondateur du projet. Archives ONFR+

Aussi, M. Daechsel a tenu à rappeler à ONFR+ qu’il s’était impliqué dans le projet de la Maison quand il siégeait au CA du CFT (ancien nom du CFGT) et qu’« après l’annonce du déménagement du CFT, sa nouvelle direction générale s’est désistée du projet. Du coup, le projet actuel demeure toujours, en quelque sorte, l’enfant du CFGT. Aussi, en dépit des efforts de ramener le CFT au projet, il n’y avait pas d’intérêt de leur côté. »

Quant à l’Université de l’Ontario français (UOF) qui, elle aussi, se targue d’être déjà munie d’une telle infrastructure, elle voit plutôt d’un bon œil le nouveau projet du CFGT, à en croire sa vice-rectrice aux partenariats, collectivités et relations internationales, Edith Dumont. 

« Il y a plusieurs initiatives qui peuvent coexister à Toronto parce que, tout simplement, on est de plus en plus nombreux. À l’UOF, nous avons déjà un Carrefour francophone du savoir et de l’innovation, ce qui veut dire qu’on n’est pas concurrent avec le projet du CFGT, car le nôtre a plus une vocation scientifique et universitaire. Peut-être que l’étude du CFGT va démontrer qu’il serait plus optimal d’avoir plusieurs points de chute plutôt qu’un seul. »

Edith Dumont, vice-rectrice aux partenariats, collectivités et relations internationales à l’UOF. Gracieuseté

Mme Dumont préconise néanmoins qu’il faut « apprendre à mieux communiquer nos missions qui sont distinctes selon les organismes et en même temps complémentaires ».

La Maison de la francophonie toujours dans l’impasse

Réponse au nouveau venu ou hasard du calendrier, neuf jours après l’annonce de l’entrée en lice du CFGT dans cette course au carrefour, la Société d’histoire de Toronto a organisé une conférence virtuelle ouverte au public sous le thème de « La Maison de la francophonie à Toronto : où en sommes-nous ? ».

Toutefois, aucune nouveauté majeure n’en est sortie, si ce n’est que le projet est toujours dans l’expectative, car les fonds demandés au Patrimoine canadien tardent toujours à être débloqués, plus que cela, on ne sait pas s’ils vont l’être à jour.

« Il est inconcevable pour nous que le gouvernement laisse mourir un tel projet et tous les efforts qui ont été fournis depuis 40 ans pour ce faire. Pour nous, ça va être une réalisation historique ou un échec historique », a lancé Kip Daechsel à la vingtaine de participants à cette conférence. 

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