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La FCFA souhaite de nouveaux États généraux du Canada français

OTTAWA – La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada voudrait que se tiennent des États généraux du Canada français, possiblement en 2021.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Plus de cinquante ans après le dernier exercice, l’organisme porte-parole des francophones en contexte minoritaire juge que le moment est venu de rétablir le dialogue entre tous les acteurs de la francophonie canadienne.

«Nous en avions déjà parlé avec le ministre Jean-Marc Fournier [ministre responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne de 2016 à 2018], il y a plus d’un an», explique le président de la FCFA, Jean Johnson. «Il y a un mouvement populiste qui émerge en ce moment et qui met en péril et fragilise nos communautés. Ça amène de l’insécurité et je pense qu’il est temps qu’on ait une conversation avec toutes les communautés francophones, québécoises et acadiennes pour développer un argumentaire et une stratégie pour le contrer.»

Les États généraux du Canada français de 1966 à 1969 avaient marqué une importante rupture au sein de la francophonie canadienne. Mais selon l’historien de l’Université Laurentienne, Serge Miville, le moment est venu de tourner la page.

«L’idée de tenir de nouveaux États généraux n’est pas nouvelle. C’est vrai que les derniers États généraux avaient laissé un goût amer, mais n’oublions pas que la jeunesse montante et militante d’aujourd’hui n’a pas connu cet épisode. Elle est prête à passer à autre chose!»

Ambition mesurée

L’idée, si elle est jugée ambitieuse, ne fait toutefois pas l’unanimité chez les spécialistes de la francophonie canadienne interrogés par #ONfr.

«Je vais attendre d’avoir plus de détails, mais il va falloir me convaincre», lance d’emblée Éric Forgues, directeur général de l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques (ICRML), à Moncton. «Un tel événement demande beaucoup de temps et d’énergie et si on cherche à ressusciter le Canada français, on risque d’être déçu…»

Plus enthousiaste, le professeur au département de sociologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Joseph Yvon Thériault, qui a codirigé l’ouvrage Retour sur les États généraux du Canada français: continuités et ruptures d’un projet national, souligne qu’il faudra limiter les attentes si le projet voit le jour.


«De nouveaux États généraux n’effaceront pas l’autonomisation opérée par le Québec ces 40 dernières années» – Joseph Yvon Thériault


Pour M. Forgues, une approche par étape, menée d’abord par les francophones en contexte minoritaire, en invitant le Québec, serait préférable.

«Il faudrait débuter doucement avec des discussions et des activités qui nous permettraient de réfléchir à comment renforcer et cultiver la francophonie canadienne et voir où ça nous mène et comment les gens réagissent.»

Les relations avec le Québec

Pour M. Thériault, une réflexion est nécessaire, car les temps ont changé, y compris dans la Belle Province.

«Le projet souverainiste ronronne et le Québec doit définir quelle place il veut occuper dans le Canada et penser à son action comme foyer principal de la francophonie au Canada. Le Québec peut être le vaisseau amiral de la dualité linguistique, mais cela suppose aussi que les francophones en contexte minoritaire acceptent d’être un peu Québécois, sans oublier leurs singularités. Ils pourraient se voir comme une diaspora, car il y a des intérêts communs.»

Un rapprochement avec le Québec serait profitable, selon M. Miville.

«Il est clair qu’il faut renouer les liens avec le Québec et canaliser les forces de la francophonie canadienne. En ce moment, on opère en silo, par province. Il faut briser l’isolement. On pourrait imaginer des actions collectives sur des enjeux communs. Pour les francophones en contexte minoritaire, cela pourrait permettre plus de visibilité et de légitimité.»


«Il est temps de réfléchir à ce que signifie être francophone au Canada aujourd’hui» – Serge Miville


Et de poursuivre: «Les francophones, ce sont des communautés d’histoire et de destin. Ce n’est pas juste linguistique, c’est également politique. On doit pouvoir disposer de structures pour se défendre et se mobiliser à l’abri de la partisanerie.»

Moment opportun

La crise linguistique en Ontario et la situation au Nouveau-Brunswick rendent le climat propice à la discussion, s’accordent les universitaires interrogés par #ONfr.

«Ça a créé un émoi au Québec qui rappelle le début du 20e siècle, la naissance du Manitoba et la pendaison de Louis Riel, les crises scolaires dans les provinces anglophones, par exemple… Les Québécois se sont sentis humiliés par le traitement subi par les Franco-Ontariens. Ils ont vu ça comme une attaque contre nous, les francophones», analyse M. Thériault.

Mais cela ne suffit pas à convaincre M. Forgues. «Il y a beaucoup d’émotion en ce moment. Le Québec a fortement appuyé les Franco-Ontariens, mais est-ce durable?», s’interroge le directeur de l’ICRML. «L’organisation d’États généraux doit reposer sur une analyse rationnelle, pas sur l’émotion.»

En 2021?

La FCFA souhaite obtenir l’appui du gouvernement fédéral et du Québec pour débuter le travail préparatoire.

«On sait que c’est une année électorale, mais on pourrait entamer le travail et obtenir un engagement», suggère M. Johnson, qui avance prudemment l’année 2021 pour la tenue éventuelle de ces États généraux.

Quoi qu’il en soit, l’organisation d’un tel événement demande de poursuivre la réflexion, estime  M. Thériault.

«Il faut qu’il y ait une proposition politique qui circule quant au réaménagement des relations entre le Québec et les francophones en contexte minoritaire. Des États généraux, ce n’est pas une fête ni une réunion culturelle! L’idée est de développer une stratégie autour d’enjeux politiques communs.»

Pour M. Miville, le jeu en vaut la chandelle. «C’est un beau risque qui peut valoir la peine!»

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