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Les chefs Steven Del Duca du Parti libéral, Doug Ford du Parti progressiste-conservateur, Andrea Horwath du Nouveau Parti démocratique (NPD) et Mike Schreiner du Parti vert.

La francophonie oubliée du premier débat des chefs

Temps de lecture : 4 minutes

NORTH BAY – Organisé par la Fédération des municipalités du Nord de l’Ontario (FONOM), le premier débat des chefs (en anglais) a réuni ce mardi Steven Del Duca du Parti libéral, Doug Ford du Parti progressiste-conservateur, Andrea Horwath du Nouveau Parti démocratique (NPD), Mike Schreiner du Parti vert. Comme attendu, les enjeux du Nord ont largement occupé les sujets du débat mais aucune mention n’a été faite au sujet des préoccupations des francophones.

Chaque candidat a pu disposer de deux minutes pour répondre aux cinq questions posées par le modérateur et journaliste de CBC Markus Schwabe. Fait cocasse : une personne indiquait aux chefs qu’il était temps de parler à l’aide d’une rame de canot. Sans surprise pour ces premières élections provinciales post-pandémie, la santé a largement occupé le devant de la scène, tout comme la crise du logement et la question des infrastructures.

Si le premier ministre sortant Doug Ford était, comme attendu, la cible de prédilection de ses adversaires, les échanges sont restés relativement cordiaux et les attaques personnelles peu nombreuses. Le modérateur a même interpellé MM. Ford et Del Duca pour leur manque de réactivité à certains moments du débat dans lequel M. Schreiner et Mme Horwath semblaient plus dynamiques.

Le premier point abordé fut celui de l’autonomie des municipalités du Nord, à l’origine de l’invitation à ce débat. M. Del Duca a proposé de rediriger 5 % des taxes liées à l’industrie minière vers les municipalités, ce qui lui a valu les critiques de Ford reprochant à l’ensemble de ses adversaires d’« aimer augmenter les taxes ».

Mme Horwath a dit vouloir transférer une partie des coûts municipaux vers la province. M. Schreiner du Parti vert s’est montré le plus radical, la province devant selon lui donner le soutien financier le plus fort possible afin de permettre aux municipalités de pouvoir améliorer la gestion de leur budget comme le montre le modèle unique de taxation foncière de Toronto.

« Nous avons besoin de plus de gens qui travaillent » – Doug Ford

La question de l’accessibilité aux logements est vite arrivée dans le débat. Le Parti libéral, le Nouveau Parti démocratique (NPD) et le Parti vert se sont tous accordés pour dire qu’il faut permettre aux municipalités d’avoir le pouvoir de réguler le marché du logement à court terme, tels que les Airbnb, et des logements à flottaison. Préserver le caractère unique des municipalités du Nord et les protéger de la spéculation corporative est une priorité selon M. Del Duca. 

Doug Ford est quant à lui plus prudent, en rappelant que ces clientèles doivent faire attention à respecter l’environnement mais encouragent la création d’emplois et génèrent des revenus importants auprès des commerces de proximité.

Accéder à une première propriété devrait être facilité, selon Mme Horwath, surtout pour les jeunes qui quittent de plus en plus le nord de la province.

M. Schreiner souhaite la construction d’un plus grand nombre de logements abordables, ce à quoi M. Del Duca répond qu’il faut faire en sorte que les 250 000 logements vides appartenant au marché spéculatif soient récupérés par les municipalités via le projet du Ontario Home Building Corporation (OHBC) du Parti libéral. Pour Doug Ford, il faut surtout que les municipalités approuvent plus rapidement les permis de construction.

L’état des routes au cœur des tensions

L’enjeu des infrastructures, comme la construction et la réfection des autoroutes, a été un des points de discorde les plus forts du débat. L’état des routes fait partie des préoccupations les plus importantes du Nord, notamment en hiver où les déplacements sont plus complexes. M. Del Duca a proposé d’instaurer une taxe sur les pneus d’hiver et d’agrandir certaines autoroutes tout en attaquant vivement M. Ford sur la question du train Northlander qu’il était supposé réparer durant son mandat.

Il est revenu aussi sur le projet de l’autoroute 413 dans la grande région de Toronto, qu’il annulerait et dont il utiliserait les 10 milliards de dollars vers le financement des écoles. Il en profite au passage pour émettre une attaque personnelle en disant que cette autoroute n’est faite que pour « enrichir ses amis riches ».

M. Ford, de son côté, a déclaré que M. Del Duca est mal placé pour parler de la question après avoir échoué dans son rôle de ministre des Transports sur la question du déneigement notamment.

Mme Horwath a, quant à elle, fait un tir groupé sur le Parti libéral et le Parti conservateur, reprochant au premier d’être à l’origine de la fermeture du Northlander en 2012 et au deuxième de répéter les mêmes promesses qu’aux dernières élections de réparer des autoroutes sans s’y tenir. Elle est allée jusqu’à dire que l’état des routes est mortellement dangereux dans le nord de l’Ontario.

 « Ils ont laissé une épave dans le Nord de l’Ontario » – Andrea Horwath

Sur la question de la santé, tous se sont accordés pour dire qu’il faut investir massivement surtout dans la construction de lits supplémentaires et d’infrastructures d’accueil pour les personnes souffrant de troubles de santé mentale et de problèmes de consommation.

Tandis que M. Ford se vantait d’avoir créé plus de lits que n’importe quel autre gouvernement de l’histoire de la province, Mme Horwath a rétorqué qu’il faut surtout davantage recruter et augmenter le salaire minimal quand ce dernier a gelé leur revenu durant la pandémie.

Elle a évoqué les chiffres de mortalité liée à la crise des opioïdes, non sans émotion, tout en accusant les partis Libéral et le NPD d’être responsable le manque d’accessibilité de soins de proximité dans le nord. M. Del Duca, avance l’idée de la gratuité de frais de scolarité pour les docteurs et infirmières qui s’engagent à aller exercer dans le nord de la province.

Le postsecondaire éclipsé

M. Schreiner a reproché à M. Ford sa gestion de la pandémie lors de la troisième vague quand celui-ci a décidé, contre les avis scientifiques, de rouvrir la province, bien qu’il reconnaisse que le début de la pandémie a vu une belle collaboration entre l’ensemble des partis.

Malgré un temps de débat qui a excédé la limite prévue, aucun des chefs n’a fait mention des enjeux liés aux populations francophones comme le financement du postsecondaire francophone qui a connu une grave crise au cours des dernières années ou encore l’accès aux soins de santé en français, qui figurait pourtant notamment sur la plateforme du NPD dévoilé ce lundi.

Bien qu’aucun des quatre chefs ne soit francophone, Mme Horwath a prononcé le seul mot en français du débat lors de son discours de clôture suivi par sa traduction en langue autochtone.

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