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La joueuse de soccer Vanessa Gilles toujours d’attaque

Temps de lecture : 7 minutes

[LA RENCONTRE D’ONFR+]

LYON (France) – Nouvelle recrue de l’Olympique lyonnais, la défenseuse franco-ontarienne Vanessa Gilles évoque son rêve de jouer en Ligue des champions, ses ambitions en vue de la Coupe du monde 2023 de soccer féminin et ses années ottaviennes au centre de formation Louis-Riel.

« Votre arrivée à l’Olympique lyonnais, un club 15 fois champion de France, vous ouvre la porte de la Ligue des champions. Pensiez-vous un jour goûter à cette prestigieuse compétition ?

C’est une énorme fierté. Je ne pensais pas revenir en France après avoir fait mes valises et quitté le club de Bordeaux. Quand Lyon t’appelle, tu ne dis absolument pas non ! C’est une opportunité en or d’être entourée d’un staff et de joueuses qui ont tout gagné au niveau et apportent leur expérience. Apprendre des trucs sur et en dehors du terrain est une opportunité que peu de joueuses ont et je ne vais pas la gâcher.

Dans une des meilleures équipes au monde, entourée de stars, sera-t-il plus compliqué d’avoir du temps de jeu ?

Quand tu arrives dans une équipe, rien n’est certain et ça fait partie de la beauté du sport. C’est à toi de prouver ta valeur et de gagner ta place. Ce n’est pas négatif. Évoluer avec des joueuses de haut calibre te pousse à donner le meilleur de toi. Chaque jour est une opportunité que tu dois saisir. Cet environnement ne peut que me faire progresser.

Pour quelle raison ne pensiez-vous pas revenir en France après trois saisons chez les Girondins de Bordeaux ?

J’étais partie car je pensais avoir tout vécu en France. Je voulais voir autre chose, expérimenter d’autres ligues à l’étranger. Ça m’a permis de constater que le foot s’est développé, particulièrement dans la dernière année. Or, le développement ces quatre dernières années était faible dans la ligue en France, comme l’ont souligné plusieurs joueuses de l’équipe dont Wendie (Renard), Amandine (Henry) ou Ada (Hegerberg). On est de plus en plus nombreuses à le dire : il y a encore des stades inacceptables à ce niveau dans le championnat de France. Ça fait quatre ans qu’on le dit et quatre ans que ça ne bouge pas.

Vanessa Gilles occupe le poste de défenseuse. Crédit image : Hector Vivas/Getty Images

Le soccer féminin est-il mieux traité et plus populaire ailleurs dans le monde ?

Oui. À Los Angeles, par exemple, tous nos matches à domicile accueillaient un minimum de 18 000 spectateurs. Quand tu te balades en ville, tu te sens valorisée. Tout le monde est à fond derrière le foot féminin, non par charité mais par passion pour une équipe. Ça attire des investisseurs qui croient au potentiel du foot féminin, que ce soit Natalie Portman, Alexis Ohanian, Serena Williams… Même en Angleterre et en Allemagne, les stades se remplissent. Pour avoir de telles affluences, il faut investir ! En France, de façon générale, ce n’est pas encore le cas, même si Lyon et le PSG (Paris Saint-Germain, club de Paris) font des efforts considérables depuis des années.

Une blessure musculaire vous a tenue éloignée des terrains plusieurs mois après votre départ du FC Angel City (Los Angeles) l’année dernière. Est-ce de l’histoire ancienne ou vous hante-t-elle encore ?

C’est quelque chose à gérer mais pour l’instant tout se passe bien. Je suis de retour sur le terrain, donc je n’ai pas à me plaindre. C’est une blessure chronique over used due au fait que j’ai un peu trop joué sans prendre de repos.

Que vous inspire la création à l’horizon 2025 d’une ligue professionnelle féminine canadienne ?

C’est incroyablement excitant ! C’est un projet bien bâti par d’anciennes joueuses, avec une bonne formation et de bonnes infrastructures. Quand l’annonce a été faite, j’ai reçu une cinquantaine de messages d’anciennes coéquipières qui voulaient se remettre au foot. Ça va être une opportunité en or pour celles qui n’ont pas eu la chance que j’ai eue, avec un passeport français, d’aller jouer à l’étranger jouer professionnellement. Et plus de joueuses canadiennes auront la chance de continuer leur carrière après l’université. Beaucoup de familles veulent aussi voir du foot féminin toutes les semaines. À Ottawa, on avait les Ottawa Fury (club professionnel évoluant en ligue nord-américaine jusqu’en 2019) mais depuis plus rien. J’allais aux matches, en rêvant de devenir comme ces joueuses.

Que représente votre titre de championne olympique décroché à Tokyo en 2021 ?

C’est une fierté. Je n’y pense pas tous les jours sur mon canapé mais quand je rentre à la maison et que j’entends parler des gens qui ne sont pas des passionnés de foot se souviennent que le Canada a remporté l’or, c’est gratifiant. Je croise des gens qui me disent : Je vous ai vue à la télé et j’ai hâte de vous revoir jouer. Je suis fière que ce titre de championne olympique inspire les Canadiens et leur donne envie de suivre le foot.

Vanessa Gilles brandit sa médaille d’or à Yokohama, au Japon, lors de la cérémonie protocolaire. Crédit image : Naomi Baker/Getty Images

Après votre triomphe olympique, afin de saluer votre exploit, le maire d’Ottawa vous a offert les clés de la ville. Avez-vous gardé des attaches avec la capitale canadienne ?

Oui, c’est là où j’ai grandi. J’y retourne chaque Noël car c’est là que mes parents vivent. Je n’aime pas trop l’hiver (rires) mais c’est ma ville, là où j’ai commencé le foot et où sont tous mes proches amis.

Quelles sont vos chances de gagner la Coupe du monde féminine l’été prochain, en Australie ?

Quand on aborde un combat, ce n’est pas juste pour participer, mais pour gagner. On a largement les outils à notre disposition pour le faire. C’est à nous de bien se préparer et de récupérer les joueuses qui ont été blessées cette année. Ces joueuses sont indispensables pour le Canada et j’espère qu’elles vont pouvoir revenir vers nous.

Votre double nationalité aurait pu vous conduire à jouer sous les couleurs de la France, le pays d’origine de votre père. Pourquoi avoir choisi le Canada ?

C’est un choix. J’ai joué en équipe de France des moins de 23 ans en 2018. L’année d’après, le Canada m’a contactée. La fierté a toujours été de jouer pour le Canada, le pays où j’ai grandi. Un des premiers matches que j’ai regardés quand j’ai commencé le foot était Canada-Brésil au terrain synthétique. C’est à ce moment-là que je me suis dit : “Je veux jouer comme elles et avec elles, sur ce stade. D’ailleurs quand on est revenu des Jeux olympiques, on a joué dans ce même stade et on a gagné contre la Nouvelle-Zélande. Ça bouclait la boucle, devant des petites filles qui me regardaient, alors que moi j’étais dans leur siège il y cinq-six ans en arrière.

Avez-vous vibré devant votre écran en regardant l’équipe masculine de soccer cet hiver en Coupe du monde de soccer, au Qatar ?

Le simple fait que ce soit leur première coupe du monde en 40 ans et qu’ils aient rivalisé avec les plus grandes équipes comme la Belgique et la Croatie, c’est incroyable. C’est énormément de fierté. Ils sont rentrés dans le tournoi comme s’ils n’avaient rien à perdre et ça s’est vu. Ils avaient faim de vouloir gagner et j’ai adoré les regarder.

Qu’avez-vous pensé de la prestation de l’international franco-ontarien Jonathan David ?

J’aurais aimé évidemment qu’il puisse marquer le premier but. Finalement, c’est Alphonso (Davies) qui l’a fait, mais j’aurai été encore plus ravie que ce soit David qui est d’Ottawa comme moi. Il l’aurait mérité après tout son travail pour le Canada. Le fait qu’il n’ait pas beaucoup joué est un choix qui appartient au coach. Jonathan est encore très jeune et il a le temps de se développer. Il joue dans une des meilleures ligues au monde (Ligue 1 en France) et son futur est brillant.

Explosion de joie après la victoire en finale olympique contre la Suède : Vanessa Gilles à gauche. Crédit image : Francois Nel/Getty Images

Vous partagez plusieurs points communs avec lui : vous jouez tous deux en ligue professionnelle française et êtes issus du même centre de formation : l’École secondaire Louis-Riel. En quoi cette école, à Orléans, a-t-elle été déterminante pour vous ?

J’ai commencé le foot grâce à Louis-Riel. Au début, j’étais dans la filière tennis mais ça n’a pas marché. Quand j’ai arrêté au bout d’un an, Joé (le directeur du programme de soccer de l’école) m’a donné ma place en tant que gardienne, puis ailière centrale. Sans Louis-Riel, je ne sais pas si j’aurai commencé le foot. C’est un centre de formation incroyable ! C’est si rare d’avoir une infrastructure comme ça avec un dôme dans un lycée à Ottawa. S’entrainer trois fois par jour dans ces conditions, c’est exceptionnel.

Votre entraîneur, Joé Fournier, dit de vous que vous n’aimiez pas perdre vos duels et que vous vous releviez jusqu’à ce que vous dominiez votre adversaire… Votre tempérament actuel sur le terrain vient-il de là ?

Je crois que toute compétitrice déteste perdre des duels. C’est un tempérament que je garde et qui m’a amenée où je suis maintenant. Quand j’ai commencé, j’étais vraiment nulle : je perdais tous les ballons, tous les duels et je ratais toutes les passes car je n’avais pas de coordination. Je venais d’un sport où on jouait avec les mains dans une discipline où il fallait être habile avec les pieds.

Tous ces jeunes athlètes en devenir qui évoluent au centre Louis-Riel vous regardent avec attention. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Je suis fière d’inspirer la prochaine génération canadienne. Ça montre aussi qu’en dépit de ce que disent les gens, le Canada est un pays de foot. Quand le monde regarde le Canada, il ne voit que le hockey sur glace, le ski, etc. Mais les équipes nationales, que soit chez les femmes ou chez les hommes, ont démontré que le foot n’est pas une blague. On montre avec nos performances et nos résultats qu’on est pas un pays à prendre à la légère. De plus en plus de Canadiens sont derrière nous et prennent du plaisir à nous regarder, et c’est une motivation pour nous. »


LES DATES-CLÉS DE VANESSA GILLES :

1996 : Naissance à Chateauguay (Québec)

2014 : Diplômée du centre de formation Louis-Riel, à Ottawa

2018 : Recrutée par le club français du FC Girondins de Bordeaux

2021 : Remporte la médaille d’or aux Jeux Olympiques de Tokyo

2022 : Recrutée par l’Olympique lyonnais, octuple champion d’Europe

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