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La monarchie ne fait pas l’unanimité chez les Franco-Ontariens

Temps de lecture : 4 minutes

Vestige du passé pour les uns, identité historique pour les autres, l’allégeance du Canada à la Couronne britannique divise les Franco-Ontariens. Le décès d’Elizabeth II et le sacre de Charles III relancent le débat.

Juridiquement indépendant depuis le rapatriement de sa constitution en 1982, le Canada n’en demeure pas moins une monarchie parlementaire avec à sa tête le roi ou la reine du Royaume-Uni et des royaumes composant le Commonwealth, un héritage qui divise en Ontario.

« Tout ce que la monarchie fait au Canada, c’est nous coûter des sous et, en retour, ça ne nous rapporte rien », lâche Dan Filion. Ce résident de North Bay, ancien soldat des Forces armées se souvient des déplacements de la reine qui monopolisaient un avion et des troupes à des fins protocolaires, un déploiement inutilement coûteux à ses yeux.

Il place sans équivoque la monarchie au rang des antiquités. Reine ou roi est un titre, un symbole, dans lequel il ne se reconnaît pas. « Les allégeances et serments à la reine font partie du passé », estime-t-il.

Au-delà du décorum des visites officielles, en Ontario comme dans l’ensemble des provinces et territoires du pays, le monarque sanctionne les lois et peut dissoudre une assemblée législative, par l’intermédiaire de son représentant, le lieutenant-gouverneur. Il en est de même au niveau fédéral avec le gouverneur général.

Mona Rochon (à gauche) est favorable à la monarchie britannique, vecteur de stabilité. Dan Filion (à droite) y est opposé. Gracieuseté

Mona Rochon pense quant à elle tout le contraire. « On n’est plus à l’époque des monarchies absolues. Ce n’est pas comme si on se demandait de quoi demain sera fait. »

Cette Franco-Ontarienne de Smooth Rock Falls aujourd’hui installée au Québec estime que « la monarchie apporte une stabilité plus grande que dans les républiques qui changent de leaders tous les quatre-cinq ans au gré des élections. Les gouvernements passent et la monarchie reste ».

Comme elle, de nombreux Canadiens accueillent à bras ouverts la monarchie, y compris les personnes issues de l’immigration pour qui cette particularité historique fait partie de l’histoire de la terre qui les accueille. Toutefois, la majorité des personnes interrogées n’a pas d’opinion.

Instauré sous le règne des rois de France au 16e siècle, le régime monarchique, réaffirmé en 1867, à la création de la confédération, s’est perpétué jusqu’à nos jours sous une forme constitutionnelle. Le Canada est une démocratie parlementaire sous l’égide de la Couronne.

« Je suis plus préoccupé par l’inflation, mon panier d’épicerie et mon loyer qui augmente que par savoir si je suis gouverné par un roi, un président ou un premier ministre », laisse tomber Paul, un Franco-Torontois qui a du mal à joindre les deux bouts.

Tradition ou relent colonial anglais ?

Au fond, dans bien des cas c’est moins un rejet de la monarchie que du fait qu’elle soit britannique qui heurte les Franco-Ontariens. « Je ne suis pas Britannique », tranche M. Filion pour qui la Couronne britannique ne reflète en rien son identité de francophone.

« Pendant les deux guerres mondiales, beaucoup de Canadiens-Français n’ont pas prêter allégeance car ils ne voulaient pas combattre pour la couronne », illustre-t-il. « Aujourd’hui encore ça pose question. »

« La Couronne britannique devrait être une institution strictement réservée à la Grande-Bretagne », considère un autre Franco-Ontarien résident de Green Valley, dans l’Est ontarien. « Elle n’a plus aucune raison d’être au Canada. Après plus de 150 ans, il est grand temps que le Canada devienne un pays vraiment indépendant. Il y a longtemps que nous ne sommes plus une colonie. Qu’attend-on pour devenir une république totalement en contrôle de son destin ? »

D’autres soulignent le rôle de la monarchie britannique dans la déportation des Acadiens au 18e siècle.

La reine, une personnalité respectée

Que l’on soit pour ou contre la monarchie, la personnalité de la reine Elizabeth II est unanimement reconnue et respectée car « elle inspirait la confiance, la constance », contextualise Diane Pacom, sociologue et professeure émérite à l’Université d’Ottawa.

« À cause de sa façon de gouverner, de sa personnalité, de sa vision du monde, elle a été une leader exceptionnelle qui a précipité une réflexion sur la royauté et réussi à nous convaincre que la monarchie avait encore une place », analyse la sociologue.

« Elle a toujours été détachée, prenant soin de ne pas se mêler de politique. Elle a été habile et subtile, parvenant à faire ce que peu de monarques ont fait avant elle : régner durant sept décennies. »

Pour Mme Pacom, cette stabilité représente un atout que n’offrent pas les républiques, et chacun est libre d’y adhérer ou non. Le débat citoyen sur sa pertinence est le signe du bon fonctionnement de la démocratie.

Diane Pacom, sociologue et professeure émérite à l’Université d’Ottawa. Crédit image : TFO

« Il y aura toujours des réfractaires à la monarchie qui a un côté anachronique » – Diane Pacom

« Il y aura toujours des réfractaires à la monarchie qui a un côté anachronique, désuet. Mais en démocratie, on n’oblige pas les gens à se prosterner devant la tombe de la reine. »

La sociologue ne croit pas que le règne de Charles III créera de grands bouleversements ni une remise en question du régime monarchique canadien. « Charles a été formé en fonction de cet héritage qui lui revient et il est entouré pour assurer la continuité. »

Une remise en question de ce régime passerait en outre par une réforme constitutionnelle et l’aval de l’ensemble des provinces et territoires, une manœuvre souvent lourde, délicate et politiquement risquée pour un gouvernement accaparé par d’autres priorités.

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