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La Nouvelle-Écosse aura une loi sur l’éducation en français

Le parlement de Nouvelle-Écosse, à Halifax. Louperivois, Wikipedia

HALIFAX – Le gouvernement majoritaire de Stephen McNeil a déposé, le jeudi 1er mars, un projet de réforme de l’éducation, qui comprend la création d’une loi distincte pour l’éducation de langue française, une première au Canada.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

La volonté du gouvernement libéral de réformer en profondeur le système éducatif de la province ouvre une nouvelle voie pour l’éducation en français en contexte minoritaire.

Les troupes de M. McNeil proposent de rendre autonome la partie de l’actuelle Loi sur l’éducation de la province qui est consacrée à l’éducation de langue française. La nouvelle loi ainsi créée, intitulée «Loi sur le Conseil scolaire acadien provincial», doit permettre de protéger les droits culturels et linguistiques des Acadiens et des francophones.

«Merci, monsieur le Ministre Churchill, de votre leadership et de votre détermination!», a adressé, sans réserve, au ministre de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, Zach Churchill, le président du Conseil scolaire acadien provincial (CSAP), Kenneth Gaudet.

«Finalement, après des centaines d’années de lutte, cette loi entérine le droit à la gestion et à la gouvernance en éducation de la communauté francophone et acadienne. C’est l’ultime symbole pour reconnaître ces droits», explique le directeur général du CSAP, Michel Comeau, à #ONfr.

Selon lui, ce n’est pas la première fois que la Nouvelle-Écosse fait figure de précurseur en matière d’éducation de langue française au Canada.

«C’était déjà le cas en 2003 quand le gouvernement nous a dévolu la responsabilité de développer notre propre programmation scolaire.»

 

Recommandations particulières

Le gouvernement McNeil suit ainsi les recommandations du rapport Relever la barre: Une approche cohérente et souple d’administration de l’éducation pour la Nouvelle-Écosse qu’il avait commandé, l’automne dernier, à l’ancienne commissaire à l’éducation de l’Ontario et conseillère principale auprès du ministre de l’Éducation, Avis Glaze.

Celle-ci proposait plusieurs changements majeurs dans le système d’éducation néo-écossais, dont l’élimination des sept conseils régionaux anglophones, afin de le simplifier et de le rendre plus efficace.

Dans le document, Mme Glaze suggérait toutefois un traitement différent pour le CSAP.

«Je crois que l’unicité du CSAP nécessite un rapport unique au sein du système. (…) L’expérience acadienne est différente et a constitué un cheminement de lutte et d’endurance. (…) La Nouvelle-Écosse a pris un tournant décisif il y a 20 ans, reconnaissant l’importance singulière du contrôle culturel et linguistique des Acadiens au sein du système scolaire. Nous ne pouvons pas aujourd’hui retourner en arrière ni nous détourner de la communauté acadienne.»

Des arguments qui ont convaincu le gouvernement d’aller plus loin que les autres provinces et territoires au Canada en traitant l’éducation de langue française indépendamment de la Loi sur l’éducation de la province. Cette loi spécifique, qui fait partie du projet de réforme de l’éducation, sera déposée plus tard au cours de la session.


«En ayant notre propre Loi sur l’éducation, cela signifie que nous aurons plus de flexibilité pour agir sur la qualité de notre éducation» – Michel Comeau, directeur général CSAP


M. Comeau illustre l’impact de cette nouvelle loi en citant l’exemple d’une mesure récente contenue dans le Plan d’action en matière d’éducation de la Nouvelle-Écosse, lancé en 2015.

«La province avait décidé de diriger en priorité les ressources humaines et financières sur les mathématiques, car les résultats des élèves du système anglophone étaient insuffisants. Mais ce n’était pas le cas dans nos écoles! Si bien qu’on a dû suivre cette directive, alors qu’il est beaucoup plus important pour nous de consacrer notre énergie et nos ressources à la littératie et à la francisation, puisque beaucoup de nos élèves entrent dans nos écoles en étant anglo-dominants.»

 

Encore du travail

Majoritaire au parlement, le gouvernement libéral de Stephen McNeil devrait pouvoir adopter sans encombre son projet de réforme de l’éducation d’ici l’échéancier serré qu’il s’est fixé, fin mars.

La loi autonome sur l’éducation en français ne réglera pas tout, tout de suite, reconnaît M. Comeau, mais elle devrait aider à tenir compte des particularités de l’enseignement en langue française dans la province, dit-il.

«Il reste du travail. Cette loi n’est qu’un premier pas et il va falloir y intégrer l’évolution des droits des francophones en matière d’éducation ces dernières années, car les dispositions actuelles datent de 1996, année de la création du CSAP», explique le directeur général.

Ce dernier se montre toutefois confiant.

«Depuis son arrivée l’été dernier, le ministre Churchill [ministre de l’Éducation et du Développement de la petite enfance] est très sensible à notre situation et les échanges que nous avons eu avec lui sont très positifs. Ce projet de loi démontre sa compréhension de nos besoins particuliers.»

L’École Beaubassin, à Halifax. Crédit image: CSAP

À terme, le CSAP espère également que ce traitement particulier servira sa cause en matière de besoins en infrastructures, alors que le conseil scolaire compte actuellement 22 écoles, accueillant 5 693 élèves en 2016-2017, pour un budget annuel de 75 millions $.

«Nous sommes en croissance de 4 à 6 % chaque année et dès qu’on ouvre une école, elle se remplit. Nous avons 14 demandes en cours pour des travaux d’agrandissement et de modernisation, ainsi que pour la construction de notre 23e école, dans la péninsule d’Halifax. Pour neuf de ces cas, la situation est critique. On espère que le gouvernement répondre à nos défis.»

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Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de dix ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.