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La Passerelle-IDÉ : chronologie d’une descente aux enfers

Temps de lecture : 4 minutes

TORONTO – L’organisme torontois d’intégration économique des immigrants francophones, la Passerelle-IDÉ, a tenu son assemblée générale annuelle hier, à huis clos. Son conseil d’administration a renouvelé sa confiance à la directrice générale et fondatrice, Léonie Tchatat, dont la gestion de fonds publics a été mise en doute dans plusieurs enquêtes journalistiques. 

Dans les locaux du 2, rue Carlton, la porte vitrée s’ouvre :
« Je viens assister à l’assemblée générale. »
« Mais vous êtes de la presse, c’est ça ? Un instant. »
Léonie Tchatat apparaît : « Non, ce n’est pas possible. C’est réservé à nos membres. » La sentence est courtoise mais définitive.
« Pourquoi avez-vous refusé toutes nos demandes d’entrevue ? »
– « J’avais beaucoup de travail lié à mes activités, mais on va vous répondre », promet-elle.

Cette réponse, le personnel de La Passerelle-IDÉ nous l’a signifiée à plusieurs reprises au cours des cinq derniers mois : un refus systématique. Retour sur une année mouvementée qui augure un avenir en pointillés.

Avril : stupeur dans les colonnes du Toronto Star

Ce 1er avril 2019, le résultat d’une enquête du journaliste Kevin Donovan en Une du Toronto Star fait l’effet d’une bombe dans le microcosme franco-ontarien. Des membres de La Passerelle-IDÉ auraient profité à des fins personnelles de centaines de billets de spectacles offerts par l’organisme Kids Up Front, alors qu’ils étaient destinés à des jeunes dans le besoin.

Léonie Tchatat et son mari, Guy Taffo, directeur des finances de l’organisme, auraient notamment assisté à des spectacles de vedettes et des matchs des Raptors avec ces tickets. Malaise.

Une semaine plus tard, sur les cendres encore incandescentes du scandale, une bonbonne d’huile dégringole. C’est cette fois le programme Sans visage qui est dans le collimateur du journaliste torontois.

La Passerelle-IDÉ aurait mis sur pied ce programme fantôme destiné à des prostituées imaginaires pour décrocher la timbale fédérale : 1,5 million de dollars sur cinq ans, débloqués par Sécurité publique Canada, via son Fonds d’action en prévention du crime.

La figure historique de l’agence monte alors aux barricades, vilipendant pèle-mêle « un récit mensonger », « un biais racial et antifrancophone » ou encore l’« aveuglement total des principes d’équité, d’équilibre et de journalisme responsable ». Le 17 avril, Mme Tchatat fait parvenir un avis de diffamation au Toronto Star.

Quelques jours auparavant, une administratrice abandonne le navire dans la tempête. Zaera Atchia, par ailleurs directrice générale de CHOQ-FM, prend ses distances. En désaccord avec la gestion de la crise, elle démissionne et s’explique à ONFR+.

Mai : Les résultats d’un programme gonflés selon Radio-Canada

La journaliste de Radio-Canada, Natasha MacDonald-Dupuis, apporte un éclairage nouveau sur la gestion des fonds publics par l’agence de la rue Carlton. En cause : le programme Tremplin Emploi dont les dons et subventions dépassent les 2 millions de dollars.

Les bureaux de La Passerelle-IDÉ. Crédit image : Rudy Chabannes

D’anciens participants ayant trouvé un emploi se seraient vu offrir 900 $ en échange d’une copie de leur contrat, obtenu sans l’intermédiaire du programme, pour grossir artificiellement les résultats aux yeux des bailleurs de fonds.

Pendant ce temps, des audits gouvernementaux sont diligentés.

Juin : Un conseil VIH à côté de la plaque, découvre ONFR+

Nouveau rebondissement le mois suivant : Étienne Fortin-Gauthier révèle que l’organisation franco-torontoise, qui a reçu depuis 2012 près d’un million de dollars pour mener des initiatives de prévention en matière de VIH dans trois provinces, fait la promotion d’un comportement à risque sur une application mobile.

Se retirer avant l’éjaculation lors d’un rapport sexuel non protégé réduirait considérablement les risque de transmission du virus, peut-on lire sur ISanté, une communauté sans VIH. Faux, répondent les experts. Le conseil est finalement retiré de l’application financée par Santé publique Canada.

Le deuxième conseil de cette liste a été retiré de l’application. Archives ONFR+

Des témoignages rassemblés par notre journaliste confirment par ailleurs l’absence de l’organisme aux rencontres du Groupe de travail francophone sur le VIH, alors qu’il s’était engagé à tirer parti de ce type de partenariat.

Absence également au Manitoba et en Alberta, deux provinces dans lesquelles l’organisme ne se serait rendu qu’une fois, alors que son mandat national suppose qu’il mène des activités de prévention dans ces deux provinces.

Août : riposte judiciaire et perte de confiance des bailleurs de fonds

La Passerelle-IDÉ lance, durant l’été, des poursuites en diffamation contre le Toronto Star, son journaliste, l’éditrice en chef et le chef de la direction de Torstar. Le couple Tchatat-Taffo réclame 11 millions de dollars et le retrait des articles. L’action est toujours en cours.

À l’automne, déjà amputée de son financement provincial depuis juin, la structure familiale perd la confiance de bailleurs de fonds clés.

Santé publique Canada bloque une enveloppe destinée à la prévention du VIH en novembre et la Ville de Toronto arrête son soutien en décembre, après avoir versé 500 000 $ les cinq dernières années, nous apprend Radio-Canada.

Depuis l’été, et alors que plusieurs audits restent en cours, comme celui de la Fondation Trillium, Mme Tchatat agit avec constance dans son refus d’entrevue.

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