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La Passerelle : « Pourquoi j’ai démissionné » – Zaera Atchia

Temps de lecture : 5 minutes

TORONTO – Pour protéger son intégrité, Zaera Atchia dit avoir décidé de claquer la porte du conseil d’administration de La Passerelle I.D.É., éclaboussée par des allégations aux nombreuses ramifications. Elle affirme que même les administrateurs en savent finalement bien peu sur les activités de l’organisme dirigé par Léonie Tchatat.

« Ces allégations sont très graves, même si je crois à la présomption d’innocence. Je n’ai eu aucun choix », lance-t-elle sur sa décision de quitter le conseil d’administration de l’organisme. Zaera Atchia affirme avoir eu une « divergence d’opinion » sur la manière de gérer cette crise, lorsque le conseil d’administration a été mis au courant des allégations, mais refuse d’en dire davantage.

Le malaise est palpable. Zaera Atchia affirme qu’elle n’aurait jamais pu imaginer que son association bénévole avec La Passerelle pourrait un jour venir porter ombrage à son travail quotidien pour la radio CHOQ-FM, un autre organisme franco-torontois.

« C’est très triste. Je me suis impliquée bénévolement dans La Passerelle. Je voulais aider, redonner. Dans la vie, je suis directrice d’une structure, CHOQ-FM, qui se bat vents et marées pour survivre. Au lieu que nos efforts fassent les manchettes, c’est cette association avec La Passerelle qui me coûte cher. C’est dommage », lance-t-elle, exaspérée. « Elles sont totalement indépendantes l’une de l’autre. Peut-être qu’il y aura des sous-entendus et je ne peux pas me permettre que le nom de CHOQ soit amalgamé », ajoute-t-elle.

Le C.A. en savait peu

Dans une entrevue inédite à ONFR+, elle lève le voile sur la manière dont les activités de La Passerelle se seraient déroulées au cours des dernières années.

Zaera Atchia siégeait au conseil d’administration de La Passerelle I.D.É. depuis deux ans. C’est Léonie Tchatat qui lui aurait offert ce poste au sein du conseil d’administration. « À un moment donné, elle m’a proposé un poste d’administratrice sur le C.A.. Je pensais que ce serait un bénévolat stratégique pour moi », révèle Mme Atchia.

Léonie Tchatat, directrice de La Passerelle et Zaera Atchia. Crédit image : gracieuseté

Rapidement, certaines manières de faire la surprennent, mais pas au point d’y voir des gestes reprochables. Contrairement à la radio communautaire qu’elle dirige, le conseil d’administration de La Passerelle ne se rencontrait qu’une fois par année.

« Les assemblées générales de La Passerelle se déroulaient aussi à huis clos. Ce n’est pas comme les autres assemblées générales. On nous avait dit qu’il y avait eu un conseil légal disant que c’était correct. Il y avait apparemment des conflits dans la communauté. Ils avaient peur que certaines personnes prennent en otage les assemblées générales. C’est du moins les explications qui m’ont été données », ajoute-t-elle.

Elle affirme qu’elle apprenait l’existence de nouveaux projets par l’entremise des communiqués à la presse et qu’elle n’a jamais pu voir les rapports d’étapes ou finaux à l’intention des bailleurs de fonds.

« Je ne suis pas très agressive de nature. J’étais administratrice, je ne voulais pas m’imposer trop. Je pensais qu’ils avaient leurs normes, leurs protocoles », lance Mme Atchia.

Comme membre du conseil d’administration, elle n’a pas constaté d’irrégularité, affirme-t-elle. « On nous présentait des états financiers vérifiés. Ça avait l’air transparent. C’est un organisme qui avait jusqu’à maintenant une bonne réputation et une bonne notoriété », dit-elle, dépassée par les récents événements.

Elle affirme néanmoins avoir découvert un autre côté de la personnalité de Léonie Tchatat, la directrice de La Passerelle. Lorsque CHOQ-FM n’a pu couvrir un événement de l’organisme, Léonie Tchatat aurait fait connaître sa colère à la jeune directrice de la station, aussi membre de son C.A..  

« Elle l’a mal pris et lorsqu’elle m’a rencontrée, elle n’a pas ménagé ses mots. Elle a dit que je jouais des jeux. J’étais intimidée. Elle m’a beaucoup apporté, mais elle m’a aussi mise dans des situations bizarres », confie Zaera Atchia.

Sa réaction aux scandales

Le dernier article du Toronto Star a particulièrement irrité Zaera Atchia.

« Quand la direction de La Passerelle m’a expliqué le projet Sans visage, j’ai cru que c’était un projet au sujet de la prostitution informelle. Ce n’est qu’en voyant l’article que j’ai vu que non. Le bailleur de fonds, lui, estimait que c’était un projet sur la prostitution réelle, pour carrément sauver les femmes qui sont des victimes réelles de ce fléau. Ce sont des allégations, mais je trouve que c’est grave », lance-t-elle.

Elle révèle que les participantes à Sans visage ont participé à trois activités dans le cadre de cette initiative, sans jamais que des correctifs ne soient apportés.

Dans le cas des allégations concernant une mauvaise utilisation de billets de spectacles offerts par un organisme de charité à l’intention d’enfants dans le besoin, elle dénonce « un écart entre ce qui nous a été rapporté par la direction et ce qui est sorti dans la presse ».

Comme directrice d’un média, elle s’attriste des attaques de Léonie Tchatat à l’endroit du Toronto Star.

« Je ne pense pas que le Toronto Star a fait un travail léger. J’ai moi-même été journaliste d’investigation et je ne pense pas que c’était un travail mal fait. On a besoin de la presse pour faire la lumière sur des choses qui ne vont pas », laisse-t-elle tomber.

Les bailleurs de fonds ont une responsabilité, selon Atchia

Pour elle, les membres du conseil d’administration ne sont pas responsables de la situation.

« On essaye de faire porter le chapeau aux membres du conseil d’administration, mais nous ne sommes que des bénévoles ! On n’a même pas un regard sur les rapports envoyés aux bailleurs de fonds », dit-elle. Et de poursuivre : « Et le bailleur de fonds ? Si le bailleur de fonds a reçu des rapports concernant le projet Sans visage, s’il y avait des irrégularités, n’aurait-il pas dû poser des questions avant que l’affaire éclate. N’est-ce pas sa responsabilité de s’assurer que les rapports soient convaincants ? », ajoute-t-elle.

Mais ses questions ne s’arrêtent pas là.

« Au niveau des vérificateurs, quelle est leur responsabilité ? Comment on peut être vérificateur, avoir vérifié les comptes et n’avoir rien remarqué, si les faits devaient être avérés ? », se questionne-t-elle.

Zaera Atchia espère que la vérité sera connue et vite.

« J’espère sincèrement que la lumière sera faite, il en va de l’intégrité de cet organisme, mais aussi de toute une communauté minoritaire qui fait face à plusieurs défis », conclue-t-elle.

La réplique de la Passerelle

Depuis près de deux semaines, Léonie Tchatat a été invitée à plusieurs reprises à répondre aux questions d’ONFR+ sur cette affaire. Toutes ces demandes d’entrevue et les questions précises envoyées à son équipe sont restées sans réponse.

Suite à la publication de notre article, l’organisme a diffusé une déclaration écrite. « La Passerelle I.D.E. a été surprise et déçue par les commentaires formulés au sujet de notre organisation par une ancienne membre de notre conseil d’administration. Mme Atchia a décidé de croire les reportages non fondés des médias et a récemment démissionné du conseil d’administration », peut-on lire.

Comme cela a été le cas pour le Toronto Star, La Passerelle I.D.É. a décidé de prendre à partie le média qui rapporte ces informations. « La Passerelle I.D.É. est également déçue que TFO choisisse de publier cet article, qui ne représente guère plus qu’un article de potins », indique la déclaration. « Comme nous l’avons répété à maintes reprises, la récente attaque sur notre organisation est inexplicable et nous explorons tous les recours légaux et nous y donnerons une réponse plus complète en temps voulu », ajoute-t-on.

« La Passerelle-I.D.É. a fonctionné avec succès pendant plus de deux décennies. L’Organisation a reçu des subventions de gouvernements et de ministères pour administrer ses programmes […] La Passerelle-.I.D.É. a mené avec succès plus d’une douzaine d’initiatives de premier plan »

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