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La PPO de Hearst attend toujours sa désignation bilingue

Le détachement de la Police provinciale de l'Ontario à Hearst.Sébastien Pierroz

HEARST – En 2016, Hearst, l’une des municipalités les plus francophones de la province, a demandé que son détachement de la Police provinciale de l’Ontario (PPO) devienne entièrement bilingue. Toutefois, l’administration centrale de la PPO n’a toujours pas exaucé cette requête. À la source du délai se trouve un problème de recrutement des jeunes francophones.

DIDIER PILON
dpilon@tfo.org | @DidierPilonONFR

En 2012, pour la première et seule fois, un détachement de la PPO fut désigné entièrement bilingue. C’est à Hawkesbury, composé d’environ 80 % de francophones dans l’Est ontarien, qu’est revenu l’honneur. En fonction de cette désignation, la maîtrise du français et de l’anglais est devenue un prérequis pour tous les postes du détachement.

Carolle Dionne, coordonnatrice provinciale des relations avec les médias, avoue que «la PPO est consciente de l’intérêt de la communauté et des questions sur Hearst devenant un détachement désigné». Toutefois, elle n’énonce pas les raisons de cette attente de deux ans, maintenant seulement que «les services en français continueront d’être disponibles aux membres du public qui interagissent avec les agents unilingues [anglophones] et exigent ou préfèrent la communication en français.»

 

Une pénurie de policiers bilingues

«Si le détachement n’est pas complètement bilingue, c’est parce qu’il n’est pas capable de pourvoir aux postes», résume le conseiller municipal de Hearst, André Rhéaume. «Selon ce que la PPO nous dit, il faut améliorer le recrutement, en particulier avec le Collège Boréal dans le Nord ontarien.»

Entre temps, les inscriptions au programme de Techniques des services policiers du Collège Boréal sont à la hausse. «Nous avons presque doublé le nombre d’étudiants qui rentreront en septembre 2018», soutient Diane Sénécal, doyenne des Affaires et services communautaires. Le programme d’étude au campus de Sudbury compte actuellement environ 30 étudiants dans ses deux années études. «Outre les conditions d’admission, ce n’est pas un programme qui est contingenté, donc on tente toujours d’augmenter nos effectifs d’étudiants», ajoute-t-elle. Le collège a aussi lancé un programme similaire au campus de Windsor, qui compte une dizaine d’étudiants.

Mme Sénécal dit avoir eu des rencontres avec les détachements policiers du Nord de l’Ontario et explore des options pour mieux servir les régions rurales. «On regarde différentes possibilités de partenariats dans le réseau national, tel que le Collège communautaire du Nouveau-Brunswick, pour avoir des formations hybrides. Pour l’instant, il n’y a rien de prévu à court terme.» Cette formation permettrait aux étudiants de suivre leur cours théorique à distance tout en faisant des stages avec les forces policières régionales.

 

Une éducation éloignée et en anglais

La pénurie n’est toutefois pas un enjeu régional. «Si tu es embauché par la PPO, tu peux te retrouver partout en Ontario», explique Albert Lapalme, ex-policier municipal de Sudbury et professeur en techniques policières au Collège Boréal. «S’il y a une pénurie à Hearst, c’est que la PPO n’a pas assez des policiers bilingues dans le système en général.»

Le Collège Boréal n’est qu’une maille de la chaîne de formation policière. Une fois embauchées par la PPO, les recrues sont inscrites au Collège de police de l’Ontario (CPO), à Aylmer près de Toronto. Quoique le Collège soit sous la tutelle du ministère de la Sécurité communautaire et des Services correctionnels, la formation n’est pas désignée par la Loi sur les services en français. Elle est donc offerte uniquement en anglais.

«Nous sommes conscients des inquiétudes en ce qui concerne l’accès aux services en français au CPO et nous prenons ces inquiétudes au sérieux», assure Dorijan Najdovski, attaché de presse de la ministre de la Sécurité communautaire et des Services correctionnels, Marie-France Lalonde. «Nous entreprenons des démarches pour nous conformer à la Loi sur les services en français. Pour en assurer le succès, nous travaillons assidûment avec le Réseau de formation en justice afin de développer une version francophone du programme d’étude Basic Constable Training. Nous espérons qu’il sera bientôt disponible.»

Selon le témoignage de M. Najdovski, le CPO a déjà mis en place des mesures pour favoriser l’accès aux francophones. En plus d’avoir engagé du personnel bilingue, le collège permet aux étudiants francophones de prendre plus de temps pour compléter leurs tests en classe et d’utiliser un dictionnaire français-anglais.

«Le ministère a aussi mis en place un groupe de travail sur les services en français afin de déterminer les besoins en terme de services en français au CPO», continue M. Najdovski. «Le groupe de travail offrira des avis et des recommandations afin de renforcer l’appui en français et de subvenir aux besoins des recrues francophones.»

 


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Didier Pilon
dpilon@tfo.org

Originaire de Rockland, Didier Pilon baigne depuis longtemps dans la vie culturelle et communautaire de l’Ontario français. Il est diplômé d’une maîtrise en philosophie politique de l’Université d’Ottawa, où il s’est initié au journalisme au journal indépendant La Rotonde. Il a aussi collaboré avec de nombreux journaux et blogues culturels avant de se joindre à l'équipe d'#ONfr en 2017 pour poursuivre sa passion, l’actualité politique.