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La Résistance franco-ontarienne en veilleuse

Temps de lecture : 4 minutes

OTTAWA – Les pancartes brandies, les poings levés, les « Nous sommes, nous serons » scandés sur toutes les tribunes… Plus d’un an après la plus importante manifestation de l’histoire de l’Ontario français, le ton a changé entre l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) et le gouvernement ontarien.

« C’est vrai que depuis quelques mois, on observe un changement de discours. Les termes « lutte et résistance » sont moins présents, le ton est plus conciliant et l’AFO répète vouloir travailler avec le gouvernement. Reste à voir si cela portera fruit, mais on peut dire que ça a fonctionné dans le dossier de l’Université de l’Ontario français (UOF) », analyse Stéphanie Chouinard, politologue au Collège militaire royal du Canada.

Le président de l’AFO le reconnaît lui-même, son organisme privilégie la négociation, désormais.

« Quand la garde rapprochée du gouvernement a changé et après le remaniement ministériel [en juin 2019], le ton a totalement changé. On voyait une ouverture à travailler avec nous et la ministre Mulroney s’est directement investie. C’est vrai qu’on brandit un peu moins la Résistance ces derniers temps, mais ce n’est pas le temps de brandir les pancartes et de faire la guerre quand on peut faire avancer des dossiers. On pensait celui de l’UOF au point mort et finalement, l’Université ouvrira en septembre 2021 ! », argumente Carol Jolin.

Carol Jolin, lors d’une des conférences de presse de La Résistance. Archives ONFR+

Si le ton de l’AFO a changé, celui du gouvernement aussi, estime Mme Chouinard.

« On voit que Mme Mulroney [ministre des Affaires francophones] veut réparer les pots cassés. Elle est ouverte au dialogue avec la communauté et peut-être que ça peut faire davantage avancer des dossiers stratégiques pour la communauté franco-ontarienne. »

La Résistance n’est pas morte

À celles et ceux qui reprochent à l’organisme porte-parole des Franco-Ontariens d’être trop mou, son président se défend.

« Les gens ont le droit à leur opinion. Il y en a qui veulent toujours la hache de guerre, mais il faut faire attention à comment on s’en sert. Il y a un moment pour revendiquer et un pour négocier. Nous avons eu une réponse incroyable avec la manifestation du 1er décembre 2018, ça a envoyé un message fort à Queen’s Park, mais on doit aussi savoir jouer nos cartes. Et s’il le faut, on lancera de nouveau un appel. »

« La Résistance n’est pas finie, mais en ce moment, il y a des possibilités politiques » – Carol Jolin, président AFO

Car l’AFO n’a pas obtenu tout ce qu’elle demandait à l’automne 2018. Le Commissariat aux services en français (CSF) est toujours sous la responsabilité du Bureau de l’ombudsman et, malgré les propos rassurants de Paul Dubé quant au rôle que jouera Kelly Burke, M. Jolin demande toujours l’indépendance de l’institution.

« Que se passera-t-il quand M. Dubé quittera son poste ? Son successeur sera-t-il aussi ouvert ? On n’a aucune garantie ! »

L’AFO proposera donc d’ici deux à trois semaines son propre projet de modernisation de la Loi sur les services en français dans lequel l’indépendance du CSF sera inscrite.

Pour Mme Chouinard, l’organisme doit garder la communauté attentive.

« Le choix de la conciliation est stratégique, mais il faut maintenir le momentum et la mobilisation, même si les moyens sont limités et que le Commissariat est peut-être moins évident à défendre. »

Plus de 77 000 $ en dons

Car les caisses de la Résistance sont désormais quasiment vides. Lors de son assemblée générale annuelle de l’automne 2019, l’AFO indiquait avoir récolté 62 988 $ de dons au 31 mars 2019 qui, cumulés avec la réserve « Droits linguistiques » de l’organisme et la rallonge du gouvernement fédéral de 200 000 $, ont permis de payer les activités de la Résistance.

Selon les chiffres présentés, ces 287 988 $ ont été dépensés pour 101 663 $ en honoraires, 28 478 $ en déplacements, 83 590 $ en publicités et promotions, 20 792 $ en opérations et 53 465 $ en salaires.

« Cela nous a permis d’embaucher du personnel supplémentaire, car notre équipe était déjà bien occupée avec le quotidien. Sans ça, on n’y serait jamais arrivé ! », dit M. Jolin qui souligne le travail des employés de l’AFO. « Ça n’a pas été facile et les vacances de Noël sont tombées au bon moment. Mais le résultat a été très bon ! »

Depuis, la collecte de dons s’est poursuivie et 14 837,7 $ supplémentaires ont été amassés qui servent au travail politique de l’organisme.

De l’aide de tout le pays

Ils sont près de 1 000 donateurs à avoir répondu à l’appel de l’AFO, dont certains organismes, provenant surtout de l’Ontario, mais aussi beaucoup du Québec. Quelques personnes du Yukon, de l’Alberta, du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse, de la Saskatchewan et de la Colombie-Britannique ont également soutenu la Résistance.

La mobilisation du 1er décembre à Kingston. Archives ONFR+

« Il y a eu une véritable solidarité francophone à l’échelle du pays et le Sommet à venir sur le rapprochement des francophonies à Québec est un des résultats de la Résistance », insiste le président de l’AFO.

Mais face à une crise dont il a été question à travers le pays et même au niveau international, le nombre de donateurs peut paraître décevant. Et la somme récoltée ne suffirait pas à financer un recours devant les tribunaux, reconnaît M. Jolin.

« Ça peut sembler être un montant un peu décourageant », admet Mme Chouinard, « mais l’AFO n’a pas fait de demande express et publique d’appuyer une contestation judiciaire. Peut-être que si  c’est le cas un jour, la somme amassée sera plus importante. »

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