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La Saint-Jean-Baptiste au Québec et en Ontario: «Une signification différente»

Facebook, St-Jean Ottawa

OTTAWA – Les polémiques ont de nouveau enflé cette fin de semaine à l’occasion des célébrations de la Saint-Jean-Baptiste. Entre les «Bonne Saint-Jean» lancées le plus souvent du côté des Franco-Ontariens, et les «Bonne fête nationale» parfois du côté du Québec, les termes varient… au point de fâcher certains francophones. Les explications de deux historiens.

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @sebpierroz

«Je suis toujours frappé des chicanes entre Franco-Ontariens et Québécois, alors que c’est la même fête dans le fond. La signification est différente», explique Roger Blanchette.

L’historien de l’Université Saint-Paul donnait justement une conférence ce lundi au Centre Pauline-Charron à Ottawa. Le temps, devant une vingtaine de personnes, de revenir sur l’identité de la Saint-Jean-Baptiste en Ontario.

L’historien Roger Blanchette au Centre Pauline-Charron. Crédit image: Sébastien Pierroz

«Pour les Franco-Ontariens, là où ça a changé de sens, c’est en 1912 avec le Règlement XVII. À partir de là, la situation des francophones de l’Ontario a pris l’avant-scène. La Saint-Jean a pris un sens particulier pour les Franco-Ontariens parce qu’ils se sentaient menacés.»

Les étapes ont pourtant été nombreuses pour cette fête, qui a porté différentes significations à travers le temps. Il faut attendre les années 1830 pour voir l’événement prendre un caractère patriotique, devenant la fête des Canadiens français.

«La dimension nationale apparaît au moment où s’intensifient les luttes coloniales au temps des Révolutions atlantiques», précise Marc-André Gagnon, doctorant en histoire à l’Université de Guelph. «Suivant les répressions des soulèvements de 1837-1838 et l’adoption de l’Acte d’Union par le parlement britannique (1840), les élites politiques et religieuses francophones orchestrent une réponse soutenue aux prétentions de Londres visant à assimiler les Canadiens.»

Plusieurs décennies plus tard, en 1977, le gouvernement du Québec la déclare «fête nationale». Une connotation dès lors différente que dans le reste du Canada. «Pour les Franco-Ontariens, la Saint-Jean, c’est la mise en valeur et la défense de la langue française», analyse M. Blanchette. «La crise de Montfort a joué beaucoup pour cela. Au Québec, c’est devenu la fête nationale, une fête inclusive qui inclut tous les Québécois qu’ils soient francophones ou non. Alors que pour les francophones hors Québec, ça reste la fête des canadiens français.»

Deux significations différentes, mais qui s’expliquent sur des aspects plus complexes selon M. Gagnon. «Le Québec a longtemps été considéré comme le berceau de la francophonie canadienne. Les célébrations de Montréal et de Québec ont toujours été les plus importantes et on a cherché à les imiter ailleurs dans la francophonie. Cela tient au fait que les Sociétés Saint-Jean-Baptistes ont longtemps été associés à l’organisation de la fête. Aujourd’hui, en raison du poids médiatique de ces évènements, on juge de la qualité et du succès de la fête selon les artistes ou le nombre de participants.»

Et de poursuivre: «De grandes transformations viennent s’opérer au tournant des années 1970. La première est cette dissociation entre l’identité et la religion. Comme au Québec, la fête en Ontario prend un tournant laïc et le répertoire des activités est en mutation. On assiste davantage à de grands festivals de musique comme le Festival franco-ontarien à Ottawa ou la Franco-Fête à Toronto.. Deuxièmement, la référence canadienne-française se transforme pour laisser place à des projets identitaires territoriales (Québécois, Franco-Ontariens), ce qui signifie que ces identités émergentes réaménagent les symboles, y compris ceux rattachés à la fête.»

Célébrée tous les 24 juin dans le monde, la Saint-Jean reste aujourd’hui associée à la tradition des feux de joie.

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Sébastien Pierroz
Sébastien Pierroz
spierroz@tfo.org @sebpierroz

Natif d’Annecy dans les Alpes françaises, Sébastien Pierroz obtient une maîtrise d’histoire de l’Université Paris Panthéon-Sorbonne en 2007. Après avoir travaillé pour Le Reflet dans l’Est ontarien, puis L’Express d’Ottawa, Sébastien rejoint l’équipe d’#ONfr au Groupe Média TFO en janvier 2015.