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Doug Ford ne réussit pas à calmer les Franco-Ontariens

Crédit image: Gracieuseté

TORONTO – Tranquillement, les Franco-Ontariens prennent connaissance des changements annoncés, ce vendredi, par Doug Ford pour calmer leur colère. En masse, ils inondent les réseaux sociaux de critiques et rejettent, en majorité, la nouvelle proposition faite par le gouvernement provincial. L’actuel commissaire aux services en français, François Boileau, lui, décide pour l’instant de garder le silence.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

«Rien au sujet de l’Université ou des fonds pour La Nouvelle Scène. On se voit à la manif du 1er décembre!», écrit Gisèle Bouvier. «C’est de la foutaise. Eh bien NON, ce n’est pas avec vos mini-revirements que vous allez nous arrêter», prévient Micheline de Bellefeuille.

L’historien de l’Université Laurentienne, Serge Miville, ne mâche pas ses mots: «De la bouillie pour les chats!»

Visiblement les trois mesures annoncées par le gouvernement progressiste-conservateur, en fin de journée, pour sortir de la crise qui dure depuis plus d’une semaine avec la communauté franco-ontarienne ne réussissent pas à atténuer la colère.

Claude J. Lavoie questionne le moment choisi pour cette annonce: «Belle tactique de sa part de faire cette annonce un vendredi a 18h00. Ils ont jusqu’à lundi pour se préparer».

Pour Brandon Clim, il est déjà trop tard pour le gouvernement: «Malgré cette tentative de marche arrière pathétique un vendredi à 5 heures, les Franco-Ontariens ne vont pas oublier ce que pense vraiment Doug Ford des Franco-Ontariens: rien de plus que des économies potentielles.»

 

Poursuivre le mouvement

Alors qu’une manifestation est prévue à travers la province le 1er décembre, de nombreux Franco-Ontariens sont catégoriques: ils veulent poursuivre le mouvement, jugeant insuffisant le geste du gouvernement.

«Le combat doit continuer ce n’est pas ce que nous voulions! Un pas dans la bonne direction toutefois en ce qui a trait au ministère des Affaires francophones mais rien pour l’université pas plus que pour les subventions et le commissaire ne doit pas relever de l’ombudsman», résume Denis Pilote.


«On continue! Ce n’est vraiment pas assez. On nous vole une tarte et on nous redonne une pointe!» – Les Compagnons des francs loisirs de North Bay


Un sentiment que partagent de nombreux internautes.

«C’est clair que le mouvement de contestation met de la pression!», pense Suzanne Bourgoin. Mais pour Danielle Pecore-Ugorji, «On a gagné une bataille, pas encore la guerre!»

 

Pas convaincus

Et l’argument économique pour expliquer le report de l’Université francophone ne passe pas du tout.

«Cette même réalité financière qui permettait de subventionner la bière à une piasse?», ironise Vrouyr Makalian.

«Caroline Mulroney persiste et signe: pas d’université francophone tant que les finances publiques ne sont pas assainies», regrette Benjamin Doudard.

Quant à la création d’un poste de commissaire aux services en français sous les auspices du Bureau de l’ombudsman, l’idée ne séduit pas plus.

«Il faut que le commissaire se rapporte à l’Assemblée législative, rien de moins !», juge Paul Sylvestre.

Pour Renée Larouche, l’annonce de vendredi, «c’est de la poudre aux yeux. «Un Commissaire indépendant. Point final. Pour le ministère et un conseiller au bureau du premier ministre, ce n’est pas une concession, ça aurait toujours dû être le cas», affirme-t-elle.

Boileau garde le silence

Sur la question du commissaire, le Commissariat aux services en français est clair: François Boileau ne compte pas réagir avant lundi à cette annonce de dernière heure.

«Le commissaire aux services en français de l’Ontario ne fera pas de commentaires immédiats à propos de la nouvelle annonce faite ce jour par le gouvernement. Il va prendre le temps d’analyser ces nouvelles informations et il réagira en début de semaine prochaine seulement», écrit-on dans une courte déclaration envoyée à la presse.

 

Le gouvernement fédéral prudent

Sur la colline parlementaire à Ottawa, la crise en Ontario français a occupé beaucoup de place cette semaine et suscité de nombreux échanges virulents. Dès l’annonce du gouvernement de Doug Ford, le député fédéral franco-ontarien de Glengarry-Prescott-Russell, Francis Drouin, a salué le geste d’ouverture, mais a critiqué les mesures proposées.

«Je salue cette ouverture. Ceci étant dit, le conseiller politique aux affaires francophones n’est pas un nouveau poste. De plus, le choix d’avoir financé des réductions d’impôt au lieu de l’université de l’Ontario français revient à Doug Ford.»

Au moment de l’annonce du gouvernement provincial, la ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie, Mélanie Joly, s’entretenait pour la première fois avec la ministre déléguée aux Affaires francophones, Caroline Mulroney pour faire le point sur la situation.

Dans une déclaration à la suite des annonces du gouvernement de Doug Ford, la ministre fédérale a estimé que le mouvement porté par les Franco-Ontariens s’était fait entendre. Mais elle a semblé ne pas vouloir refermer le dossier.

«Il s’agit de mesures qui visent à apaiser la grogne. Nous allons devoir veiller au grain, et travailler de très près avec la communauté pour assurer de protéger les acquis.»

La ministre Mulroney a indiqué, pour sa part, avoir demandé au gouvernement de financer les francophones en Ontario au même niveau, par habitant, que le reste du Canada.

 

Cet article a été mis à jour le vendredi 23 novembre à 21h25.


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Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.