Langue française : Ottawa salue l’assouplissement de Washington et rouvre le dialogue
OTTAWA — Le Canada semble rouvrir la porte à des discussions pour un accord commercial avec les États-Unis après que la Maison-Blanche a signalé que les mesures pour la langue française et la découvrabilité des contenus n’étaient pas une « ligne rouge » pour Washington.
En entrevue avec CBC hier, le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, a démenti les propos du premier ministre Mark Carney, qui affirmait que le fédéral s’était retiré de l’entente après que Washington avait soulevé ces enjeux concernant le français.
« Il était hors de question de laisser passer une bonne entente pour une question de ce genre. Ce n’est donc pas un point sur lequel nous avons imposé des conditions plus strictes ou tracé une ligne rouge; c’est même tout le contraire d’une ligne rouge », a mentionné M. Greer.
« Le Canada se réjouit que les États-Unis reviennent désormais sur leurs positions concernant la découvrabilité et l’étiquetage, et qu’ils confirment que les mesures visant à promouvoir la langue française et la culture canadienne ne feront pas l’objet de futures mesures commerciales de la part des États-Unis », a indiqué jeudi matin, sur le réseau X, le ministre responsable du Commerce Canada–États-Unis, Dominic LeBlanc.
Ce dernier ouvre d’ailleurs la porte à la réouverture des négociations sous certaines conditions, alors que les pourparlers sont au point mort depuis l’imposition de droits de douane par les Américains la semaine dernière.
« Nous attendons avec intérêt de nouvelles précisions constructives de la part des États-Unis concernant leurs autres positions, ce qui ouvrirait la voie à un accord commercial mutuellement avantageux et respectueux de la souveraineté canadienne », indique le ministre acadien du gouvernement Carney.
Le premier ministre Mark Carney avait dit, quelques heures après avoir retiré la partie canadienne des négociations, que la Maison-Blanche avait fait des demandes sur la découvrabilité, l’étiquetage en français et la langue de Molière « jusqu’à la dernière minute ».
« Nous n’étions pas prêts à faire des compromis sur notre souveraineté, la protection de la langue française et notre culture. Pour nos collègues américains, soyons clairs. Pour mon gouvernement et pour le Canada, ces questions n’ont jamais été sur la table », a affirmé le premier ministre canadien samedi.
Au cœur du différend soulevé par Mark Carney se trouve la Loi sur la radiodiffusion : le gouvernement canadien exige des plateformes américaines comme Amazon Prime et Netflix qu’elles mettent en valeur la culture d’ici, notamment francophone. Ottawa demande aussi que ces entreprises réinvestissent une partie de leurs revenus réalisés au pays dans la production nationale.
Le représentant au commerce a reconnu que le camp américain avait abordé le sujet dans le cadre des négociations, soutenant « qu’il faut laisser le capitalisme suivre son cours et laisser les gens choisir ».
« Mais nous savons que c’est important pour Québec. Les médias canadiens ont présenté la situation comme si nous avions tenu bon sur un point crucial. Ce n’est pas du tout le cas », a tranché M. Greer.
Un peu plus tôt cette semaine, Donald Trump avait accusé son homologue canadien d’avoir menti concernant la langue française, assurant qu’il « adore les Canadiens français » et que cela était un « mensonge inventé par un premier ministre faible et incompétent pour tenter de gagner le soutien politique des Québécois ».
Selon Jamieson Greer, la Maison-Blanche a montré « beaucoup de flexibilité » sur la question, convenant qu’il s’agit d’un enjeu important pour le Canada.
« Le président Trump, moi et le gouvernement, nous reconnaissons l’importance et la sensibilité de la langue française au Canada, au Québec et des régions Maritimes. On sait que c’est important et que c’est un sujet sensible. On encourage l’utilisation du français », a-t-il commenté.
Depuis le 22 août, les États-Unis imposent au Canada des tarifs de 50 % sur l’acier et l’aluminium, de 45 % sur le bois d’œuvre et de 25 % sur les pièces automobiles. On estime que cette offensive tarifaire vise des biens dont la valeur exportée est d’environ 28 milliards de dollars canadiens, soit 5 % des exportations canadiennes totales vers le voisin du Sud. Lundi, Donald Trump en a rajouté sur son réseau Truth Social, menaçant d’imposer dès janvier 2027 des taxes de 50 % sur les automobiles canadiennes.
Les produits de la mer retirés des contre-tarifs
M. Greer a par ailleurs indiqué en entrevue que la partie américaine « ne resterait pas les bras croisés » si le Canada mettait en place ses contre-tarifs le 8 septembre prochain. À cette date, des tarifs oscillant entre 15 % et 50 % entreront en vigueur pour près de 700 produits américains, d’une valeur globale de 27,6 milliards de dollars.
« Notre position est la suivante : il ne faut pas recourir aux représailles », a-t-il averti.
Ces mesures cibleront en particulier les exportations américaines dans les secteurs de l’acier, des produits laitiers, des appareils électroménagers, de l’équipement agricole, des pâtes et papiers, ainsi que des produits électroniques — des domaines où les biens canadiens subissent de plein fouet l’impact des tarifs imposés par les États-Unis.
Le ministère des Finances a fait savoir jeudi qu’il retirait les produits de la mer, initialement introduits dans la liste de produits américains sujets à des droits de douane.
« Des ajustements ont été apportés en fonction des commentaires reçus pour nous protéger contre les préjudices économiques plus généraux, notamment en retirant les produits de la mer et le poisson de notre liste de contre-mesures tarifaires, tout en maintenant une réponse équivalente au dollar près et au taux près », a déclaré le ministère fédéral.