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Langues officielles : le NPD en retrait

Temps de lecture : 5 minutes

OTTAWA – Quelle place les langues officielles occupent-elles désormais au sein du Nouveau Parti démocratique (NPD) ? Très actif ces vingt dernières années, le parti semble totalement absent des débats depuis les élections de l’automne.

« Le NPD avait une longue tradition en langues officielles avec Yvon Godin, puis François Choquette qui avait bien pris le relais et apporté une contribution intéressante », remarque Martin Normand, politologue de l’Université d’Ottawa.

Bilinguisme des juges à la Cour suprême du Canada, poursuite judiciaire sur l’entente Netflix, multiples plaintes au Commissariat aux langues officielles, notamment contre les manquements récurrents de la Gendarmerie royale du Canada ou d’Air Canada, les deux derniers députés néo-démocrates à s’être approprié le dossier n’avaient pas ménagé leurs efforts.

« Mais depuis cette législature, le NPD est transparent », constate M. Normand. « Cela démontre que son ancrage n’était peut-être pas si solide et dépendait plus des personnes que du parti. MM. Godin et Choquette étaient peut-être des anomalies ? »

Dernières preuves en date, le silence du NPD sur l’ajout de questions linguistiques au prochain recensement et sur l’avenir du Campus Saint-Jean.

Revenu à l’« avant Layton »

Fondé en 1961, le parti bénéficiait surtout, à l’origine, d’un appui à l’Ouest du pays. La vague orange au Québec, en 2011, avait semblé inverser cette tendance, rendant le parti beaucoup plus francophone, sous l’impulsion de Jack Layton, sensible à la question des langues officielles, puis de Thomas Mulcair, très connaisseur du dossier, notent plusieurs sources proches du parti.

« Mais le NPD n’a pas réussi à capitaliser sur son résultat qui tenait surtout à une lassitude des Québécois pour le Bloc québécois et à une rancune envers les libéraux. Il n’a pas su développer de base militante au Québec », explique Jean-Herman Guay, politologue de l’Université de Sherbrooke.

Aujourd’hui affaibli, avec seulement 24 élus, dont un seul au Québec, le NPD semble être revenu à « l’avant Layton », estiment plusieurs observateurs.

« Et cela peut expliquer la position du parti vis-à-vis des langues officielles », poursuit M. Guay. « Il y a moins de députés francophones pour pousser à l’interne. »

L’ancien député du NPD, François Choquette. Archives ONFR+

Un argument que corrobore l’ancien député, François Choquette.

« Il y a moins d’élus francophones et aucun Acadien, ça a donc forcément un impact. Ça influence les priorités. La députée franco-ontarienne, Carol Hughes, aurait été la personne parfaite pour devenir porte-parole, mais elle a été nommée vice-présidente adjointe de la Chambre. »

« Nous n’avons plus de champion comme Yvon Godin » – François Choquette, ancien député NPD

Pour Yvon Godin, c’est là où se situe toute la différence.

« Même si ça me déçoit, les langues officielles ne sont clairement pas la priorité du NPD. Mais ça fonctionne de la même manière pour tous les partis. Il faut des députés qui prennent le dossier à cœur. »

Une question de personne

Éphémère responsable des langues officielles, le Québécois Alexandre Boulerice a finalement cédé la place au député de Timmins-Baie James, Charlie Angus, qui parle à peine français.

« C’est un francophile, mais il est certain qu’il n’a pas la même sensibilité aux langues officielles que quelqu’un comme Mme Hughes », reconnaît M. Choquette, qui dit être en contact avec l’équipe de M. Angus.

Joint à plusieurs reprises, y compris pour cet article, le porte-parole néo-démocrate n’a jamais répondu aux demandes d’entrevue d’ONFR+.

Peut-être, parce qu’il est parfois préférable de ne pas se prononcer sur un dossier aussi sensible, à moins d’en saisir les enjeux ?

« Les langues officielles, ça prend beaucoup de temps si tu veux bien t’en occuper. Il y a beaucoup d’organismes à rencontrer, ce sont des questions complexes… N’oublions pas que M. Angus a beaucoup de dossiers à gérer », dit M. Godin, rappelant que M. Angus est aussi porte-parole pour l’éthique et la Jeunesse autochtone, notamment. « Il a été pas mal occupé avec l’affaire UNIS/WE Charity… »

L’ancien député néo-démocrate d’Acadie-Bathurst, Yvon Godin. Crédit image : Benjamin Vachet

L’ancien directeur national du NPD, Karl Bélanger, abonde dans le même sens.

« Évidemment, quand tu as un Godin ou un Choquette, c’est plus facile. Il manque peut-être l’étincelle sur ce dossier-là. Peut-être que le parti devrait trouver quelqu’un qui a plus de temps, mais qui ? », dit-il, rappelant le faible nombre d’élus néo-démocrates à Ottawa.

Le rôle du chef

Disposant, aussi, de moins de ressources qu’offrait son statut d’opposition officielle, le parti peut-il redevenir un joueur clé des droits linguistiques ?

C’est l’espoir de M. Godin qui tourne son regard vers le chef, Jagmeet Singh, francophile bien au fait de l’existence de la francophonie ontarienne, comme ancien chef adjoint du NPD ontarien.

« Il pourrait remettre sur la table le dossier des juges bilingues à la Cour suprême du Canada, par exemple, ce serait le bon temps avec un gouvernement minoritaire. »

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh avec le député Charlie Angus, porte-parole des langues officielles du parti (à droite). Archives ONFR+

Mais comme le rappelle M. Bélanger, le chef du NPD a déjà fait quelques faux pas dans le domaine des langues officielles.

« Il fait des efforts pour parler le français et comprendre le dossier, mais il est clairement moins familier que MM. Layton et Mulcair. »

« Si le NPD veut regagner des sièges au Québec, les langues officielles, ça peut être utile » – Martin Normand, politologue

Toujours est-il que c’est à lui d’imprimer une dynamique, estime M. Normand.

« Pour M. Singh, le français est surtout une langue de communication pour rejoindre les électeurs. Mais on dirait qu’il s’inscrit dans la même mouvance de Justin Trudeau sur les langues officielles. Il semble penser que c’est un dossier du passé, qui est réglé et dont il ne faut plus s’occuper. »

Le champ libre pour les libéraux

Le NPD en retrait, la nouvelle est mauvaise pour les francophones vivant en situation minoritaire, poursuit le politologue.

« La francophonie a besoin d’alliés dans tous les partis. Que se passerait-il, actuellement, si le gouvernement avançait sur la modernisation de la Loi sur les langues officielles ? Il n’y aurait personne au NPD pour intervenir dans le débat ! »

En attendant, il note qu’à part le Bloc québécois sur la question de l’étiquetage unilingue de Santé Canada, l’opposition demeure très effacée sur le dossier des langues officielles. De quoi laisser la voie libre au Parti libéral qui peut se présenter comme le champion du dossier.

« Ça laisse peut-être un boulevard aux libéraux, mais ils roulent dessus à trottinette », glisse toutefois M. Normand.

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