Affiche : Le 25 septembre, j'achète un livre franco-ontarien Crédit photo : jelisfo.ca (artiste Oussama Troudi)
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Le 25 septembre : pourquoi acheter franco-ontarien fait toute la différence

Affiche : Le 25 septembre, j'achète un livre franco-ontarien Crédit photo : jelisfo.ca (artiste Oussama Troudi)

Chaque semaine, ONFR explore une facette de notre société à travers différentes chroniques. Politique ontarienne, histoire et littérature francophone, regards autochtones et jeunesse.

L’initiative « Le 25 septembre, j’achète un livre franco-ontarien », qu’est-ce que c’est? Car si l’idée est née au Québec, sa version franco-ontarienne répond à une réalité bien différente. Ici, trouver un livre franco-ontarien n’est pas aussi simple qu’il y paraît.

Tout commence en 2014 au Québec. Deux Québécois décident de lancer le mouvement « Le 12 août, j’achète un livre québécois » sur Facebook, pour dynamiser le marché du livre local. Un an plus tard, en Ontario, l’autrice Mireille Messier et le poète Michel Dallaire, qui trouvent l’idée bonne, demandent la permission à leurs cousins québécois de lancer un mouvement similaire, intitulé « Le 25 septembre, j’achète un livre franco-ontarien ».

Ils personnalisent l’initiative sous une forme assez originale, celle d’un calendrier de l’Avent littéraire. Du 1er au 24 septembre, leur calendrier ne dévoile pas un chocolat par jour, mais un livre franco-ontarien nouvellement paru. Cette sélection facilite la tâche au lectorat, qui n’a plus qu’à choisir les titres qui l’intéressent et à les acheter le 25 septembre.

Différences Québec et Ontario

J’ai demandé à Marie-Josée Martin, qui a repris les rênes du mouvement, pourquoi cette sélection était pertinente, alors qu’elle n’existe pas chez nos voisins québécois. Et c’est là que cela devient intéressant! En Ontario, les écrivains et écrivaines n’ont pas autant de plateformes médiatiques et de lieux de diffusion pour faire connaître leurs ouvrages qu’au Québec. Pourtant, rappelons que l’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français compte près de 200 membres, preuve que la littérature franco-ontarienne est vivante. Or, et c’est là que ça fait mal, il n’existe que quatre librairies francophones en Ontario aujourd’hui selon les données que j’ai pu recueillir : la librairie Le coin du livre à Ottawa, la librairie Il était une fois à Oakville, la Librairie du Soleil au Marché By à Ottawa et la Librairie 10-04 à Hearst.

Parlons chiffres. Est-ce que ça marche un mouvement comme ça? Les chiffres québécois montrent que ce type de campagne peut avoir un réel impact. Le 12 août 2026, les ventes de fiction québécoise ont été 14,5 fois plus élevées que la moyenne des ventes enregistrées au cours des quatre mercredis précédents selon la Société de gestion de la banque de titres de langue française (BTLF). Donc, au Québec, la réponse semble claire : oui, ça fonctionne! Le mouvement est aujourd’hui suffisamment bien implanté pour fonctionner sans avoir besoin d’être relancé chaque année par un groupe organisateur.

En Ontario, le défi est différent, car encore faut-il savoir où trouver les livres franco-ontariens! De plus, les chiffres sont plus difficiles à établir, d’abord parce qu’aucun organisme ne compile les ventes globales en lien avec ce rendez-vous, mais aussi parce qu’au Canada, chaque librairie classe les ouvrages selon ses propres critères. Il n’existe donc pas de classification uniforme, comme une catégorie « Littérature franco-ontarienne », qui permettrait d’extraire facilement les données. Comme autrice franco-ontarienne, je n’ai pas pu m’empêcher de faire le test avec mes propres livres. Sur le site leslibraires.ca, l’un de mes livres se trouve dans la catégorie « Roman polar/Suspense », l’autre dans « Roman canadien et étranger ». Sur le site québécois Renaud-Bray, mes ouvrages sont classés dans la catégorie « Littérature québécoise ». Si une autrice franco-ontarienne comme moi n’est pas clairement identifiée comme telle, imaginez la tâche pour quelqu’un qui souhaite simplement découvrir la littérature franco-ontarienne!

En effet, comment le grand public peut-il savoir s’il achète un livre franco-ontarien si celui-ci est catégorisé comme « Littérature québécoise »? C’est sans compter que certains auteurs franco-ontariens peuvent être publiés par des maisons d’édition québécoises, ou encore que des auteurs d’ailleurs dans la francophonie canadienne peuvent être publiés par une maison d’édition franco-ontarienne. Bonjour, l’imbroglio!

C’est pour cela que la sélection des ouvrages par le comité derrière « Le 25 septembre, j’achète un livre franco-ontarien » est logique en Ontario, alors qu’elle n’est pas nécessaire au Québec. À moins d’être une mordue de littérature comme moi, le commun des mortels aura l’impression de chercher une aiguille dans une botte de foin.

Des ventes… mais surtout de la visibilité

J’ai contacté plusieurs librairies francophones en Ontario pour avoir leur opinion. L’une d’elles, Le coin du livre à Ottawa, a constaté une augmentation de ses ventes de 50 % entre 2024 et 2025 durant la semaine du 25 septembre. Néanmoins, ces chiffres sont à analyser avec du recul : les achats liés à la rentrée scolaire peuvent avoir un impact. De plus, ces chiffres incluent toutes les ventes, peu importe l’origine de la maison d’édition ou celle de l’auteur.trice. Du côté de leslibraires.ca, Jean-Benoît Dumais, le directeur général du site, note : « Nous avons observé une hausse des ventes d’un échantillon de ces livres faisant l’objet d’une sélection thématique sur notre site, mais cela peut être dû à la vigueur de la promotion faite par la librairie qui a mis de l’avant cette sélection. Quant à remonter dans le temps, il faudrait faire attention de départager l’effet de la pandémie certaines années. »

J’ai également contacté les quatre maisons d’édition franco-ontariennes — Prise de parole, L’Interligne, David et Terre d’Accueil — pour avoir leur avis. Certaines voient une légère hausse de leurs ventes, d’autres non. Mais toutes partagent un point de vue commun : pour elles, les retombées positives de l’événement ne se traduisent pas forcément en termes de vente, mais en exposition médiatique. Et surtout, la campagne aide à entretenir un sentiment de solidarité identitaire et d’appartenance, tout en nourrissant la curiosité du grand public sur la littérature franco-ontarienne. Et ça, pour ces maisons d’édition, c’est un succès!

Plus qu’un livre, un écosystème

Pour finir, j’aimerais vous rappeler, chers lecteurs et chères lectrices de cette chronique, une chose importante : en appuyant la littérature franco-ontarienne, vous soutenez toute la chaîne du livre, et pas seulement les auteurs et les autrices : des personnes travaillant dans l’édition, la révision, l’illustration, la comptabilité, les communications, l’impression, la distribution, les librairies…

Le 25 septembre, en achetant un livre franco-ontarien, on n’encourage pas seulement la littérature, on contribue à faire vivre la communauté franco-ontarienne!

P. S. : Pour voir la sélection de 2026, rendez-vous sur jelisfo.ca. Pour découvrir d’autres voix de la littérature franco-canadienne, vous pouvez également écouter Cœur d’encre, le balado que j’anime!

Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.