Culture

Le 33e Salon du livre de Toronto ancré dans les enjeux contemporains

Eunice Boué a présenté la programmation de la 34e édition du Salon du livre de Toronto placé dont le thème est Héritage et patrimoine. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

TORONTO – Le Salon du livre de Toronto a levé le voile sur la programmation de sa 33e édition, qui se tiendra du 26 février au 1er mars 2026 à l’Université de l’Ontario français. Au-delà de l’enchaînement de tables rondes, de rencontres et de spectacles littéraires, cette édition se distingue surtout par un positionnement assumé : celui d’un salon profondément ancré dans l’actualité, attentif aux mutations identitaires et résolument tourné vers la transmission.

Placée sous le thème Héritage et patrimoine, la programmation 2026 s’éloigne volontairement d’une approche figée ou nostalgique du patrimoine. Pour le président du conseil d’administration, Valéry Vlad, ce choix est tout sauf anodin.

« C’est un thème qui peut sembler tranquille, presque patrimonial au sens muséal du terme, mais qui est en réalité profondément actuel », a-t-il souligné, évoquant un contexte mondial marqué par des tensions identitaires et des discours remettant en question la place et la légitimité des cultures minoritaires. Parler d’héritage aujourd’hui, selon lui, relève d’un acte de lucidité et même de résistance.

Héritage et transmission : une réflexion collective

Cette réflexion traverse l’ensemble de la programmation, conçue comme un espace de dialogue et de questionnement. Plusieurs tables rondes interrogent directement ce que signifie être francophone aujourd’hui, en Ontario comme ailleurs, dans un contexte de francophonie plurielle, mouvante et parfois fragilisée.

« L’héritage n’est pas ce qu’on garde, c’est ce qu’on transmet », résume Valéry Vlad. Qu’est-ce que nous voulons laisser aux jeunes franco-ontariens, aux jeunes franco-ontariennes ou même franco-canadiens, franco-canadiennes? Est-ce qu’on veut laisser une langue affaiblie, une culture diluée, une francophonie consciente d’elle-même, plurielle, capable de dialoguer sans se dissoudre? »

Le dévoilement de la programmation a aussi permis de révéler les trois finalistes du Prix Alain-Tomas 2026 : Marie-Thé Morin, Maeva Guedjeu et Michel Thérien. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

La jeunesse comme point de passage de l’héritage

Dans cette logique de transmission, la jeunesse s’impose naturellement comme un axe central de la programmation. Le Salon du livre de Toronto poursuit et renforce son travail auprès des écoles, avec des activités qui débuteront dès le 25 février, avant même l’ouverture officielle au public. Ateliers scolaires, rencontres avec des auteurs et autrices, Prix Jeunes talents littéraires, matinée jeunesse animée par TFO, et plus encore.

Une attention soutenue qui traduit la volonté de faire du salon un véritable espace de passage entre les générations. « On va accorder une place centrale à la jeunesse, car l’héritage n’a pas de sens s’il n’est pas reçu et réinterprété », rappelle le président du conseil d’administration.

Une francophonie plurielle, en constante redéfinition

Cette attention portée à la jeunesse s’inscrit dans une vision élargie de la francophonie. Le salon met de l’avant des voix issues de parcours variés, de différentes générations et de multiples horizons culturels. Une diversité revendiquée, qui se traduit aussi par le choix d’invités d’honneur représentant une pluralité d’héritages : autochtone, franco-ontarien, acadien, diasporique et international. Pour les organisateurs, il s’agit de refléter une francophonie vivante, en constante redéfinition, loin d’une identité unique ou figée.

Les invités d’honneur de cette 33e édition représentent la diversité de la francophonie canadienne et même au-delà. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Dans cette volonté d’embrasser une francophonie plurielle, certaines voix occupent toutefois une place particulière. Celles des peuples autochtones, longtemps marginalisées dans les récits nationaux, sont ici abordées comme une composante essentielle de l’héritage collectif.

Les peuples autochtones au cœur de l’héritage collectif

Parmi les moments forts annoncés, la table ronde Héritage autochtone : reconnaissance ou réparation? s’impose comme l’un des temps de réflexion les plus attendus. Son intitulé volontairement frontal traduit une volonté de dépasser les gestes symboliques.

Valéry Vlad a d’ailleurs tenu à préciser que l’absence de reconnaissance territoriale en ouverture de la conférence de presse n’était pas un oubli, mais un choix délibéré. Un geste assumé, pensé pour éviter ce qu’il considère comme une formalité vide de sens si elle n’est pas suivie d’actions concrètes.

« Mieux vaut réparer ce qui a été fait par le passé, plutôt qu’une reconnaissance de deux minutes », a-t-il insisté. « Nous aussi, on n’est pas autochtones, mais ça fait partie de notre héritage et de notre patrimoine. »

Valéry Vlad, président du conseil d’administration du Salon du livre de Toronto, a insisté sur l’ancrage actuel du thème Héritage et patrimoine lors de la conférence de presse. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Un salon présent toute l’année

La conférence de presse a également permis de dévoiler plusieurs nouveautés structurantes pour l’avenir du salon. Parmi elles, le lancement d’un nouveau site Internet, pensé comme un outil central pour mieux faire connaître l’ensemble des activités de l’organisme. Plus clair et plus accessible, il regroupe maintenant la programmation détaillée, les projets spéciaux et les initiatives déployées tout au long de l’année, affirmant la volonté du Salon de renforcer sa présence numérique.

Car le Salon du livre de Toronto ne se limite plus à un événement ponctuel. Autre annonce majeure, il sera désormais présent dans la communauté toute l’année. De septembre à juin, clubs de lecture, soirées littéraires, ateliers et rencontres viendront prolonger l’esprit du salon au-delà de ses quelques jours de programmation officielle. Une manière de répondre à un constat souvent formulé : celui d’un événement très attendu, mais trop éphémère.

« Nous ne sommes plus un organisme qui apparaît et disparaît », insiste Eunice Boué la directrice générale, évoquant une programmation annuelle pensée comme un lien continu avec le public.

Enfin, la direction a annoncé un changement important à compter de 2027 : le Salon du livre de Toronto se tiendra désormais au mois de mai. Une décision expliquée par Eunice Boué, qui y voit une réponse à plusieurs enjeux concrets, dont la forte concentration d’événements communautaires en février, la concurrence avec le Mois de l’histoire des Noirs et les contraintes liées aux conditions hivernales. Ce nouveau calendrier vise à offrir un moment plus accessible, propice à la rencontre et à la participation du public.