Culture

Le Festival international du film de Toronto célèbre discrètement son 50e anniversaire

Le TIFF souligne son 50e anniversaire sans grande célébration. Photo: Rudy Chabannes/Archives ONFR

TORONTO – Le Festival international du film de Toronto (TIFF) déroule le tapis rouge pour une 50e fois, alors que l’édition 2025 se tient du 4 au 14 septembre. C’est pourtant sans flafla que le plus grand festival de films au Canada traverse l’étape du demi-siècle.

Une programmation assez régulière attend les cinéphiles entre les tapis rouges, les remises de prix, les événements pour l’industrie,  les causeries avec des artisans du cinéma et les présentations de grands films attendus comme de films d’auteur plus marginaux.

La sélection n’en est pas moins impressionnante. En incluant les courts-métrages, les classiques du cinéma restaurés en 4k et toutes les sections de la programmation, ce sont 291 films qui seront présentés. Le film d’ouverture est John Candy : I Like Me réalisé par Colin Hanks et produit par Ryan Reynolds.

John Candy : I Like Me est le film d’ouverture du TIFF 2025. Photo : gracieuseté du TIFF

Ce documentaire en hommage à un grand acteur et humoriste canadien tiendra sa première mondiale à Toronto, au grand bonheur du président-directeur général du TIFF, Cameron Bailey. « Nous adorons le fait que la carrière générale de John ait débuté à Toronto, a-t-il affirmé dans un communiqué. Colin Hanks a fait un film largement divertissant, rempli des plus grandes vedettes d’Hollywood, mais comme John, ce film en est un de cœur. Selon nous, c’est la meilleure façon de commencer la 50e édition du TIFF. »

De nombreuses vedettes canadiennes, américaines et internationales fouleront les tapis rouges de la Ville Reine. On peut penser à Angelina Jolie ou Jodie Foster, qui tiennent la vedette respectivement dans les films des réalisatrices françaises Alice Winocour (Couture) et Rebecca Zlotowski (Vie privée). On pourra aussi apercevoir Keanu Reeves, Matthew McConaughey, Sydney Sweeney, Ryan Reynolds, Natalie Portman, Daniel Craig, Claire Denis, Dustin Hoffman, Scarlett Johansson, et Dwayne The Rock Johnson, pour ne nommer que ceux-là.

Daniel Craig sur le tapis rouge, en 2022. Photo : Spring Morris

Une liste de plus ou moins 730 invités, dont une vingtaine de francophones, est disponible sur le site web du TIFF, permettant aux cinéphiles de vérifier si leur artisan du cinéma préféré s’y trouve.

Le Festival de rue du TIFF célèbre pour sa part ses 10 ans. La fête se passe du 4 au 7 septembre sur la rue King Ouest.

Et les organisateurs réfléchissent déjà à l’an prochain, avec l’arrivée annoncée d’un marché du film officiel. Le gouvernement fédéral a accordé 23 millions de dollars afin de soutenir le TIFF dans ce projet qui attirera des gens de l’industrie cinématographique de partout dans le monde afin de développer des liens d’affaires et de discuter des projets en chantier de chacun.

50 ans de cinéma : le balado

ONFR a lancé le balado TIFF 2025 : 50 ans de cinéma afin de rappeler l’histoire et l’importance du TIFF pour l’industrie du cinéma.

Dans un premier temps, le critique et journaliste Brian D. Johnson se rappelle les débuts du TIFF et ses plus belles années de couverture pour le magazine Macleans. Avant le milieu des années 1980, la relation entre les organisateurs, les vedettes et les médias était plus étroite, selon lui.  « L’esprit rock and roll n’est plus là, mais les grandes lignes du festival du début restent », comme le fait d’être une vitrine pour le cinéma canadien et mondial ou l’idée d’être un événement pour le public d’abord, où le Torontois moyen peut se retrouver.

La réalisatrice québécoise Chloé Robichaud abonde dans le même sens. « Ce que j’apprécie énormément de Toronto, c’est ce contact direct avec le vrai public », composé majoritairement de cinéphiles amateurs.

Chloé Robichaud témoigne de l’influence du TIFF sur ses rêves d’enfant et de son impact sur sa carrière. Elle commente aussi l’importance de la programmation francophone et la place du cinéma québécois. « Ça permet aux films québécois de se faire voir par le reste du Canada. Parfois, j’ai l’impression qu’on est un peu deux planètes, et le TIFF est vraiment un pont entre les deux. »

L’ancienne programmatrice du TIFF et vice-présidente de Cinespace Studio, Magali Simard, dévoile comment les films sont sélectionnés et ce qu’elle pouvait apporter en tant que francophone. « Il y a une très grosse présence de cinéma francophone au Canada. (…)  C’est un peu dur de porter le jugement sur un cinéma que l’on peut connaître, mais qui n’est pas d’une culture que l’on vit. Je pense que ça a fait du bien (d’avoir une francophone à l’interne). »

Elle donne aussi des détails sur les ambitions du futur marché du film, qui amènera des milliers de membres de l’industrie du cinéma mondial à Toronto en 2026.

« Ça existe à Cannes, ça existe à Los Angeles… ça bouche un trou assez important, je pense. On a beaucoup d’espoir pour ce marché-là, qui va capitaliser sur le fait que oui, on peut continuer à montrer des films au public, mais il faut s’assurer que le côté business continue. »

La réalisatrice abénaquise Alanis Obomsawin, extrêmement respectée dans l’industrie du cinéma et au TIFF, vient compléter la liste d’invités du balado. Son film Kanehsatake : 270 ans de résistance a gagné le prix du meilleur film canadien en 1993. Dernièrement, il a été projeté dans le cadre de l’initiative « l’histoire du TIFF en 50 films », qui soulignait le cinquantenaire du festival.

10 films en français à voir au TIFF

En collaboration avec la réalisatrice culturelle pour ONFR et grande habituée du TIFF, Joanne Belluco, voici une sélection d’œuvres à voir. Elles sont francophones, en tout ou en partie.

Mille secrets mille dangers, l’adaptation par Philippe Falardeau du roman d’Alain Farah, fait partie des films québécois attendus au TIFF. Photo : gracieuseté du TIFF
Vie privée (Rebecca Zlotowski)Film policier / France / Première canadienneUn thriller psychologique « sournoisement comique » mettant en vedette Jodie Foster
Bouchra (Orian Barki, Meriem Bennani)Film d’animation / Italie, Maroc, États-Unis / Première mondialeEn anglais, arabe et français. Film d’animation narratif mettant en vedette une coyote queer.
Couture (Alice Winocour)Drame / France, États-Unis / Première mondiale Film bilingue mettant en vedette Angelina Jolie dans le rôle d’une cinéaste américaine qui arrive à la semaine de la mode à Paris.
Chien 51 (Cédric Jimenez)Science-Fiction / France / Première nord-américaineDeux policiers mal assortis enquêtent sur la mort du créateur d’une intelligence artificielle.
Folichonneries (Éric K. Boulianne)Comédie érotique / Québec / Première nord-américaineAprès 16 ans et deux enfants, François (Éric K. Boulianne) et Julie (Catherine Chabot) tentent de ramener du piquant dans leur vie sexuelle.
Mille secrets mille danger (Philippe Falardeau)Drame / Québec / Première mondialeAdaptation du roman à succès d’Alain Farah.
Nouvelle vague (Richard linklater)Comédie / France / Première canadienneLe film raconte la création d’À bout de souffle, le classique de Jean-Luc Godard emblématique de la Nouvelle vague du cinéma français.
Seule au front (Mélanie Charbonneau)Chronique biographique / Québec / Première mondialeInspiré de l’histoire vraie de la capitaine Sandra Perron, première femme officier d’infanterie au Canada, qui a dénoncé le sexisme de l’armée et les traumatismes qu’elle y a subis.
Amour apocalypse (Anne Émond)Comédie romantique / Québec / Première TorontoiseDéjà en salle au Québec et dans certains cinémas canadiens. Histoire d’amour improbable entre un propriétaire de chenil écoanxieux (Patrick Hivon) et la femme du soutien technique de sa lampe de luminothérapie (Piper Perabo)
Sk+te’kmujue’katik (At the Place of Ghosts)Drame surnaturel, mélange des genres / Canada, Belgique / Première mondialeEn français, anglais et Mi’kmaq. Deux frères éloignés depuis des années devront s’unir pour chasser les esprits et les traumas qui les hantent.