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LeFLOFRANCO : pop urbaine multicolore et fièrement franco-canadienne

Temps de lecture : 8 minutes

[LA RENCONTRE D’ONFR+]

OTTAWA – Parmi ceux qui portent le plus fièrement le titre franco-ontarien, il y a LeFLOFRANCO. Avec lui, tout est pluriel : les genres musicaux, les identités, les relations artistiques. On peut compter sur lui pour parler d’enjeux de société, pour redonner aux jeunes et à la communauté et pour rassembler les artistes de la francophonie canadienne. En attendant un nouvel album en 2022, apprenons à connaître l’homme et son parcours.

« D’abord, d’où vient ce nom, LeFLOFRANCO ?

Au départ, c’était juste FLO, un acronyme pour fierté, loyauté, originalité. Sur Internet, quand on cherchait FLO, il y avait trop d’options : Flo Rida, Floetry, etc. Le but était de cibler de quel Flo on parle. Celui de l’Ontario, scène rap franco-canadienne. LeFLOFRANCO est devenu mon nom d’artiste officiel. Mais les gens m’appellent toujours FLO. Je préfère ça.

Comment le rap est-il arrivé dans votre vie ?

Dans ma famille, on adore la musique. Je n’ai pas grandi avec mon père, mais ma mère m’a dit qu’il était un trippeux de musique. Ma sœur et moi, on a pris ça de lui.

Comme tout enfant qui a grandi dans les années 1980, il y avait de la musique partout dans la maison : Michael Jackson, la Compagnie Créole, la radio pop. Vers 12-13 ans, je me faisais garder par une amie de ma mère. Son enfant, qui était deux ou trois ans plus vieux que moi, mettait du Ma$e, du Puff Daddy, du Notorious B.I.G. Il m’a introduit à l’univers hip-hop. Quand j’avais 14-15 ans, j’ai commencé à creuser pour du rap francophone. Une fois que j’ai découvert Dubmatique et Muzion, j’ai commencé à chercher encore plus.

Que signifie votre slogan Une identité plurielle, une musique multicolore ?

Ça me définit à la lettre. Identité plurielle : je suis un homme noir né à Paris, parti de Brossard à Ottawa à 8 ans. Je suis un fier Franco-Ontarien, d’origine haïtienne. Ces identités-là font la personne que je suis. Et je suis un trippeux de musique. Quand j’ai commencé, c’était du rap traditionnel, du boom bap comme on dit dans ma culture hip-hop. Mais à travers les années, j’ai exploité mon amour pour la musique au sens large. Ça a vraiment commencé en 2017 avec le EP Retranscrire. Un peu de pop, de R&B, de EDM. Mon album de 2019 est vraiment coloré. C’est la meilleure façon d’expliquer qui je suis en tant qu’artiste.

Crédit image : Sébastien Lavallée. Graphisme : Antara

Vous avez aussi collaboré avec des artistes aux styles différents, comme Règlement 17, par exemple. Qu’est-ce qui vous rassemble ?

Règlement 17, c’est du gros rock sale, et moi c’est du hip-hop. Quand on parle d’industrie musicale, surtout dans la scène franco-canadienne (pour ne pas dire hors Québec, terminologie que je déteste) le rock et le rap sont deux moutons noirs. Il y a eu beaucoup de travail à faire pour prendre plus de place. On se rejoint beaucoup là-dedans.

Et aussi, j’adore les personnes derrière Règlement 17. On a fait Savoir se battre, lors de la manifestation en 2018, et un remix de leur chanson Semence de panique. On trouvait ça intéressant de marier les genres. Comme Linkin Park ou Jay-Z, par exemple.

Pourquoi détestez-vous l’expression « hors Québec » ?

Nos voisins du Québec ont un star-système bien huilé. Il y a des vedettes, les médias derrière eux, c’est super. Mais la francophonie au Canada n’est pas limitée au Québec. Il y a d’autres provinces et territoires. On est là aussi avec une culture, des artistes, des façons de faire, des radios, t’sais ! Parce que ce système québécois a tous les outils pour rejoindre le statut que beaucoup d’artistes cherchent, tout le monde veut être reconnu par cette industrie-là.

Mais il y a aussi un star-système pour le reste de la francophonie canadienne, même s’il n’est pas aussi gros. On a une industrie, des artistes, des organismes, des labels, des médias qui font le maximum pour supporter les artistes de chez eux.

Quand on dit hors Québec, on garde l’accent sur le Québec. Et pourquoi hors ? Ça sonne comme… they’re trying to fit in. Comme si on essayait de rentrer dans le moule, ce qui n’est pas la vérité absolue. Je pense que c’est plus important de mettre la lumière sur nous et d’enlever cette terminologie qui a un élément condescendant.

Crédit image : Freshh Anderson

Parlez-nous de votre rôle d’artiste éducateur...

Comme artiste, mon but est de partager ma musique, et tant mieux si ça touche les gens. L’éducateur, c’est d’offrir des ateliers dans les écoles. J’en fais sur l’écriture créative, le hip-hop, la présence scénique. Je ne suis pas seulement un gars qui veut être sur la scène tout le temps. J’essaie toujours de redonner aux jeunes.

Je fais de la coordination d’animation à la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO) depuis deux ans. Avant, j’ai fait six ans à l’Association des professionnels de la chanson et de la musique (APCM). C’est fort intéressant de redonner à la communauté. Et c’est sûr que je ne suis pas rendu au statut où je peux faire de la musique à temps plein. Tant qu’à avoir un 9 à 5, je veux que ça soit quelque chose que j’aime.

Avant la pandémie, ça commençait à très bien aller en musique : premier album complet, première tournée dans l’Ouest canadien. Qu’est-ce que la crise sanitaire a changé pour vous ?

J’étais presque certain que j’allais perdre le momentum. Mais ça nous a forcés à sortir de notre zone de confort. Les diffuseurs, les agents, les artistes, tout le monde a cherché de nouvelles façons de vivre de nos arts et de notre culture. De mon côté, ça a été de louer une salle pour faire une performance, et de la vendre aux diffuseurs. C’était de parler avec les diffuseurs pour voir quelle était leur réalité, et vice-versa. Et trouver comment on pouvait se rendre au milieu et faire du sens pour la clientèle sans dénaturer mon spectacle. Je voulais que la personne qui achète un spectacle virtuel puisse se sentir comme si elle était en salle. J’ai aussi continué de donner des ateliers dans les écoles, avec des plateformes en ligne. Les jeunes ont été résilients, ils ont joué le jeu.

Gracieuseté

Pourquoi est-ce important d’utiliser votre tribune pour parler d’enjeux de société ?

Je ne veux pas dire que je suis le gars le plus politique. Mais quand tu as une plateforme, il y a une part de responsabilité d’être vocal sur certains trucs. Je ne vais pas me prononcer sur des sujets sur lesquels je ne suis pas éduqué, ou qui ne représentent pas ma réalité. Notre devoir n’est pas de pointer du doigt, mais d’échanger dans l’optique de mieux se comprendre pour un meilleur lendemain. À chaque projet, je veux que la personne qui m’écoute ressorte en me connaissant un peu plus.

Quels sont les thèmes les plus importants ?

L’expérience humaine, point final. C’est rapidement dit, mais c’est très vaste. On vit les mêmes choses de différentes façons, mais on fait tous partie de la race humaine. Peu importe ton parcours, ton apparence, ton genre, ton orientation sexuelle. C’est ce que j’essaie de véhiculer dans ma musique.

On peut le voir dans des projets comme #HautesVibrations. Ce spectacle me permettait non seulement de prendre la scène pour venir à la rencontre du public, mais de la partager avec mes amis. Eux amènent un public que je n’avais pas, moi j’amène un public qu’eux n’avaient pas et tout le monde apprend à se connaître. Au début, on avait quatre dates. Ça a tellement résonné qu’on s’est rendus à 20 éditions. On a fait la vingtième pendant la pandémie, pour le congrès de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO). C’était magnifique. Pour moi, c’est ça les hautes vibrations, de voir notre similarité malgré nos différences.

Vous avez même gagné un Trille or avec ce projet-là.

Oui, en plus, ça m’a permis de gagner mon premier Trille or. C’était formidable. Ça me manque et j’ose croire que ça manque aussi au public et aux autres artistes. C’était devenu un rendez-vous musical. On a fait des festivals, on s’est promené de ville en ville. J’espère pouvoir remettre ça avec les réouvertures.

En parlant de Trille or, j’en ai gagné un deuxième cette année. Meilleure pochette pour mon dernier album, Force inhérente. Donc au niveau artistique, les choses continuent de se passer.

Crédit image : Sébastien Lavallée

Force inhérente a une prémisse philosophique. Vous avez pris la phrase de Descartes, Je pense donc je suis. Et vous vous êtes demandé  : qu’est-ce que je suis exactement ?

La réponse est dans le titre : je suis une force inhérente. Je ne parle pas de force physique, mais d’énergie, de notre essence. Et inhérente, qui est intiment liée à quelque chose. Dans mon cas, c’est la musique. L’album de 12 titres, c’est d’essayer de répondre à cette question-là. Qu’est-ce que cette force inhérente vit, voit, pense. D’où vient ma force ? D’Haïti, donc Bal exotique, je vous emmène chez moi. Il y a du kompa, on danse. De ma réalité d’homme noir  : On en a assez parle de ça, le racisme, le sexisme. Juste là parle de la perte d’un ami. Petit bijou parle de devenir papa. C’est de répondre à la question de l’expérience humaine.

Quelle est l’importance du texte dans une chanson ?

Je crois qu’on écoute la musique de trois façons. Il y a l’univers musical, l’élément pop accrocheur, et le texte. Pour moi, c’est l’opportunité de passer une idée, un sentiment, une histoire. Je viens du rap, donc il y a toute une technique à jouer avec les mots. Je m’amuse tout en essayant que ce ne soit ni trop compliqué ni trop simple et que ça respecte l’énergie musicale. Sur On en a assez, par exemple, la musique est très sombre. Le texte rencontre l’énergie. Dans Bal exotique, Hautes vibrations ou Vis ta meilleure vie, on sent la chaleur des Caraïbes.

Gracieuseté

À quand un deuxième album ?

On peut dire merci à la pandémie. Le deuxième album s’en vient en 2022. Le plan, c’est de commencer l’année en lançant des extraits, puis l’album éventuellement.

Ce sera une continuité de Force inhérente et de Retranscrire. De la pop urbaine multicolore, les trois mots que j’utilise pour me définir. C’est l’album avec le plus de collaborations. Je pense que les gens s’attendent à ça, mais qu’ils vont être agréablement surpris.

Avez-vous des noms de collaborateurs en tête ?

Oui, mais je vais vous faire attendre.

Des nouveaux ou des amis de longue date ? DJ Unpier, Règlement 17, YAO ?

Vous êtes dans la bonne réflexion, dans le sens où oui, il va y avoir des collaborations évidentes. Les gens savent que Unpier et FLO sont toujours ensemble. Il y aura des no brainer, et il y aura aussi des oh ! Je ne m’attendais pas à ça, il faut vraiment que j’écoute ! »


LES DATES-CLÉS du FLOFRANCO

2015  : Signature officielle chez la maison de disque INTELLO PRODUCTIONS INC.

2017 : Adopte officiellement le nom Le Flo FRanco et redéfinit son identité musicale avec le EP Retranscrire.

2019  : Premier Trille or pour Initiative artistique pour ses spectacles concept #HautesVibrations et sortie du premier album complet, Force inhérente.

2020 : Tournée Force inhérente en Colombie-Britannique

2021 : Deuxième Trille or pour Conception visuelle, pour la pochette de l’album Force inhérente.

Chaque fin de semaine, ONFR+ rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

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