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Le français juste au Québec pour le NPD ?

OTTAWA – Le Nouveau Parti démocratique (NPD) a lancé deux publicités afin de convaincre les électeurs de lui faire confiance aux prochaines élections fédérales. Deux messages différents, un en anglais et un en français, mais où celui dans la langue de Molière ne semble s’adresser qu’aux Québécois.

« Ce qui me dérange, ce n’est pas tant la diffusion de cette annonce publicitaire, qui démontre que Jagmeet Singh parle très bien le français, c’est plutôt que celle-ci ne s’adresse qu’aux Québécois et semble totalement nier le fait que d’autres francophones, hors du Québec, pourraient vouloir entendre le message du NPD et ce qu’il a à offrir en français. C’est oublier qu’il y a des francophones partout au Canada », juge la politologue du Collège militaire royal du Canada, Stéphanie Chouinard.

Si dans sa publicité en anglais, le NPD insiste sur ses engagements en matière d’environnement, de soins de santé ou de justice fiscale, celle en français met davantage l’accent sur la personnalité de son chef et son parcours. Présenté au départ sans turban, M. Singh y explique ses combats personnels, se disant désormais prêt à se battre pour les Canadiens.

« Je ne suis pas comme les autres. Comme vous, mon identité, c’est ma fierté », lance-t-il, dans un message qui semble être fait sur mesure pour le Québec, comme en atteste le logo du NPD à la fin de l’annonce avec un lys bleu sur le fond blanc de la lettre « D » que l’on ne retrouve pas dans la publicité en anglais.

Le logo du NPD à la fin de sa publicité en français. Capture d’écran

« Il ne mentionne pas directement le Québec, mais le fait qu’il commence son message sans turban, dans la foulée du débat sur le projet de Loi sur la laïcité, montre notamment une volonté de se rapprocher des électeurs québécois », analyse Mme Chouinard.

C’est d’ailleurs comme ça que la publicité a été présentée ces derniers jours sur différentes plateformes médiatiques.

La politologue explique qu’il pourrait s’agir d’un choix stratégique. Bien que le NPD compte une députée franco-ontarienne, Carol Hughes, dans Algoma-Manitoulin-Kapuskasing, les deux meilleurs résultats de l’histoire du parti, en 2011 et 2015, ont été obtenus majoritairement grâce au Québec.

Yvon Godin déçu

L’ancien porte-parole du NPD en matière de langues officielles, Yvon Godin, n’a pas encore vu ces publicités, mais se montre ferme.

« Nous sommes dans un pays bilingue, il faut que les messages soient bilingues à la grandeur du pays ! Tout le monde doit pouvoir voir la publicité du parti dans la langue officielle de son choix. Je ne connais pas la stratégie du parti, on va voir ce qui va se passer, mais ça me déçoit. »

L’ancien député acadien d’Acadie-Bathurst apostrophe son successeur dans le dossier, François Choquette.

« Demandez-lui s’il pense que je vais être content si je reçois une publicité du NPD juste en anglais ? », lance-t-il.

Joint par ONFR+, le député de Drummond reconnaît l’importance de diffuser le message de son parti à travers le pays et assure que la publicité diffusée en français s’adresse à tous les francophones.

« On montre la personnalité réelle de Jagmeet, en le présentant au-delà du turban qu’il porte. C’est quelqu’un qui a affronté beaucoup de défis avec courage pour défendre ses différences et je pense que c’est un bon parallèle avec les combats que doivent mener tous les francophones, au quotidien, pour conserver leur langue et leur culture. Tous peuvent s’y reconnaître. »

Le député Choquette défend la diffusion de deux publicités distinctes en français et en anglais en expliquant que la défense de la langue et de la culture est un combat peut-être moins important pour les anglophones.

« Mais il faut aussi dire que dans la publicité en français, on évoque aussi les combats que nous voulons mener par rapport à l’urgence climatique, à l’égalité homme-femme, aux droits LGBTQ+, qui sont des thèmes qui ne s’adressent pas qu’aux Québécois », ajoute-t-il.

Invitée à réagir, la direction du NPD n’avait pas répondu à nos demandes d’entrevue au moment de publier cet article.

Courbe d’apprentissage

Le député néo-démocrate indique toutefois qu’il fera part de l’importance de diffuser ce message en français à travers le pays.

« Je vais en parler au chef et à nos stratèges », dit-il, rappelant toutefois son investissement et celui de son parti pendant quatre ans en matière de langues officielles, notamment dans le dossier de l’Université de l’Ontario français.

Le porte-parole aux langues officielles pour le Nouveau Parti démocratique, François Choquette. Crédit image : Parlement du Canada

Pour Mme Chouinard, ce manque de sensibilité du parti pourrait s’expliquer par les changements opérés depuis l’arrivée de M. Singh à la tête du parti.

« Thomas Mulcair, en tant qu’Anglo-Québécois, avait peut-être plus de sensibilité à cet enjeu. M. Singh et son entourage viennent de l’école néo-démocrate ontarienne, où le parti provincial n’a jamais tellement eu le réflexe francophone, bien qu’il ait plusieurs forteresses dans des circonscriptions très francophones. »

Le député de Drummond demande de la patience.

« Quand j’ai commencé comme porte-parole en matière de langues officielles, il m’a fallu du temps pour bien comprendre les dossiers. Il faut être à l’écoute et avoir l’humilité de reconnaître, d’apprendre et de corriger ses erreurs. M. Singh a encore des choses à apprendre en matière de francophonie, mais il est à l’écoute et a des gens dans son entourage pour l’accompagner. »

Pour la politologue du Collège militaire royale, le vrai test sera lors du dévoilement des priorités électorales néo-démocrates.

« Si M. Choquette a bien fait ses devoirs, le NPD devrait avoir une position très forte et étoffée dans sa plateforme en ce qui concerne la modernisation de la Loi sur les langues officielles. »

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